•• Le numéro précédent de Jénzine faisait la part belle à une artiste Britannique aux accents Soul mais pas seulement, j'ai nommé Pixie Lott qui faisait d'ailleurs la couv' du dernier numéro de votre magazine préféré. Pour ce nouveau numéro, Jénzine vous a déniché la nouvelle sensation en provenance de l'Angleterre qui devrait connaître un jolis succès en France. La demoiselle s'appelle Vanessa Brown mais se fait appeler V.V Brown. A peine vingt six ans, V.V. Brown est à la fois une chanteuse, songwritter, interprète, multi-instrumentiste et une productrice. Si la réalisation de son premier album "Travelling Like The Light" a pris du temps, l'artiste devrait griller pas mal d'étapes avec cet album qui dépasse toutes les attentes. De quoi s'intéresser à une artiste hors-normes qui aurait pu naître dans les années soixante dix, en pleine apogée de la Soul Music, qui aime le Punk et vit dans le pays de la Brit-Pop. Drôles d'antécédents pour une drôle d'artiste.
V.V. Brown est née le 24 Octobre 1983 à Northampton (Angleterre), d'une mère Jamaïcaine et d'un père Porto-Ricain. A l'instar de beaucoup d''artistes de sa trempe, Brown s'initie très tôt à la musique: « Je ne parviens pas à me souvenir d' un moment où la musique n'a pas fait partie de moi. Je me souviens avoir écrit ma première chanson quand j'avais cinq ans. Je jouais les mêmes notes en boucle et à partir de ce moment, j'ai su tout simplement que la musique jouerait un grand rôle dans ma vie ». Elle passait ainsi ses fins d'après-midi dans le grenier en compagnie de ses quatre frères et soeurs à s'imaginer faire partie d'un groupe et jouer à Top Of The Pops. Chaque Dimanche, elle se rendait à la messe et chantait au sein du chœur Gospel de l'église. Elle apprend le piano, travaille sa voix mais prend également des cours de Classique et de Piano-Jazz dans une école d'arts. A cette même période, Brown acquiert également une culture musicale basée essentiellement sur les grandes figures du Jazz du vingtième siècle, comme Aretha Franklin, Ella Fitzgerald ou encore Dizzy Gillepsie. A la maison, son père et sa mère écoutaient The Rolling Stones, Ruth Brown, Elvis Presley, Queen. Brillante à l'école, la jeune Vanessa Brown, a l'opportunité d'étudier dans les meilleures universités d'Angleterre. Pourtant, elle privilégie une carrière dans la musique. C'est ainsi qu'a à peine dix-neuf ans, Vanessa signe sur une major, part à Los Angeles où elle travaille avec de grands producteurs et finit par faire des backings vocals sur le premier album des Pussycat Dolls. Mais quelque chose clochait: « Je m'étais complètement perdue », se souvient-elle. « J'avais perdu mon identité. Ma voix. Tout. ». Cette musique ne lui convenait pas et V.V. quitta son label. « Les artistes que j'adore, d'Alicia Keys à Amy Winehouse parviennent à toucher les gens parce qu'ils ne se compromettent pas », réalise-t-elle à présent. « Ils jouent une musique qui reflète ce qu'ils sont. Quand vous êtes à tous les niveaux, les gens sont touchés. Ils savent faire la différence. Votre manière de marcher, de parler, de vous coiffer, de respirer, tout ça vous trahit. J'ai eu besoin de tout ce qui s'est passé avec ce premier contrat pour me dire : Je refuse de me compromettre. » Le succès n'étant pas au rendez-vous, pire encore, Vanessa se retrouve fauchée. Pourtant Brown va profiter de cette dure période de sa vie pour travailler encore et encore sa musique et son style. A part donc quelques collaborations avec les Pussycat Dolls et Sugababes, l'album de V.V Brown qu'elle espérait enregistrer aux Etats-Unis, ne verra jamais le jour. De sa déception américaine, Vanessa va pourtant en tirer bénéfice, c'est suite à une rencontre amoureuse à Los Angeles qui finira par tourner au vinaigre que Brown écrit le titre "Crying Blood". Ce dernier étant d'une importance capitale pour la carrière de V.V. Brown puisque c'est avec ce titre que la Miss va enfin trouver sa sonorité. Comme V.V. le martèle à chaque interview, c'est ce même titre qui va être le déclencheur de sa carrière. Pourtant, c'est l'album dans son ensemble qui contient cette même énergie.
