YURI BUENAVENTURA, lumière des Tropiques
Jénzine Magazine N°15, Mai-Juin 2009 |
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•• Le charme de la musique aux accents de Cuba reste le plus beau cadeau de la musique World. Yuri Buenaventura, grand fan depuis toujours d’Astrud Gilberto, Tom Jobim, Gilberto Gil mais aussi bercé par les sonorités Salsa New-Yorkaises, est un petit homme plein de vie qui s’exprime avec persuasion sur scène, interprète aussi bien des chansons ensoleillées comme il arrive à donner corps à des morceaux plus mélancoliques. Voilà maintenant douze années que cet artiste, originaire de Colombie, donne naissance à des morceaux de toute beauté. Des studios aux planches où il excelle et originaire, comme son pseudonyme l’indique, de Colombie (plus précisément de la ville de Buenaventura), il débarque à Paris au début des années quatre vingt dix pour des études en Sciences Economiques. Depuis lors, Yuri Buenaventura n’a cessé de poser de merveilleux albums dans les bacs hexagonaux. En témoigne justement un nouvel album - son cinquième - baptisé "Cita Con La Luz". Une rencontre agile entre morceaux cubains et sonorités Jazz ensoleillées. Un équilibre parfait et séduisant, saupoudré d’un petit quelque chose qui vous fera forcément frémir.
Allumez une lumière douce, ouvrez vos volets, admirez le coucher de soleil à votre fenêtre et sachez apprécier le morceau mi-Jazz, mi-Salsa qui ouvre ce nouvel album de Yuri. "La Hamaca De La Noche" (traduisez ‘Le Hamac de Nuit’) vous transporte déjà loin de chez vous, vers des sonorités chaudes et parfumées. Vous entrez de plein pied dans l’univers d’un des plus étonnants ambassadeurs de l’Amérique Latine. Des paroles aux tonalités modernes et poétiques, qui retranscrivent avec force et intensité la dure réalité des choses tout en assénant à coups de mélodies charmeuses des messages humanitaires forts et pleins d’entrain ; nul doute que la musique de Buenaventura n’est pas arrivée par le plus grand des hasards. En 1996, son album "Herencia Africana" renferme déjà une époustouflante reprise de Jacques Brel ("Ne Me Quitte Pas"). Cinq ans plus tard, on retrouve l’artiste Colombien sur la bande originale du film de Joyce Bunuel : Salsa. On y entendra un duo avec Faudel ou encore une version ultra-vitaminée de "Mala Vida" de la Mano Negra en version cuivrée. El Señor Yuri Buenaventura se fait doucement un nom à l’échelle internationale.
L’année dernière, et pour la première fois de sa carrière, Yuri a concocté son album à Cuba. Pour cet artiste aujourd’hui âgé de quarante huit ans (et à l’allure toujours aussi juvénile), ce fût cette fois une occasion, de s’entourer des musiciens Latinos les plus talentueux (Horacio ‘El Negro’ Hernandez, Changuito, Enrique Purizaga…). Coréalisé aux côtés de José Da Silva (Cesaria Evora,…), "Cita Con La Luz" est rempli de cette magie que seules les musiques latines sont capables de faire naître en vous. Pour les grands amoureux de ces sonorités pleines de soleil, ce disque deviendra rapidement un favori. Mais "Cita Con La Luz" est aussi un défi. Celui d’en concevoir la trame avec les gens en provenance de la région de l’artiste, là, quelque part en Colombie. C’est ainsi qu’on y croise José Aguirre, complice de toujours, musicien et surtout arrangeur de haute volée. Loin du climat tropical, c’est aussi une rencontre entre continents. Comme en témoigne ce duo Boléro réalisé avec la chanteuse Folk Américaine Morley - à la voix de velours - sur la magnifique "Caminamos", accompagné ici par le pianiste Ernan Lopez Nussa (Afrocuba) et Enrique Pla (Irakeré) aux percussions. Le voyage semble infini et se poursuit avec de nombreux autres duos tout aussi délicieux comme cet interlude incisif et Hip-Hop baptisé "No Pasa Nada" interprété aux côtés du Belgo-Congolais Baloji. La présence d’Olivia Ruiz sur "No Fuiste" n’est pas négligeable non plus et intègre la native de Carcassonne dans quelques sonorités bien plus adaptées à son timbre de voix. En dehors de ces duos réussis, on y croise "No Lo Puedo Recordar", Guajira indolente et hypnotique, ou encore la parfaite "Vuelo" qui reprend le vénérable rythme Jambù qu’affectionnait tant Chano Pozo, le King de la percu Afro-Cubaine des années cinquante. C’est aussi un formidable voyage dans la mélodie lascive et enivrante de "Se Me Fue La Vida" et dans la saveur Jazz tropicale de "Amor Eterno" - une magnifique balade romantique – mais aussi dans la frénésie cuivrée et rythmée de "Los Cobardes" (traduisez ‘Les Lâches’) qui s’étend, pour notre plus grand bonheur, sur dix belles minutes. Yuri Buenaventura reste fidèle à l’impérissable ‘Salsa Dura’ et on aime. Sur "Valle De Rosas", l’artiste dédie son chant à son pays d’origine. Là même où on se fait la guerre depuis des siècles. L’amour éternel n'y serait-il que gageure ? Un hommage poignant.
Avec "Cita Con La Luz", Yuri Buenaventura réussi un album lumineux et coloré, qui fait s’entrechoquer de nombreux styles. De nombreux artistes, parfois inattendus, sont aussi venus donner une lumière supplémentaire à l’ensemble. Yuri Buenaventura demeure un artiste totalement intéressant, chaleureux dans sa musique comme sur scène. Cet opus mérite largement d’être entendu, même si vous n’êtes pas un féru amateur de musique World. Il est même possible que vous finissiez par plus pouvoir vous en passer. Entre rythmes Cubains, ambiance Latino et vivacité Salsa, "Cita Con La Luz" est un somptueux voyage dans les sonorités Tropicales avec, de surcroît, des thèmes variés et engagés. « Je ne viens pas de la Caraïbe mais d’une ‘fucking jungle’ où on a survécu, un peu comme les Brésiliens, conclut Yuri. Et puis le Brésil en France, c’est d’une féminité caressante ». Un album vivant, un artiste fascinant. ••
Jen Kidonÿ |