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THEM CROOKED VULTURES, ils font le poids
Jénzine Magazine N°19, Janvier-Février 2010

•• En musique il existe deux sortes de personnes sur notre bonne vieille Terre. Ceux qui s’insèrent dans un groupe et qui y restent jusqu’à leur mort sans même s’émanciper vers un album solo, non pas que les autres lui interdisent mais par principe. Ceux-ci ne commettront donc jamais de projets solos pas plus que d’incartades dans des jams improvisées dans des caves ou des studios d’enregistrements. Et puis il y a les autres. Ceux qui ne peuvent pas rester en place. Non pas qu’ils sont instables et qu’ils ne finissent pas leur travail mais ils fourmillent toujours d’idées. Un des plus dignes représentants de cette caste d’agités est sûrement Josh Homme, ce trublion du Stoner Rock. A peine est-il sorti d’une tournée avec les Eagles Of Death Metal qu’il a réussi à se prendre du temps avec un nouveau projet regroupant Dave Grohl (ex-Nirvana, et surtout Foofighters). Jimmy Page (ex-Led Zeppelin, et pleins de choses aussi) faisait cela dans la fin des sixties enregistrant, jouant avec tout le gratin Londonien et pas mal de stars Françaises (Françoise Hardy, Polnareff, Hallyday) mais aussi Anglo-Saxonnes (Clapton, Beck, The Who, Donovan). Je vous l’accorde le jeu des guitares de ces deux bonhommes est bien différent mais un dénominateur commun les lie : John Paul Jones (ex-Led Zeppelin, ex-Zooma et beaucoup de projets) s’est joint à l’équipe. Jones, Grohl, Homme... et si c’était cela la dream-team en ce début d’année ? Et si ces petits pois (comme ils aiment s’appeler) étaient réellement annonciateurs d’un Big Bang Rock & Rollien ?

Ce n’est pas une nouvelle si je vous dis que les musiciens de Led Zeppelin ont un attrait pour les musiciens des Foofighters. Jimmy Page est déjà monté sur scène avec eux pour des jams furieuses sur des titres du dirigeable. Alors que Grohl se pense à marteler avec John Paul Jones, cela devait bien se faire un jour où l’autre. Il a fallu attendre 2005 pour entendre Grohl dire qu’il souhaitait jouer et surtout enregistrer avec l’ex-bassiste et surtout arrangeur du Led Zeppelin. Mais ce ne sont là que des paroles ; nos trois compères ont commencé à travailler à partir de 2009 - et d’arrache-pied - en enregistrant puis en allant se produire en concert. Juillet 2009 : le premier concert est donné. Quatre vingt minutes de furie électrique où le groupe joue la totalité de son album. Le possible retour de Led Zeppelin sur un nouvel album et en tournée étant revu à la baisse, Jones a tout son temps à donner à un tel groupe. D’autres part, John Paul Jones est un habitué de ce type de rendez-vous. Il a été à bonne école avec Page pendant des années, s’initiant dans divers projets et produisant pendant pas mal d’années divers groupes dont notamment les excellents The Datsuns avant de filer vers son projet Jazz Zooma. Baptisé 'les petits pois' - pour ne pas éveiller et enflammer l’hystérie des foules -, le groupe marche sur les festivals Européens et supporte en première partie les Artic Monkeys. En Novembre, le groupe enregistre son album, et le diffuse en streaming sur son site officiel. Le premier single de leur premier opus est "New Fang".

L’album présente un art-work cher à notre grand Josh Homme. Un corps mi-homme, mi-vautour, croisant ses bras, pensif, attendant sa proie ? L’album a été enregistré à Los Angeles chez le label Interscope Records et distribué dans le monde entier par Sony. Quatre vingt minutes de musique, treize chansons inscrites dans un Pop-Rock, ou plutôt entre Hard-Rock, Stoner et Rock Alternatif. Une question brûle pourtant les lèvres de tous les fans du Zeppelin, de Nirvana, des Foofighters et des Queens Of The Stone Age. Est-ce que ?... Eh oui... Est-ce que la musique de nos 'petits pois' s’influence, ressemble aux groupes d’origines des protagonistes en présence ou proposent-ils quelque chose de réellement nouveau dans leur style ? A vrai dire, l’album propose d’emblée une palette de sons, de thèmes, de percussions, de riffs qui regroupent les curriculum-vitae bien fournis de ces trois musiciens. Et comme dans leurs groupes d’origines, il y a bel et bien dans cet opus quelque chose qui sonne entre nouveauté pour la composition, sang neuf et assurance au niveau de la globalité du son. Les compostions coulent ainsi, croisant le Blues, le Rock Stoner, l’Alternatif, le Hard-Rock, et se mélangeant au timbre de voix si caractéristique de Homme amenant dans cette assurance toujours ce petit 'pois' de folie. Car, ici, nous avons donc droit un album qui accroche l’auditeur, et qui force à la curiosité à chaque plage, comme si une force spirituelle nous forçait la main pour écouter la plage suivante. Et c’est ainsi que va et qu’ira l’album. Une totale découverte qui permet à ce trio Rock & Roll de pouvoir nous émouvoir à chaque fois, en évitant finalement l’écueil de l’album réalisé par un super-groupe. Le tout est donc bel et bien en bonne tenue et se tient parfaitement. Un gros son, des compositions éxécutées avec cohérence et véhémence : voilà ce que l'on retrouve dans ce dernier écrin de ces messieurs.

