WOLFMOTHER, le retour de la bête Jénzine Magazine N°19, Janvier-Février 2010
•• Le capitaine Cook, en abordant les terres Australes, ne s’était pas trompé. Ces terres-là ont, en elles, quelque chose qui est de l’ordre de l’exception et l’histoire du Rock ne me contredira pas. Toute la musique, ou plutôt toutes les musiques, sont représentées sur le sol de la plus grande île du monde. Rock, Hard-Rock, Punk, New-Wave, Dance, Pop,... Ils sont tous là ; oui, tous les groupes les plus incroyables viennent d’ici : Easybeat et leur "Friday On My Mind", AC/DC et son Hard-Rock kangourou, Rose Tattoo et son Blues-Rock testostéroné, les Bee-Gees et leur incroyable répertoire, Radio Birdman et son Punk Rock furieux, Nick Cave et son Rock grandiose, Midinight Oil et leur Rock ethno martelé, INXS, Men At Work, ou encore plus récemment The…Airbourne. Bref, l’Australie est une terre génitrice de talents. Je pourrais aussi vous parler de The Saints, ce groupe mythique et cultissime, qui avait tout compris avant 1977 et qui, à Brisbane, construiront le plus grand album de Punk Rock de tous les temps. Mais revenons justement à la ville de The Saints (Brisbane) car c’est ici que le rescapé chanteur-guitariste de Wolfmother est venu enregistrer son dernier album. "Cosmic Egg" est dans les bacs depuis peu. En voilà une bonne nouvelle ! Car en matière d’actualité, l’Australie fait davantage parler d’elle pour ses incendies que pour ses groupes de musique. Et si...? Et si ce n’était là juste qu'une cause à effet en matière d’incendie ? Et si Wolfmother avait réussi l’épreuve du feu du deuxième album.
Wolfmother est donc un groupe Rock Australien de la banlieue de Sydney, plus précisément originaire d'Erskineville dans l’état de la Nouvelle-Galles du Sud (au Sud-est de l’Australie). Wolfmother signifie la mère-louve. Ce nom provient d’un roman de l’auteur Tim Robbins. Avec Wolfmother, c’est le retour au mur de guitares chères aux fans de Black Sabbath, Led Zeppelin, Deep Purple et autres Hendrix. C'est du Rock lourd et sonique. Le groupe s’est formé avant 2004 autour d’Andrew Stockdale (guitariste, chanteur), Chriss Ross (basse et claviers) et Myles Heskett (batterie). Ils sortent un premier EP cette même année, après divers concerts dans de grands festivals au sein même de leur pays. L’opus se vend très bien. Si bien que le groupe prend la direction des Etats-Unis, à Los Angeles, où ils enregistrent leur premier album éponyme sous la houlette de Dave Sardi. Une troisième place dans les charts Australiens, des génériques pour de grands shows télévisés, un Grammy Award, bref... Wolfmother a le vent Rock & Roll en poupe. En 2008, Andrew Stockdale a viré toute son équipe (pour divergences musicales) et se retrouve seul à la barre. Il pense à un moment se lancer en solo puis, après réflexion, s’aperçoit qu’il compose toujours du Wolfmother. Il embauche alors de nouveaux musiciens. Ian Peres à la basse et aux claviers, Aidan Nemeth à la guitare et Dave 'Acosta' Atkins à la batterie. Le nouveau Wolfmother est prêt à fonctionner, ou plutôt à faire parler la poudre. Le 26 Octobre 2009, "Cosmic Egg" est dans les bacs. C’est le retour aux affaires et le temps est venu de mettre les pendules à l’heure avec une tournée U.S. aux côtés de The Killers.
L’histoire de ce deuxième album s’est donc réalisée en plusieurs phases. Stockdale a tout d’abord maquetté ses idées à Brisbane en Nouvelle-Galles du Sud puis a réuni sa nouvelle équipe et s’est adjoint les services du producteur Alan Moulder. Direction Byron Bay pour les enregistrements où débute une pré-production. Alan Moulder n’est pas le premier venu. Il a à son actif du beau monde : Nine Inch Nails, My Bloody Valentine, The Smashing Pumpkins, Blonde Redhead,... Le groupe, accompagné de son équipe de production, a traversé les océans et s'est retrouvé en Californie aux fameux Sunset Studios de Los Angeles pour finir l’enregistrement de ce "Cosmic Egg", deuxième pièce maîtresse de la discographie d’un groupe incroyable. Un immense œuf de pierre (et de sons ?) orne la pochette et se retrouve comme image concept du livret. Wolfmother s’est donc offert là un brin de sobriété tout en beauté au niveau de l’artwork qui ne laisse absolument pas présager du contenu, véritable boîte de pandore Rock dans son essence même. La question que l’on est à même de se poser est celle-ci : vont-ils pouvoir le refaire ? Dès la première écoute globale de l’album, l’auditeur est devant un univers sonique de mastodonte. On pourrait même employer le mot 'dinosaures', tellement le groupe arrive à incarner ces grands groupes des seventies inscrits en lettres de feu dans l’olympe du Rock. Nous sommes ici dans du grand et du très grand Wolfmother. Tout n’est ici que plus grand que grand ! Un véritable mur de son semble avoir été édifié pour ôter toute concurrence dans la catégorie. Wolfmother, et notamment son leader chanteur guitariste, a été nourri, biberonné au Led Zeppelin et à Black Sabbath (période Ozzy Osbourne), influence majeure qui ressort de l’album. Il semblerait que chaque corps des membres est totalement habité. Cet album est donc un véritable tournant dans la carrière du groupe car le temps des essais et des balbutiements est bel et bien révolu.
