PIEGE A RÊVES, Rock & poésie Jénzine Magazine N°17, Septembre-Octobre 2009
•• Ouvre moi… Ouvre moi… Cela était marqué partout. Interpellés, nous nous exécutons et ouvrons simultanément sites internet, courrier, dossier de presse, et enfin album. C’était inévitable, nous étions désormais appelés par la curiosité. Et de l’ouverture, nous sommes passés à l’écoute. Le groupe qui vous happe de la sorte, originaire d’Evian (Rhône-Alpes), invite l’auditeur à une excursion au sein d’un son Rock au langage musical très stylisé. En parallèle, Mikaël Birraux, Julien Morand, Fabien Richard et Benoît Mariani ont tout misé sur une promotion digne de ce nom. Après avoir travaillé trois années durant sur les dix sept morceaux de leur opus, il est l’heure aujourd’hui pour nous de partir à la découverte de leur musique et leur univers si particulier. Piège à Rêves vous hypnotise, vous attrape dans vos rêves les plus enfouis pour vous faire danser une valse élégamment Rock. Bienvenue dans leur monde.
Vous remarquerez rapidement que le mot ‘piège’ est au singulier. Le seul piège dans lequel vous pourriez tomber est de ne pas écouter cet album. Car vous seriez alors dans le tort de ne pas avoir découvert ce quatuor Rock très inspiré. Une fois pris dans la toile de l’attrape-rêves, impossible pour vous de décrocher, tant les morceaux que vous allez y trouver sont emplis de caractère. Mais avant de vous dévoiler la puissante alchimie de "Ouvre Moi…", sachez avant tout qu’il y a tant à dire sur Piège à Rêves. Cela fait d’ailleurs longtemps que le groupe parcoure les routes, plus précisément depuis 2001. Citons d’emblée des premières parties de rêves pour un groupe de Rock : Mell, Mellino (ex Négresses Vertes), Dr. Dass (ex Asian Dub Fondation) ou encore le jeune et talentueux Pep’s. Lauréats de la création 2008 à Annecy, vainqueurs du Tremplin Européen Euro Fuzz 2006 à Sarreguemines, passage au Festival Courants d’Air, Rock’on à Avoriaz ou encore au Kilimandjaro Festival, les membres de Piège à Rêves ne manque pas d’expérience et peuvent déjà prétendre à un sérieux et résistant curriculum vitae. Il faut dire que la musique de nos quatre Rhônalpins mérite sans détours ces éloges. Cette musique à la fois sombre et délicate qui occupe en un instant l’espace où elle est jouée, est impressionnante de sens. Voilà qui devrait vous préparer au choc que cet album, vraiment pas comme les autres, va vous faire vivre. "Ouvre Moi…" a toutes les raisons valables d’être écouté.
La première chose qui vous frappe en étudiant la distribution musicale, c’est l’apport du saxophone (alto et ténor) et de la clarinette au sein du groupe. Alors que de nombreuses autres formations Rock restent cantonnées au standard guitare/basse/batterie, Piège à Rêves va plus loin. Au final, tout cela s’en ressent d’ailleurs très bien dans les dix sept morceaux que renferme l’album. A côté de cela, ce sont aussi de nouveaux autres instruments, acoustiques et numériques, qui font leur apparition : sitar, udu, kalimba, kaoss pad, cuivres, et cordes font ici bon ménage. L’ensemble est cohérent, harmonieux. Il n’y a plus qu’à en découvrir la magie. Et de la magie, il y en a justement une bonne dose dans "Ouvre Moi...". D’emblée, le son des guitares vous possèdent. On sent tout de suite la patte de professionnels mais aussi de poètes qui ne font pas dans l’amateurisme. En guise de parfait exemple,