L'album démarre sur le tonitruant "Quick Fix". Pas de temps d'adaptation, vous êtes instantanément happé par ce son qui paraît rétro mais qui est surtout diaboliquement moderne. V.V. n'hésite pas à user d'éléments électriques et électroniques qui ne font que renforcer encore plus, la spontanéité et la fraîcheur de sa musique. Des mélodies enlevées, un rythme soutenu tout au long de l'album, on pourrait croire que tout a toujours roulé pour V.V. Pourtant, cet album est né dans la douleur. Hormis les déboires professionnels de V.V. à Los Angeles, c'est d'un point de vue personnel que cet album est très marqué. En effet, "Travelling Like The Light" est un album introspectif, qui a pour thème principal: la vie de V.V., et plus particulièrement sa vie amoureuse. V.V. a surtout été marquée par une relation amoureuse avec un homme qu'elle essaie toujours d'oublier : « Il m'a brisé le coeur, juste avant que je ne commence à écrire l'album ». "Travelling Like The Light" est ainsi tout en contradiction, un savant mélange de mélodies entraînantes avec des paroles sur certains titres, au bord du désespoir. V.V. Brown s'est façonné un univers qui lui a permis de surmonter beaucoup d'épreuves de sa vie, cet album est en fait une formidable leçon d'optimisme. Flotte également sur cet opus comme un air de vengeance, V.V. est à la Pop ce qu'Uma Thurman est au cinéma dans Kill Bill. La preuve en est avec un titre comme "Game Over", ambiance guerrière et morceau aux paroles explicites sur ce titre qui est une spéciale dédicace à l'homme qui lui a manqué de respect. Musicalement, "Game Over" est également un résumé de ce qui vous attend, Soul moderne rythmée par son armada de cuivres, gimicks électro qui lui viennent de sa fascination pour la musique de Super Mario pendant son enfance et une orchestration grandiloquente qui la place d'entrée parmi les excentriques de la Pop. Elle-même qualifie sa musique de « salade composée musicale », ses chansons n'en sont pas moins autant de hits en puissance. "Crying Blood" est d'ailleurs le hit en puissance par définition et quand on se rappelle qu'il est le premier titre que V.V. ait écrit, plus de doute possible, V.V. Brown est une usine à tubes à elle seule. "Crying Blood", en plus d'être le titre qui a inspiré V.V. pour cet album, va devenir également le single phare de "Travelling Like The Light". On y découvre une chanteuse survoltée. C'est d'ailleurs ce titre qui fera dire à V.V. qu'elle fabrique de la Pop Punk influencée par les années cinquante. Le dernier single en date est le titre "Shark In The Water" qui est une petite merveille de Soul moderne où le timbre de V.V. prend toute son ampleur. Son refrain n'a pas fini de vous hanter. "Leave" est dans la lignée de "Shark In The Water", plus posé, moins Pop Punk mais terriblement marqué par les années cinquante et revisité grâce à des instrumentations modernes. L'album se poursuit tranquillement sur "Bottles", le morceau le plus posé mais aussi le plus aérien. Sur ce dernier, V.V. présente ses personnages du sixième jusqu'au premier comme Feist et son "1 2 3 4". Les deux chansons suivantes parlent d'amour : « surprenant, non ? ». On retrouve donc les deux faces de V.V., la nostalgique sur "I Love You", l'enjouée sur "Love" et son Doo-Wop endiablé. Sur "Crazy Amazing", V.V. parvient à incorporer la ligne mélodique de la célèbre ritournelle pour piano "Chopsticks". L'oeuvre de V.V. ne serait complète sans "Everybody" qui est à coup sûr un futur single, un morceau électro prêt à embraser les dancefloor et que de nombreux DJ's aimeraient jouer.
A l'heure où beaucoup d'artistes sortent des albums Pop teintés de Soul, V.V. Brown, qui officie dans ce style depuis toujours, apporte une touche supplémentaire à sa musique qui la rend unique : de la folie ! Sans ce grain de folie, "Travelling Like The Light" n'aurait pas cette facilité déconcertante à vous remuer et à vous inciter à en redemander. Même V.V. s'est surprise à produire un album aussi vivant, elle qui se croyait morte à une époque où elle ne croyait plus, ni en sa carrière musicale, ni en sa vie amoureuse. Comme rien n'a été calculé, cet album sonne vrai et donne envie de se dépasser, "Travelling Like The Light" fait donc la transition entre la Pop de ces dix dernières années et celle de demain qui sera rythmée, féminine et optimiste. ••