Est-ce le lieu, l’endroit qui a inspiré le groupe pour qu’il commence avec un "California Queen" aux guitares droites, strictes, rapides, efficaces comme une rythmique Ramonienne ? Le tout est ramené à un tempo Sabbathien que ne renierait pas Tony Iommi. Car c’est là l’incroyable pari réussi du groupe de Sydney qui propose, dès le premier morceau, le mix idéal d’une dream team. Du Rock lourd et dur comme le granit. "New Moon Rising" ravira les fans, les plus Sabbathiens. Intro batterie, chant à la Morrison. On savait que quelque chose se tramait dans la nouvelle équipe du groupe mais pas dans une telle démesure de qualité, de moyens et de créativité. "New Moon Rising" est d'ailleurs le nouveau single de ce deuxième album. Il reflète totalement cet alliage que l’équipe de Stockdale a su façonner avec du temps et de l’expérience, véritable danse vaudou au dieu Rock. Tout pourrait s’arrêter ici mais la mère-louve réussit à nous emporter dans d’autres univers, dans l’autre facette des seventies, davantange tournée vers des influences comme Led Zeppelin, Free ou White Feather. La voix de Stockdale fait merveille et se marie parfaitement dans cette offrande Rock & Rollienne calibrée. "Sundial" nous amène dans ce que le grand Jimi (Hendrix) aurait peut-être fait de sa musique (rythmiques lourdes psychédéliques). "In The Morning" est tout en progression. La locomotive Wolfmother prend toute son essence dans ce type de morceau. Un véritable joyau Zeppelinien qui emmène la musique de la mère-louve au firmament. "10,000 Feet" est du même acabit, faisant renouer le mot Rock avec grandeur progressive. L’étendue de la musique du groupe est grande et la voix de Stockdale possède une étendue de styles aussi grande que sa musique. Que penser du titre de l’album en chanson, "Cosmic Egg", martelé par des batteries aussi glaciales que des chambres froides, des guitares comme on en fait plus dans le Rock et une voix rappelant le Madman de Birmingham sans jamais le plagier ? Wolfmother sort son épingle du jeu et la tire vers les étoiles. Le groupe est en totale possession de ses moyens soniques, musicaux, et de production. En témoigne tout le reste de l’album qui, sans aucunement redescendre en intensité, nous emporte à chaque chanson (cela reste assez rare avec les albums actuels). Ici, pas de zapping, pas de saut entre les morceaux. Tout est intéressant, travaillé, ciselé, pour attirer l’oreille de l’auditeur. "In The Castle" propose une introduction en ballade, batterie brute, breaks incessants et maîtrisés, rythmique Rock et bien rugueuse. Nul doute. Le groupe a attendu, a laissé murir le fruit pour remettre les pendules à l’heure. "Phoenix" et "Violence Of The Sun" finiront par vous voir totalement conquis par ce Rock Austral et efficace. Oui, Wolfmother est bel et bien de retour !
Le deuxième album est toujours un piège pour un groupe. La mère-louve, Wolfmother, est à nouveau génitrice d’un parfait deuxième opus qui fera date dans la discographie de la formation. Une fois de plus, comme ces dernières vapeurs qui ont besoin de temps pour atteindre la vitesse de croisière, le groupe est arrivé à nous surprendre en proposant un Rock que beaucoup de monde attendait. Stockdale, et sa nouvelle équipe, réussi le pari de nous transporter une nouvelle fois dans l’univers des seventies, des groupes de légendes, en croisant guitares, mur de son, grands solis, compositions furieuses, et styles dans le style. L’auditeur est pris, emporté pendant cinquante minutes de véritable bonheur. L’ombre, la présence du Sabbath le plus noir, du Zeppelin le plus sombre, ou encore d’un Purple Mark II semble planer au dessus de ce joyau. Mais ce ne sont là aussi que des influences. Pas de copie, pas de plagiat. Juste un Rock pur comme le cristal, dur comme le granit, et beau comme les neiges éternelles. Wolfmother semble avoir trouvé sa vitesse de croisière en devenant ainsi le chaînon manquant entre Hard-Rock et Rock actuel. Jimi Hendrix, Paul Kossof de Free, Tony Iommi de Black Sabbath, Jimmy Page de Led Zeppelin et Ritchie Blackmore de Deep Purple savaient qu’en jouant leurs musiques, ils pousseraient des millions de musiciens à la reproduire. Ils ne savaient pas qu’un jour une mère-louve viendrait à nouveau la célébrer, la mélanger, la mixer, en y rajoutant une touche de Blues avec autant de bravoure et que celle-ci serait Australienne et se nommerait Wolfmother. ••