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KIPLING, déroutant, enivrant, passionnant...
Jénzine Magazine N°19, Janvier-Février 2010

•• Kipling. Emo-Rock à tendance Hardcore. Vous me direz : « chacun son trip » et, je vous dirais d'accord. Moi, je pense que ce qualificatif de style ne doit pas vous faire peur. Si vous êtes amateurs de frissons, d'émotions fortes, je vous invite à prendre place et à découvrir cet album "Lives And Walls". Nous sommes ici en présence du premier album de Kipling. Et quel album ! Pour situer la chose, c'est un mélange d'influences multiples qui donnent un style à part à ce groupe. On passe par Coldplay, en allant chercher du Muse et du Deftones et bien d'autres groupes. L'éclectisme est très important en musique, cela permet d'éviter de fournir le même 'discours' à chaque opus créé, chaque chanson, cela permet d'explorer divers univers et d'intensifier les différentes émotions qui vont nous transporter lors de notre écoute (pour certain(e)s) ou de notre création (pour d'autres). Si dès le premier album on arrive à créer cette identité musicale qui nous est propre, on peut dire que le pari est gagné. Reste à savoir si les auditeurs ne vont pas confondre « émo » et « émo ». Il y a plusieurs manières de jouer sur l'émotion en musique, Kipling regroupe la plupart d'entre elle. "Lives And Walls" va vous emmener sur le terrain de l'inconnu tant j'ai pu réapprendre à écouter de l'émo au travers de la découverte de cet opus. Après deux premiers travaux, Kipling entre donc dans la cours des grands.

Attardons nous à la formation de ce groupe. Kipling c'est Nicolas, Thibaut, Alexandre, Sofian, Hugo, le tout respectivement à la voix, guitare, basse, lead guitare, batterie, synthés. Chacun des membres qui le composent possède une influence qui lui est propre. Kipling est un groupe Français, originaire de Lyon (Rhône-Alpes). Et, je commence à penser que cette région est un vivier bouillonnant de talents... Formé en 2007, le groupe a tout de suite fréquenté la scène avec quelques créations et sort son premier EP en 2008. La suite est simple, un second EP « plus sombre » (dixit Sofian) sort et, nous arrivons sur l'album "Lives And Walls". Comme nous l'explique ce dernier dans une interview chez nos confrères de Metallian, les deux premiers EP ont servi à définir le style du groupe. Le groupe se cherchait, jouant ballades et morceaux très Rock & Roll, « univers sombre et travaillé ». Le projet "Lives And Walls" a toujours été en tête « Les deux EP ont servi à définir notre style ». On peut dire qu'en très peu de temps, Kipling a sut mêler 'amateurisme' et professionnalisme. En effet, en s'attardant un petit peu sur le MySpace, on s'aperçoit que le groupe est endossé sur plusieurs marques dont les musiciens connaisseurs sauront retrouver la qualité. Travaillant dur, le groupe a su s'entourer des bonnes personnes. Studio NRS, Fabrice Boy qui est devenu par la suite l'ingénieur son live du groupe et l'arrangeur studio (que le groupe respecte énormément). Ce mixe de rencontres et de fidélité permet d'expliquer le pourquoi du comment cet album est un album de qualité. Le groupe a programmé pas mal de dates courant Janvier, Février, et Mars. Je vous invite à aller voir sur le MySpace les lieux ou il sera possible de voir ces artistes et pourquoi pas, de les rencontrer.

Bien. Les présentations étant faites, nous pouvons enfin nous attarder sur l'album qui fait tant de ravages dans la presse Metal, Rock, Hard (et j'en passe). Avant de vous parler de la thématique particulière qui tourne au tour de ce petit bijou de création, je m'attarderais un instant sur la pochette du CD. En effet, celle- ci est vraiment travaillée et nous présente une ville - ou un monde (au choix) - assez particulier. Autant on peut apprécier le style mais on peut être aussi dérouté par les difformités des bâtiments et de ce qui les entourent. Tout ça est en noir et blanc, ce qui rajoute un côté 'Dark' non négligeable et, face à une espèce de vague que j'associerai au tourment qui nous est propre. On peut en fait, identifier tout cela à ce que l'on veut, tellement les possibilités sont multiples. Je laisserais donc votre imagination faire le reste. Pour ce qui est du son, "Lives And Walls" nous propose onze chansons dont certaines s'enchainent sans blanc ou coupures. Ça a le mérite d'être clair, nous sommes face à un CD concept. Pour vous en dire plus, Sofian nous explique que l'histoire de l'album tourne autour « d'un même sujet ». Je cite : « c'est l'évolution d'un personnage qui passe de monsieur-tout-le-monde à une star qui découvre petit à petit l'envers du décor, les mensonges qui l'entourent, le superficiel ». Kipling va même jusqu'à « pointer du doigt tous ces mensonges ». Nous allons donc découvrir un personnage au travers de « son ascension », « sa prise de conscience », « sa colère », « son mal être » et, « sa chute ».

