•• Le moins que l’on puisse dire, ce que l’on sent dans cette première livraison d’ "Astronautes & Poésie" le temps d’un plat mitonné réfléchi et d’une attente constructive. On perçoit au travers de cet album qu’il a fallu en passer par le choix d’une couleur musicale. Quel ton, quelle teinte ? Provoquer également un certain type d’arrangements subtiles, coordonner l’ensemble jusqu’à l’ordre des titres et le visuel désiré. Non seulement du fait que ce premier album est conçu comme une naissance mais aussi par le bristol qui annonce sa venue, tout est fait pour que l’ensemble de l’album soit imprégné de délicatesse. Une sorte de passage de l’implicite à l’explicite.
Quoiqu’il en soit Hugues, armé de sa guitare acoustique a su faire le bon choix en s’accompagnant de Matthieu Llopart en multi-instrumentiste et du talentueux Renaud Hébinger pour la cerise sonore de ce joli gâteau. Le titre du premier morceau "Un Certain Equilibre" ne triche pas sur la marchandise puisque l’on rentre immédiatement dans le vif du sujet. Transporté par une belle six cordes acoustique, rappelant étonnement le son Folk du groupe America, et aidé d’un Fender Rhodes, la voix d’Hugues déboule en premier plan comme un saut à l’élastique sans filet, rebondissant du ‘grave downtown’ de son timbre buriné jusqu’aux sommets d’une corde vocale poussée dans ses derniers retranchements, jusqu’à friser la perte de contrôle. Ce fil fragile, on le retrouve tout le long des dix titres de ce premier album. Hugues semble ne pas chercher à surprendre ou réinventer quoi que se soit de musical. Il pose avec gracilité son travail, titre après titre, avec la classe d’un dandy de France.
« Je ne Crois Pas En Moi », « Profite de Moi »,… des éclats de textes qui résonnent et interpellent dès le premier titre, provoquant chez l’auditeur une invitation à la découverte du portrait sensible de ce personnage Hugues. Pourquoi ne croit-il pas en lui ? De la timidité peut-être ? « Profite de Moi ». Oui, nous en profitons! Après le souffle du premier titre dissipé, survient l’intro tonitruante de "Rien Ne Va Plus" qui va donner le ton évident des aspirations musicales de cet auteur-compositeur-interprète. Le ton et la teinte de l’album. Hugues mange du Coldplay, rallonge ses cocktails au Tom Baxter, se parfume au Magnet… ou alors on se trompe. On le sent imprégné par son époque et plus précisément par la Pop Anglaise. Il nous livre là dix titres qui filtrent savamment les différentes influences musicales émergentes. Ces influences, il les fait siennes. Certes, on y reconnaît ses influences avouées (The National Bank ou Peter Von Poehl) mais il y rajoute sa ‘French Touch’ comme fil conducteur (ou feel à l’Anglaise). Il le confirme par ses textes en déclarant : « l’âge des saisons ne lui fait pas peur ». Hugues, a, d’ailleurs, cette intéressante aisance et cette indéniable simplicité à faire glisser les mots sur le flux des mélodies.
Il ne faudrait pas mettre de titres en exergue mais citons quand même "Echappée Belle" qui, dans un pur style balade, nous ramène par certains accents à Daran (sans Les Chaises) tant la mélodie porte le texte et inversement proportionnel. C’est d’ailleurs le risque étrange de cet album qui va nous balader entre la nudité d’une chanson et son habillage galant. Hugues et ses comparses (citons le travail de Guillame Faure au piano) ont réussi, confinés - on l’imagine - dans leur studio, à épurer juste ce qu’il fallait pour la mise en nudité de quelques balades et doser les grosses orchestrations ou les séquences sur certains titres clés. Un album studio est fait pour cela. On a le luxe de pouvoir réaliser ce qui, peut être, ne sera jamais joué sur scène. Peu importe, les mélodies sont là, elles fonctionnent toutes seules puisqu’on les fredonne naturellement.
Hugues Chauvin, dit Hugues, après quatre années passées à Londres, revient gorgé d’énergie, et s’autorise le luxe de quelques belles premières parties (Deus, Jude, Tarmac, Overhead,…) pour se concentrer sur ce premier bébé. Hugues, c’est une belle gueule, une voix de crooner à la Française et on n’ose imaginer la gente féminine devant cet élégant jeune homme quand il s’arrache en public, en duo acoustique, avec son guitariste Ludovic Ozilou. Emotionnellement, certains titres l’emportent dans le bouleversement, tel "Zoé" ou le final devient une sorte d’hymne. Ou bien "Alice et l’Ephémère" qui est un pur bijou acoustique, au point d’en ressentir, non loin du micro, la belle sirène en attente. Egalement à souligner "1986" qui rappelle quelque peu les envolées d’Astonvilla. Cette douce timidité transpire et inonde le nouvel album de ce jeune astronaute compositeur.
A vingt sept ans, le ‘gars Hugues’ est encore un nouveau prénom à retenir dans la liste des nouveaux talents Francophones. Inscrivons-le pour ne pas l’oublier. L’Hugues de la hache de guerre, une sorte d’Indien dans la ville, un poète astronaute grimpant consciencieusement les marches de la Tour Eiffel afin que cet opus soit bientôt considéré par un large public. Malgré la qualité supérieure du visuel de la pochette, certains diront que l’image d’Hugues en lévitation avec sa guitare transparente ressemble un peu trop au visuel d’un certain Renan Luce. Mais le choix de la photo vient certainement de sa décision personnelle et n’enlève en rien le choc des mots et le travail atypique de ce quatuor urbain. Il nous reste à attendre les interventions scéniques où l’on pourra se confronter à la singularité du personnage en acoustique et, espérons le, avec la formation complète dont il rêve. Dans "Astronautes & Poésie", il y a ce fil en élastique qui, tour à tour, nous descend et nous élève. Hugues est, à la limite du Rock Français sans vraiment le franchir - on aimerait, çà et là, qu’il se lâche davantage - et à la limite de la Variété en s’en échappant sans cesse. Dans ces distorsions artistiques, il y a l’homme élastique. En effet, Hugues offre, à qui veut, l’univers du grand saut, l’aisance des mots, l’agilité musicale et la grande ivresse de la voltige. « Les absents ont toujours tort » dit-il. Alors bienvenue. Bienvenue à "Astronautes & Poésie", album confirmant l’arrivée en chanson d’un de ceux qu’il faudra surveiller de près. ••