MUSIC IS NOT FUN, my music is rich ! Jénzine Magazine N°18, Novembre-Décembre 2009
•• Partons un instant loin de l’Angleterre, loin du son des Beatles et celui des inimitables Rolling Stones, direction la belle ville de Lyon. Bien que nous soyons en France, la Pop British y résonne tout de même, là, quelque part. Occupés à chercher d’où cela peut bien provenir, nous finissons par découvrir quatre garçons dans le vent qui semblent bien avoir englouti toute la culture Anglo-Saxonne depuis des années. Investis au sein d’une musique Brit Pop plutôt ravageuse, il faut dire que nos compères donnent, depuis quelques temps, le tournis aux médias hexagonaux. Il est vrai, en France, que les groupes qui osent se lancer dans l’aventure d’un Rock côtoyant un tantinet le son des Blur ou des Kinks et qui, de surcroît chantent dans la langue de Shakespeare, se font de plus en plus rares. Après la sortie d’un 45 Tours vinyle, Music Is Not Fun (c’est le nom de ce combo purement Lyonnais) présente aujourd’hui un premier album accessible et plutôt prometteur qui vous fera rapidement comprendre que la Pop à l’Anglaise a fini par livrer tous ses secrets aux musiciens de l’hexagone. Aujourd’hui, en France, on sait aussi faire de la Brit Pop. Un groupe qui suit la vague outre-manche, avec beaucoup de légèreté.
Music Is Not Fun ne fait clairement pas dans la demi-mesure. D’emblée séduits par le cursus du groupe (plus de 180 concerts depuis deux ans, notamment aux côtés des BB Brunes, les Wombats, Cocoon, Stuck In the Sound, Hush Puppies ou encore Charlatans...), nous avons clairement aimé l’énergie Anglo-Saxonne qui en émane. De l’écharpe à carreaux, jusqu’au mug, en passant par le chapeau bobby et la pochette aux couleurs du drapeau Anglais, tout est réuni et naturellement amené pour vous transposer d’une traite au pays de Big Ben. Et la musique dans tout ça ? Elle n’est pas épargnée. Clairement électrisante, audacieuse et actuelle à souhait, c’est à se demander si ce quatuor n’aurait pas finalement davantage sa place en Angleterre tant les douze morceaux qui construisent l’album sont des petites perles sonores qui - avouons-le - sont loin de sonner comme des morceaux de Variété Française. Bien évidemment, le combo a des influences très marquées et il ne nous faudra guère de temps pour comprendre que nos jeunes artistes sont dotés d’une oreille très fine en matière de Pop Music. Mais pour le groupe, tout est clair : « Nous resterons toujours Français. Sur nos murs, comme sur les vôtres, entre les posters des Beatles et du Prince Charles, on ne pourra jamais cacher ceux d'Eric Cantona, la Tour Eiffel, ou notre délicious accent ! ». L’accent Frenchy est d’ailleurs le seul petit détail que l’on aura du mal à retirer aux quatre artistes. Et si le nom de Music Is Not Fun se traduit littéralement par ‘La musique, ce n'est pas drôle', on répond à cela qu’il existe bien un contraste entre ce dernier et la musique que l’on peut goulûment apprécier dans "British Rendez-Vous", leur premier album produit par Bosco, la référence actuelle en matière de production Rock Club (Frustration, Indochine, Prototypes,...). En peu de temps, Guillaume (guitare, chant), Lucas (batterie, chant), Julien (guitare, chant) et Valentin (basse, chant) se sont déjà vus estampillés ‘nouveaux espoirs du Rock Lyonnais’. De l’autre, on préférera parler de précocité. Une petite découverte, ça oui. Mais surtout, des artistes qui osent changer un peu les règles en proposant de la musique Anglaise en France.