Avec Kipling, ça ne rigole pas et ça commence très fort avec une ambiance au somment du dérangeant nous rappelant à quel point certains et certaines d'entre nous ont eu peur du monde du spectacle et des clowns. "At the Beginning" est un prologue nous permettant de dresser le tableau et de nous faire découvrir "Lives And Walls", chanson phare du groupe qui a même hérité d'un clip magnifique, subtil, enivrant (visible sur le MySpace). Nous découvrons que le groupe chante en Anglais et qu'il est capable de créer une ambiance aussi douce et feutrée que violente. Nicolas nous gratifie d'une voix particulièrement intéressante sachant aussi bien 'hurler" ses joies et ses peines que vous amener sur une autre planète en douceur. Le pont de cette chanson est absolument sublime. Et c'est peu dire. Moi, ça me prend les entrailles et ça me retourne. Kipling, ça s'écoute avec du volume et ça se vit. On enchaine avec "Ghost" qui nous garde toujours dans cette ambiance glauque. Nous sommes dans un rêve, chers lecteurs, qui prend forme et qui nous emporte dans une vague d'émotions incontrôlables. Le travail sonore sur l'album et les fonds sonores, samples et effets sont superbement bien intégrés. Le mixage est très réussi, c'est ce qui nous amène à croire que Fabrice Boy est en bonne adéquation avec les idées de Kipling. "Stolen Days" nous ramène à une impression de solitude, de tourments, de regrets, nous tournons autour de certains thèmes musicaux se rapprochant les uns des autres tout le long de l'album mais, ce dernier étant un concept je comprends tout à fait ce choix. Le thème guitare nous fait littéralement nous envoler vers d'autres cieux et Nicolas nous frappe les tympans (comme jamais ils ont été frappés). C'est du lourd, c'est violent, c'est palpitant et c'est beau à l'image de "Dust Of Crowds" (que je vous invite aussi à aller écouter sur le MySpace du groupe dans une version spéciale). La rage, la haine, la joie, la peur, la beauté, on ressent tout au travers de cet album. L'interlude est le bienvenu, pour reposer nos âmes et nos êtres, totalement vidés par la pureté du discours et d'excellents choix musicaux. On frise le progressif avec "Lives And Walls" voire même, nous nous trouvons en présence d'un OVNI du genre. "Hands" se veut lourd, accrocheur. C'est comme si quelqu'un nous tendait la main. La voix de Nicolas me fait penser à un bon Keane qui vole littéralement en éclat sur le refrain. Il n'y a pas à dire, passer de l'émo au Hardcore, Kipling sait le faire. Kipling, c'est un groupe, un univers. Encore davantage lorsque l'on passe sur "Black Eyed Dolls", sorte de ballade malsaine parsemée de volupté. Poète des temps modernes, Kipling nous en met plein la face avec "Héroïn", symbole de la décadence de l'addiction du monde dans lequel on évolue. On crie, on hurle sa douleur interne. Notre héros est tourmenté, et on peut aisément s'identifier à se dernier. C'est ce côté là qui rend cet album si particulier. Chacun peut le vivre à sa façon. "Hill Of The Liars" et "Eyes Opened" achèvent notre histoire de façon admirable avec, encore et toujours, ces thématiques guitares qui reviennent sans cesse nous hanter. Nous sommes dans « une course vers la vérité », toujours plus vite, toujours plus rageur. Le final est d'autant plus spectaculaire qu'il nous laisse sur notre faim... On en voudrait encore ! Lorsque l'on est dans le monde de ces musiciens, je peux vous garantir que l'on en ressort pas indemne. Moi, je suis avide d'ouvrir mes yeux comme Kipling...

Je pense que chacun peut voir ce qu'il souhaite tout le long de cette histoire. Quand le violon fait son entrée sur les dernières secondes, on peut l'associer à la fin d'une histoire dramatique et exceptionnelle, tout comme nous pouvons l'associer à un... violon (tout simplement). Là est le secret de "Lives And Walls". Bien que nous ayons une histoire racontée en détail par le groupe, les émotions véhiculées sont tellement fortes qu'elles laissent l'imagination de chacun prendre le dessus. Nous sommes donc confrontés à nous-mêmes. Cet album est le miroir de ce que nous aurions aimé être, ou de ce que nous sommes, voire même de ce que nous ne deviendrons jamais... Je découvre donc Kipling en même temps que vous. Comme je le disais, je suis extrêmement surpris du travail, du sérieux et du son que nous offre Nicolas, Thibaut, Alexandre, Sofian, Hugo et leur équipe studio. Il est évident que "Lives And Walls" est un album particulier qui pourra en écarter plus d'un par son côté très relevé et personnel, par ses ambiances tellement sincères et prenantes voir dérangeantes. Moi, je suis extrêmement friand de projet comme celui ci. Je tiens à saluer donc, ces artistes qui nous font vivre tant de choses au travers de cette histoire. Je me demande aujourd'hui quel sera le second projet de Kipling, mais il est temps pour nous de laisser digérer cet album au groupe et d'aller les découvrir sur la scène car des dates sont programmées (ou vont être programmées) un peu partout en France et ailleurs. Je finirais cet article par une citation de Chamfort : « Le grand malheur des passions n'est pas dans le tourment qu'elles causent, mais dans les fautes qu'elles font commettre. Les passions font vivre les hommes. La sagesse le fait seulement durer » (extrait de Maximes et Pensées). Merci messieurs d'avoir déchainé cette passion et cette sagesse qui est vôtre au terme de cet opus. ••

Guillaume Gil


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KIPLING
"Lives & Walls"

Label :
M & O Music

Année : 2009


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