SCARLET, rouge étincelant
Jénzine Magazine N°19, Janvier-Février 2010 |
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•• Après l'héroïne d'une grande fresque romanesque, l'actrice-chanteuse ou encore une référence de télévision, voici la nouvelle Scarlet : le nom d'un groupe de Rock. En effet, depuis le mois d'Octobre dernier, l'ancien groupe Elliptik a changé de nom. Pourquoi ce choix ? Juste par référence à la couleur éclatante de leur musique : piment et passion. Pour ce groupe de cinq membres issu de la région des Pays de Loire, l'objectif est de devenir une référence dans le paysage Rock Français. Pour y arriver, le combo vient de publier un premier EP que nous avons reçu à la rédaction. Après avoir écumé les scènes de musique actuelle du Maine et Loire et de Loire-Atlantique, le groupe veut passer à la vitesse supérieure et conquérir l'ensemble du territoire avant de voir encore plus loin. Est-ce que Scarlet peut devenir le petit groupe de Province qui a conquis la France ? La question est posée mais la réponse est loin d'être évidente, tant le nombre de groupe qui s'y sont risqués est important. Beaucoup d'appelés et peu d'élus. Passer du petit groupe jouant dans son petit garage puis sur scène dans sa région à groupe à succès reconnu par le public et la profession n'est pas chose aisée... Mais qui mérite d'être tentée.
Au sein du groupe Scarlet, seuls deux membres sont mis en avant. Il s'agit du guitariste, Rom et surtout de la chanteuse, Dorota. Le duo se partage l'affiche mais aussi la partie artistique du groupe (écriture et composition). Il est vrai que la bande aurait tort de se passer de son interprète. Dorota, originaire de Pologne, est l'atout charme du groupe. Une petite brune dont on sent tout le caractère dans le regard mais aussi dans sa voix qui peut être à la fois douce ou puissante. Comme j'ai pu le dire quelques lignes plus haut, le groupe entame un nouveau départ avec son changement de nom. Pour eux, la conquête du public commence dès aujourd'hui avec ce premier EP qui annonce un album, prévu pour le Printemps prochain. Pour se faire connaître, le groupe ne fait pas qu'écumer les bars et les cafés-concerts afin de se roder et de se faire un nom comme ont pu le faire les groupes débutants d'il y a quelques années. Non, ce temps-là est révolu. Il y a tellement plus simple et ça s'appelle MySpace. Il est vrai qu'Internet a révélé de nombreux artistes depuis quelques années: Lorie en tête pour la France ou dernièrement Milow avec sa reprise acoustique de "Ayo Technology" de 50 Cent et Justin Timberlake. En ce début d'année 2010, le groupe dont la renommée ne dépasse pas, pour le moment, la région des Pays de Loire, compte déjà plus de dix mille amis sur le réseau communautaire. Avec la nouvelle technologie, aujourd'hui, n'importe qui peut enregistrer une chanson et la faire écouter à des milliers d'auditeurs. Tellement plus simple que de passer dix ans à jouer dans des bars pour des clients qui ne s'occupent pas de vous, mais plutôt de ce qu'il y a dans leur verre. Devant cette multitude de groupes ou artistes qui débarquent sur le web, il est nécessaire de se démarquer en proposant de vraies et bonnes compositions originales. C'est ce qu'essaie de faire Scarlet avec cet EP composé de cinq titres.