En dépliant la pochette de l’album, on y déniche un patchwork d’images ; de Tony Blair à Paul McCartney, en passant par les gardes de la Reine, une tasse de thé et même les Spice Girls ou Mr. Bean, Music Is Not Fun affiche clairement ses intérêts et ses goûts. Et si le morceau qui ouvre l’album, "Essex Girls", débarque sèchement après un court extrait de l’hymne Français, c’est une entrée très Rock que l’on savoure déjà pendant deux minutes (on le sait bien, les titres les plus courts sont souvent les meilleurs). Ce titre jeune, dynamique, légèrement Sex Pistols pour son esprit fougueux - sans pour autant être Punk, ne poussons pas – fait éclater un larsen de dix secondes en guise de final. Puis, avec "Down In The Club", les Music Is Not Fun nous convie à une Pop plus sage, plus rangée, mais qui n’oublie pas de prendre un bon tempo Rock And Roll moderne en guise de bagage. Avec "(Do You Love) My Shoes ?", nous sommes conquis. Avec un refrain ludique, et une petite boîte à rythme s’ajustant à merveille avec une basse intelligente et des guitares discrètes, ce titre ne manquera pas de faire merveille en concert. Shoooes !! Avec "HP (Please !)", le quatuor frôle l’esprit des Blur. Ca part dans tous les sens, le tout semble parfois musicalement déstructuré mais reste terriblement efficace… et vous reste en tête. Plusieurs effets appliqués sur la voix viendront rendre ce morceau encore plus original. En parlant d’originalité, nous adhérerons à 100% à l’ambiance farfelue proposée dans "Hey, Hey, Hey" qui, avec ses synthés eighties, son refrain interprété par Kate et Lucile et ses airs de Blondie, nous rendra magnétiques. Nous voilà au milieu de l’album avec "Ghost", beaucoup plus gras et grave. Puis, voilà déjà que les huit notes du Big Ben retentissent. Quelques accords de guitare font leur apparition puis c’est au tour de la voix de Guillaume de se poser. Deux minutes quinze de bonheur en guise d’interlude. Avec "Teenage Love", l’aventure continue de plus belle. Les accords sont simples, le rythme léger. On pensera par moments au regretté John Lennon – pour l’effet appliqué sur la piste chant - même si, il est vrai, que nous sommes loin – très loin - du vrai son British des eighties. "Louise" et son ‘Tou Meu Rend Fou’ transpire d’une French attitude plutôt séduisante. "London" se pare d’un petit côté Beatles non négligeable. Reste toutefois en surface un son très moderne qui vient rappeler que l’album date bien de 2009. Le tout se termine en beauté avec "1997".
Avec "British Rendez-Vous", Music Is Not Fun nous emmène vers quelques sonorités simples, des tempos parfois innocents mais ne perdent jamais de vue leur leitmotiv premier : jouer à l’Anglaise. C’est d’ailleurs cette intensité Rock ‘so british’ qui ressort de ce premier album. Pas d’extravagances, ni de solos tonitruants ; juste quatre jeunes artistes qui prennent leur guitare, leur basse et leur pied puis écrivent, écrivent encore avec le professionnalisme de nos voisins d’outre manche. Le résultat est plutôt satisfaisant et on se dit que cela valait le coup de tenter l’expérience. Mais Music Is Not Fun ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Après avoir atteint le Top 10 des Charts MySpace avec 550 000 visites au compteur, le groupe s'apprête à poser les pieds dans le pays de leur coeur, plus précisemment dans le sud de l'Angleterre pour cette fin Décembre. Une petite tournée au bon endroit, bien méritée. Ainsi, l'Angleterre a aussi rendez-vous avec les Music Is Not Fun. La Belgique, la Hollande, la Suisse et l'Allemagne seront également visités par les petits Frenchies. Attachés à la France, le quatuor n'épargne pas l'hexagone. Le groupe se produira pour deux dates à Paris (Salon Music Expo et Citadium) puis répondra présent le 23 Janvier 2010 à Saint-Brieuc en première partie de Paco Volume. Un beau petit programme et une bien belle aventure qui continue pour Guillaume, Lucas, Julien et Valentin. Nous avons tous rendez-vous avec Music Is Not Fun. Et vous ? Avez-vous déjà pris rendez-vous ?
Jen Kidonÿ
Interview inédit Music Is Not Fun répond aux questions de Jénzine Magazine
Jénzine Magazine : Quel est le premier titre de l’album que vous avez écrit ? Celui qui a tout lancé ?
Julien : Sur cet album là, je crois que le premier titre que l'on a écrit est "Essex Girls". C'est un morceau sur des petites Anglaises car les Essex Girls sont des filles qui trainent de pubs en pubs, les vendredis soirs, un peu bourrées, un peu rigolotes et un peu faciles. Ce titre est un clin d'œil aux Essex Girls.