"Ma Reine" arrivera à vous convaincre sans mal. Son débit de paroles ininterrompu, suivi d’une ligne de basse, d’une batterie et enfin d’un flot Rock incontrôlable, représente au mieux ce que Piège à Rêves est capable de proposer en studio. Accessoirement multi-instrumentiste, Mikaël Birraux y chante de toute son âme, de toutes ses forces. Mais vous n’avez entamé qu’une infime partie du chemin... La suite est tout aussi meilleure. Avec "Des Proses et des Leurres", notre oreille est invitée à explorer des sonorités souterraines, le tout souligné par un rythme électro, des passages plus lancinants et des agitations Rock exaltantes. Piège à Rêves excelle réellement dans un Rock Alternatif digne de ce nom. Les parties de saxophone finissent par devenir des traces indélébiles que le groupe sait largement mettre en valeur. On appréciera "Octobre" et son tempo très caractérisé, accompagné par des accords simples et délicats. La mélancolie qui y est exprimée a des élans ensoleillés. Tout un contraste. Le final d’ "Octobre" vaut le détour, se transformant peu à peu en un vaste décor électronique avant de mourir à un temps donné. On y trouve également un duo, celui avec le lyonnais Fred K sur "Emerger". Agrémenté d’un clip réalisé par l’un des membres du groupe (Julien Morand) où défilent quelques ombres chinoises, ce morceau lancinant, étrange et sombre, s’étend, paré d’une certaine subtilité. Encore une fois, le saxophone y joue un rôle primordial et envenime le tout. On pense bien sûr aux tonalités rencontrées chez Noir Désir, mais Piège à Rêves invite davantage l’auditeur dans un monde inconnu, le guide à travers des forêts d’instruments aussi divers que variés. Oui, Piège à Rêves est surprenant, énigmatique, plein de rage, d’amertume, tout comme il sait aussi être poignant et omniprésent. Avec "L’Art et La Manière", on s’envole dans un flot de clarinette, accompagnés par un tempo plus Foxtrot. Un titre intéressant, légèrement plus Folk et traditionnel. "Envoyer Valser" représente au mieux cette ambiance glauque que le groupe souhaite tant mettre en avant. Entre valse, poésie et Rock, Mikaël et sa troupe envoie à l’auditeur de nombreuses paroles, toutes résonnantes et emplies de poigne et d’arrogance (soulignons ici la qualité d‘écriture). La musique, elle, se soulève, et porte l’ensemble majestueusement. Le morceau s’achève dans une mare de cuivres (trompettes, tuba et trombone). La mélodie qu’ils jouent nous rappelle l’étrange valse entendue sur le titre "L’Exécution" issu de la bande originale du film La Cité des Enfants Perdus. On appréciera "La Crique", plus douce, jouant avec un son lourd, tel des tambours. On aimera aussi "Devine-Moi" et sa construction musicale à double visage, entrecoupée par un break magnétique de quarante secondes. Après les deux parties très théâtrales de "La Brune Aux Yeux de Feu", on découvre "Au Bord de l’Autre", une grande fresque aérienne et charmante. On succombera enfin à la très belle et enjôleuse "Tout Ou Rien" qui nous surprend en dernière minute par un riche et lumineux pseudo Flamenco.
Si le groupe s’émancipe en concert et en studio, il sait aussi faire confiance au bouche à oreilles sur Internet en proposant d’acheter son album à partir de son site officiel. C’est aussi un MySpace actif et bien rempli qui affiche toutes les dates de concert réalisées. Ce groupe brillant qui fabrique une musique magnifique et fantomatique est une merveilleuse découverte. Preuve une nouvelle fois que l’hexagone renferme des musiciens très inspirés qui illustre leur compositions de riffs ingénieux, imaginatifs, et qui savent vous transporter au sein d'univers riches, complets et parfois complexes mais jamais dénués de sens. Piège à Rêves n’échappe pas à la règle et, ironie du sort, tire largement son épingle du jeu en se détachant très fortement des autres. Voilà peut-être pourquoi tant de succès leur est aujourd’hui consacré. Avec un tel album, Piège à Rêves est clairement sur la voie d’un incroyable succès déjà naissant. On dit souvent que dix années est un cycle pour un artiste ou un groupe. Pour le groupe, ces dix années sur la route sont en passe d’être dépassées. Le quatuor risque bien d’aller encore plus loin, et ça nous en sommes convaincus. Un album que nous ne sommes pas prêts d’oublier pour la beauté de ses décors et son respect de la langue Française. ••