Ainsi, avant de nous proposer un premier opus, le groupe choisit de publier un EP composé de cinq titres afin de satisfaire leurs premiers fans (EP en vente sur leur MySpace au prix de cinq euros), mais aussi dans le but de se faire connaître auprès des médias. Ce qui ressort de cette petite carte de visite de Scarlet, est la voix et l'énergie de ce groupe. Sur les cinq titres, quatre sont des chansons très rythmées. La voix féminine mise en avant sur une base Rock puissante nous fait obligatoirement penser à l'influence de No Doubt et de sa leader Gwen Stefani. Influence qui est assumée par le groupe qui cite le combo Américain comme référence. D'ailleurs, Scarlet n'est pas le seul groupe Français avec une chanteuse mise en avant nous faisant penser à No Doubt. Bien entendu, je fais, ici, référence à Superbus et à la charismatique Jennifer Ayache. D'ailleurs, les lèvres de Jennifer ne sont elles pas rouge écarlate ? La couleur dont nous parle Scarlet... Pour revenir à cet EP, il faut espérer que le groupe à de meilleurs titres à nous proposer pour leur premier album. La bande fait dans le Rock énergique mais en oublie les mélodies. Et qu'est-ce qui différencie les grands groupes de Rock des rockeurs de garage ? Bien entendu, il s'agit de la mélodie et l'art de faire de grandes chansons universelles. Alors oui c'est vrai, on imagine bien la chanteuse et ses guitaristes sauter partout sur la scène en interprétant leurs chansons, mais il y a tellement de groupes qui le font. Aucun des quatre titres énergiques ("Skirt Chaser", "Toffee", "Paranoia" et "Give Me Your Money, Honey") ne sort du lot. Rien de bien innovant. Ce n'est que du bruit qu'on pourrait entendre dans n'importe quel garage où répètent les groupes d'ados. Si l'article se terminait ici, on pourrait penser que le groupe ne vaut rien et que l'EP est mauvais, mais c'est sans compter la dernière chanson de l'album : "Don't Go" est LE titre de cet opus. Une sublime ballade avec une belle guitare acoustique, des mots tout simples, une voix féminine qui vous charme et une vraie mélodie. Voici le titre que le groupe devrait mettre en avant et non "Paranoia". C'est vrai que commencer sa carrière avec une ballade n'est pas chose aisée, mais quel est le titre qui a fait la renommée de No Doubt ? Il me semble bien qu'il s'agit de "Don't Speak". Un titre où l'énergie bondissante de Stefani n'était pas forcément mise en avant. C'est sur cette base que le groupe doit travailler pour avancer car il a du potentiel.
Le duo qui se désole que la France n'ait pas de grands groupes de Rock populaires (et il n'est pas le seul) est, encore loin, d'en avoir le niveau. Mais, il serait stupide de condamner un groupe à son premier EP. Nous devons laisser le temps aux artistes de se trouver, de se construire. Tous les grands artistes qui ont une grande et belle carrière n'ont pas forcément sorti que de grandes chansons et surtout, tous n'ont pas toujours sorti des premiers albums très bons. Aujourd'hui, il faut que les maisons de disques laissent le temps aux artistes de trouver leur public et pas forcément leur rendre leur contrat si leur premier album n'a pas marché. Quand l'artiste a du potentiel (et c'est le cas, ici), les médias et les Directeurs Artistiques doivent les encourager. Les grands artistes finissent toujours par être connus et reconnus. Les autres sont laissés au bord du chemin ou dans de vieux garages... à Scarlet de travailler (car il faut toujours travailler pour apprendre et s'améliorer) pour ne pas finir avant d'avoir vraiment commencé. Enfin, si le groupe veut percer en France et devenir une référence sur notre territoire, il serait bon de penser à écrire et à chanter en Français. D'où vient cette idée que le Rock ne se chante pas dans notre langue ? Est-ce qu'on est forcément ridicule en chantant dans la langue de Molière ? Alors oui, la facilité est d'écrire en Anglais où la forme et le son sont plus importants que le sens et le texte, mais n'est-ce pas là l'exception culturelle Française. De nombreux artistes nous ont prouvé que le Rock pouvait se faire en Français et avec plus de trois accords. Scarlet ne doit pas chercher à concurrencer les groupes Anglo-Saxons avec ces armes-là, car ils n'en ont pas les moyens. Aujourd'hui, à l'heure de la mondialisation et de l'Internet, où tout le monde se sent capable d'être connu et d'être un grand artiste, chaque créateur doit travailler encore plus, afin de proposer quelque chose d'original et d'unique qui le mènera sur le chemin du succès. Ainsi, le groupe devra s'appuyer sur ses forces et travailler ses défauts s'il ne veut pas finir comme la plus célèbre des Scarlet, « emporté par le vent ». ••
Mickaël Maillard |