Un album, un groupe, un artiste est toujours une affaire de son et il semble que la production - sans lésiner sur les moyens - a su faire la part des choses en proposant un album bien produit mais laissant la place à la spontanéité sonore. Le très morissonnien "No One Loves", et "Mind Eraser" introduisent cet album en plaçant nos oreilles au cœur d’un enregistrement, comme si nous assistions à une répétition ou étant dans le studio d’enregistrement. La voix de Homme fait merveille avec ses lignes de guitares épurées. On retrouve bien-sûr l’ombre des Queens Of The Stone Age planer notamment sur le single "New Fang" mais aussi sur "Dear End Friends". Les fans du dirigeable se retrouveront certainement sur les plages "Elephants" ou encore "Reptiles" où l’ombre du Zeppelin est vraiment présente comme jamais grâce à des sons, des mélodies, des harmonies mélangées période "Physical Graffity" ou "Presence". La batterie, semble-t-il, est l’héroïne de cet album magistralement exécuté. Dave Grohl semble tout lâcher comme s’il était aux commandes d’un mustang fou. Le batteur propose ici un jeu beaucoup plus propre, clair, et furieusement précis et efficace. Ce qui permet à la musique de prendre toute sa dimension. Ce power-trio aurait pu nous décevoir de part ses origines, ses compétences. Il n’en est rien. Il arrive, en fusionnant ses influences, à proposer vraiment quelque chose de compact, Rock et puissant. L’album propose ainsi ses petites virgules, ses points de suspensions par des surprises où la tonalité morrisonnienne revient à grands pas notamment sur l’Acid-Rock "Warsaw" et le morceau "Interludes With Ludes" tous deux extrêmement bien amenés à ce moment de l’album. "Caguilove", avec ses syncopes et sa sonorité pyramidale, drague les ambiances milles et une nuit mais sauce Homme avec orgue Hammond par derrière. Un joyau… Le tortueux "Gunman" amène l’auditeur dans des espaces plus complexes, où l’oreille doit se tendre. Mais c’est une magnifique partie de drague avec le gothique des années quatre vingt et ces grands accents sur grosses caisses et claviers en avant. L’album fait clôture sur une mélodie de piano ("Spining"), glauque, Heavy, hypnotique, qui n’est pas sans rappeler le Nirvana des premiers albums chez Sub Pop, tout en gardant l’essence du trio que nous avons ici.

Josh Homme se fend donc d’un nouveau projet qui aurait pu sembler prendre l’eau. Mais voilà, il n’est pas homme à se laisser aller. Quatre vingt minutes de musique avec un grand M sont donc proposées ici, avec une part belle laissée à chaque instrument. Le tout, bien-sûr, n’est pas sans rappeler les diverses origines des membres (Zeppelin, Nirvana, Foofighters, Queen Of The Stone Age). L’ombre de ces super-groupes plane donc tout au long de l’album sans jamais entacher la volonté implacable du trio de proposer un style compact entre Hard-Rock, Stoner, et Rock Alternatif. En effet, le groupe propose quelque chose de nouveau, une sorte de Hard-Rock Indépendant. La compagne de Dave Grohl ne s’y était pas trompée en annonçant quelque chose de nouveau avec des rythmes jamais entendus auparavant. Il y a dans cet opus une sorte de force créatrice qui semble venir d’un ailleurs que maîtrisent très bien nos trois protagonistes. Cette force doit certainement être cette couleur qui se pose sur chacune de ces chansons et qui confère à cet album une palette morissionnienne à tous les titres. L’auditeur devient donc un témoin sonore pendant ces quatre vingt minutes de plaisir. Pas envie de zapper, ni d’utiliser la touche eject mais qu’une seule et unique envie de remettre le CD pour réécouter les plages car, à chaque écoute, les chansons - comme bercées par les fées sonores - proposent une autre écoute ou lecture. La seule question peut-être que nous ayons à nous poser est celle-ci : Jimmy Page, guitar-hero carnivore, englué avec son dirigeable qui ne veut plus décoller depuis les concerts de Londres, deviendra-t-il végétarien pour rejoindre, pour quelques jams en fin de concerts, ces furieux 'petits pois' ?

Philippe Sarg


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THEM CROOKED
VULTURES
"Them Crooked Vultures"

Label :
RCA/Sony

Année : 2009

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