Jénzine Magazine : Nous sommes sûrs que vous avez beaucoup d’influences musicales à nous faire partager. Quelles sont-elles, et pour chacun des membres du groupe ? On a vu passer Cat Stevens, Freddie Mercury,…
Nos influences musicales sont principalement The Beatles. Lorsqu’on était jeunes, nos parents les écoutaient et cela a été notre premier choc musical. Cela ne nous a jamais quitté et de part Les Beatles, une grande fenêtre a été ouverte sur l'Angleterre. Quand on était gamins, chacun est tombé individuellement amoureux de l'Angleterre en regardant des images ou les chansons de ce groupe mythique qu'on étudiait en cours d'Anglais. Puis, il y a eu ce fameux voyage scolaire en Angleterre et la grand déclic sur la culture Anglaise. Tout y est magique. La musique y est omniprésente. Tout est différent là-bas. La façon de construire les maisons, le centre ville, la façon de s'habiller, les bandes sons. C'est cette différence et ces clichés que l'on a voulu mettre dans cet album.
Jénzine Magazine : Le dernier disque que vous avez acheté ? Celui qui fait parler au sein du groupe actuellement ?
Il y a la réédition des Beatles, un coffret sixties, et le dernier Kasabian qui tourne dans le camion.
Jénzine Magazine : Quels sont vos parcours respectifs à tous ? Comment l’histoire du groupe a commencé ?
Guillaume et Lucas, respectivement, batteur et chanteur, se sont rencontrés à la FAC d'Ingénieurs à Lyon. Ils étaient un peu perdus et puis ils se sont dits « tiens, on va faire de la musique ». Ils avaient fait un concert dans un pub à Lyon et j'avais trouvé ça sympa. Je me suis joins à eux. Il s'avérait que je connaissais Valentin d'avant, du lycée, mais il était encore en Haute-Savoie pour finir ses études. Le bac en poche, il nous a rejoint en studio à Grenoble pour l'enregistrement de notre première démo. C'est comme ça que tout a commencé.
Jénzine Magazine : Êtes-vous plutôt fan de la ville de Londres ou plus généralement fan de l’Angleterre ?
On est plutôt fan de l'Angleterre en général. D'ailleurs, notre rêve serait de parcourir l'Angleterre en bus et y donner des concerts.
Jénzine Magazine : Pourquoi avoir choisi le nom de Music Is Not Fun pour votre groupe ? Cela veut tout de même dire La musique n’est pas drôle.
C'est comme un slogan. 'Music Is Not Fun' c'est quelque chose de très Anglais parce que, là-bas, la musique est faîte très sérieusement, même lorsque ce sont des titres marrants. Il y a vraiment une grosse culture musicale derrière. En gros, ce la veut dire : on ne fait pas n'importe quoi avec la musique, même si on fait quelque chose de léger. On ne badine pas avec la musique ! (rires).
Jénzine Magazine : Pourquoi cette intro, l’hymne Français, sur "Essex Girls" ? Un message à faire passer ?
C'est pour rappeler aux gens que nous sommes Français et que ça on ne pourra pas le changer. Cette intro, c'est pour montrer le côté Français. C'est aussi pour ça qu'on a appelé l'album "British Rendez-Vous".
Jénzine Magazine : Qui sont Kate & Lucile sur l’excellent "Hey Hey Hey"?
De vraies Anglaises ?
Kate est Anglaise et Lucile est Française. La première est la petite copine de Lucas, et la seconde celle de Guillaume ! (rires).
Jénzine Magazine : Vous nous parlez du bus Mercedes ?
Ce fameux bus que l'on a plus ! C'est le bus avec lequel nous avons fait nos premières tournées, car c'était le moins cher à louer. Que de bons souvenirs ! Je crois que, maintenant, il doit être quelque part dans un parking à Lyon. Paix à son âme ! (rires).
Jénzine Magazine : Qui se charge d’écrire les paroles ? Les dictionnaires sont de mise ? Comment procédez-vous ?
Les chansons, ce sont Guillaume et moi (Julien) qui les écrivons chacun de notre côté à la maison sur une base acoustique. On écrit la mélodie, la structure et les paroles et ensuite on apporte tout ça en repét' et on les travaille vraiment à quatre. C'est à dire qu'on restructure toutes les parties des morceaux un peu comme un gâteau ou chacun met les ingrédients et à la fin cela nous donne une chanson.
Jénzine Magazine : Bien le patchwork d’images en guise de poster dans le livret ! Vous avez voulu afficher vos goûts ? Mais dites-nous, il y a même les Spice Girls !
Oui, c'est exactement pour afficher ce qu'on aime, notre vision de l'Angleterre. Les Spices girls sont présentes car elles ont joués un grand rôle dans la culture Anglaise. Elles se devaient d'être dans le livret comme Mr. Bean. C'est notre Angleterre.
Jénzine Magazine : Qui s’est chargé de la conception de la pochette de votre album ? Très Anglais tout ça…
Nous mêmes ! On s'occupe de tous les graphismes, même les vidéos. Ca peut paraître totalitaire mais on fait tout entre nous car on passe beaucoup de temps ensemble pour la musique. On veut faire de Music Is Not Fun une entité où, au milieu, il y ait la musique et, tout autour, sa nébuleuse comme les contenus graphiques et les textes.
Jénzine Magazine : Comment s’est passé votre rencontre avec Bosco ? Et que s’est-il passé sur la piste 13 de votre album ? Un petit délire électro en guise de finale ?
Oui, c'est parce qu'on a enregistré pendant une semaine en studio dans la ville de Grenoble de manière assez Rock And Roll. La rencontre avec Bosco a été géniale. On a eu de la chance de travailler avec eux sur l'album. Ce sont des mecs formidables au travail, très intéressants. Ce duo de producteurs issus de l'électro sont fascinants. Ils nous ont permis de réaliser un album qui ne ressemble pas forcément à la musique des Beatles; mais à quelque chose de plus moderne, dans l'air du temps et qui est ancré dans la musique actuelle. Ils ont mixé l'album et, sur la piste 13, nous ont rajouté ce petit délire électro qui nous plaît. Du coup, nous l'avons gardé dans l'album.
Jénzine Magazine : Que signifie pour vous l’année 1997, au point d’en titrer une chanson ?
C'est une chanson de Guillaume. Je pense que c'est l'année ou il a eu la révélation pour la musique, avec la Brit Pop, Blur et Cantona à Manchester. Il a voulu regrouper tous ses souvenirs sur "1997".
Jénzine Magazine : Des anecdotes à nous raconter, qui se seraient déroulées durant l’enregistrement de "British Rendez-Vous" ?
Anecdotes ? En studio, non ! On a été très studieux, très concentrés sur ce qu'on faisait. Peut-être quelque fous rires. Mais par contre, en tournée, on en a eu. C'était en Angleterre. On fêtait nos trois ans d’existence dans un club et, à la fin, il y avait des membres d'Oasis avec qui on a bu des bières et parlé toute la soirée. C'était vraiment cool.
Jénzine Magazine : C’est un peu le premier grand pas dans le monde professionnel de la musique pour vous. Quel effet ça vous procure ?
C'est une sorte de soulagement. On va bientôt passer intermittents du spectacle. Ce n'est pas une fin en soi, mais cela apporte un certain confort. On a quand même un peu de pression qu'on arrive à gérer. Jénzine Magazine : Vous croyez au retour du vinyle, comme au bon vieux temps ? Ou le numérique a-t-il aujourd’hui toute sa place pour vous ?
Un peu des deux. Je pense qu'à l'heure actuelle, le vinyle à la cote. Mais de là à dire qu'il va faire un retour fracassant, j'en doute... Personnellement, j'achète de plus en plus de vinyles et de moins en moins de CD. Je pense que les deux se mettent en place, mais on espère que le numérique ne remplacera pas le CD ni le vinyle.Ce sont des choses traditionnelles auxquelles nous sommes très attachés. Par contre, on se sert du numérique lors de nos concerts, car on offre des bracelets où il y a un code à l'intérieur. Avec ce code, nos fans peuvent aller sur notre site télécharger gratuitement des contenus exclusifs, chansons ou vidéos.
Jénzine Magazine : Des concerts en Angleterre de prévus ?
Nous avons été contactés par une salle à Londres qui s'appelle Rythm Factory, l'endroit où les Libertines ont joués. Là, nous sommes en train de mettre en place une petite tournée dans le sud de l'Angleterre pour fin Décembre.
Jénzine Magazine : Le futur de Music Is Not Fun ?
Je pense que le futur son ira dans une nouvelle direction, une branche nouvelle, un peu comme dans l'esprit de "Hey Hey Hey". Pour l'instant, on ne sait pas trop si ce sera un album ou un maxi de cinq ou six titres. L'avenir nous le dira...