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THE ANSWER, allumez le feu
Jénzine Magazine N°15, Mai-Juin 2009



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•• Annoncé comme un genre mort (?) depuis 1991 sur une dernière encyclopédie du genre et mué en Métal, le Hard-Rock semblerait renaître de ses cendres. Oui le Hard-Rock à la Zeppelin, Deep Purple, Grand Funk Railroad, mais aussi Saxon, Iron Maiden, et autres Def Leppard, Whitesnake ressort de sa retraite. Est-ce à cause de l’énorme succès d’AC/DC et son "Black Ice" ou dans les temps passés la reformation pour quelques concerts de Led Zeppelin ? Toujours est-il qu’une pléiade de groupes ont continué de battre le fer ou pour d’autres se sont remis en selle et font à nouveau communier public, hurlants, décibels et Guitar-Heroes. Le Hard-Rock s’offre donc une énième jeunesse avec ces reformations, ou ces tournées mythiques mais avec de nouveaux talents comme les Australiens survoltés de Airbourne et.... The Answer. Connaissant le premier avec ses passages récents sur le sol Français, nous nous sommes penchés sur le phénomène The Answer qui, non seulement après avoir sorti un premier album époustouflant, se paie une première partie avec les kangourous Australiens de Monsieur Angus High Voltage Young. Quand on connaît le professionnalisme d’AC/DC, on ne doute plus sur ce jeune groupe. De plus, leurs terres d’origines d’Irlande ont déjà donné au Hard-Rock et au Hard-Blues de sacrées lettres de noblesses dans la grande période des années quatre vingt. Plus qu’une seule issue : analyse du style, enquête, et tout le toutim...

Direction l’Irlande du Nord et sa campagne, ses pubs, et sa bonne ambiance. Pour en savoir plus sur la provenance et l’origine des membres de The Answer, nous nous arrêterons sur deux villes : Newcastle et Downpatrick. Au pays des Gary Moore, Thin Lizzy et Rory Gallagher, il n’est donc pas étonnant qu’un nouveau groupe, prêt à en découdre avec le Blues du Delta et le Hard-Rock de Jimmy Page et son dirigeable, se soit créé. Les influences du groupe sont là : Led Zeppelin. Mais il y a aussi d’autres grands noms du Hard-Rock qu’aiment citer les membres du groupe. On apprend ainsi que leur musique prend sa source au sein de groupes comme Free (et son regretté guitariste Paul Kossof), Def Leppard, The Who, et enfin the Black Crowes. Voilà le décor est planté ! Le groupe officie depuis plusieurs années avec, en son sein, Cormaac Neeson au chant, Paul Mahon aux guitares, Micky Waters à la basse, et James Heatley à la batterie. C’est en 2005 que The Answer a commencé à faire parler de lui en étant élu par le magazine Classic Rock comme meilleur nouveau groupe de l’année, mais aussi en sortant un premier EP baptisé "Keep Believin" qui promettait fort avec un Hard-Rock Bluesy de première classe. En 2006, et 2007, le groupe réitère sa recette avec "Rise" où The Answer fait la part belle à ses influences (Led Zeppelin, Free). Un album rock avec un grand 'R', liant le Mississippi-Blues et le Hard-Rock. The Answer a donc la teneur et la grandeur d’un Black Crowes et le public ne s’y trompe pas. Le groupe va ainsi commencer à faire parler de lui un peu partout comme ils aiment à le dire eux-mêmes en parlant de cet album « "Rise" nous a permis de nous lancer dans toute l’Europe et même au Japon. Ce premier album a dépassé nos espérances les plus folles. Grâce à lui nous avons pu nous constituer une fan base solide ». En 2008, il ajoute à sa discographie un DVD Live, bootleg officiel "Live At Planet Rock XMas" qui présente un groupe Rock dans toute sa grandeur, son énergie, et sa puissance. Mais c’’est sans doute en 2009 que celui-ci va encore faire mouche en balançant à nos oreilles leur album "Everyday Demons". Nous sommes alors pour The Answer dans ce que l’on pourrait appeler la deuxième étape. Ce n’est pas tant la sortie de cet album qui est exceptionnelle. Le groupe va se retrouver dès 2009 en première partie des Australiens d’AC/DC pour assurer leur première partie pour la tournée américaine de "Black Ice" alors que "Everyday Demons" n’est même pas encore distribué aux States, statut et grandeur d’artistes obligent. The Answer délivre donc sa musique sans se soucier du lendemain et en prenant l’instant présent tel qu’il est. Les Irlandais sont habitués à ce genre d’exercice après avoir ouvert les années précédentes pour des groupes comme Deep Purple, Aerosmith ou The Who.

D’un rouge écarlate sombre, orné d’un papillon en arrière plan, le nouvel opus de The Answer a donc débarqué depuis quelques temps sur nos platines. "Rise" avait laissé exploser l’énergie de ce groupe avec ses influences Hard-Blues (Free, Led Zeppelin). La machine à riffs allait-elle se recopier ou justement puiser au plus profond d’elle-même pour proposer une nouvelle palette de ses potentialités ? La réponse est oui, et encore oui ! Nous sommes, dès les premières écoutes, rassurés. The Answer est un groupe qui sait se renouveler mais surtout "Everyday Demons" est l’album où le groupe pose sa griffe, laissant une empreinte qui le distinguera de tous les autres. Quand l’auditeur écoutera cet album, il ne cherchera plus les influences, il ne fera plus de rapprochement avec un autre groupe, il ne s’aventurera pas dans des comparaisons mais il se trouvera devant un fait accompli : il a entre les mains un groupe nommé The Answer qui a la hargne, la rage, le feeling, et qui propose son deuxième album. Tout ceci pour dire que "Everydays Demons" est l’album de la grandeur. Quarante six minutes de pur bonheur, remplis de Blues-Hard-Rock sauce Irlandaise que n’aurait pas renié un certain Rory Gallagher. L’album est produit par John Travis (Social Distorsion, Buckcherry, Static-X) sur le label Steamhammer qui a su capturer en studio ce qu’est le groupe en Live. Et c’est peut-être là qu’est la clé du succès de The Answer. Quand on sait combien de groupes se sont cassées les dents à recréer dans des conditions artificielles le son Live ! The Answer est donc une bombe sur scène et... sur disque. Du riff, et du gros, du son... et quel son ! Une section basse-batterie qui ronfle comme un v6 de Ford Mustang, des guitares incisives aux rythmiques bien trempées et une voix très particulière tantôt rauque, tantôt cristalline qui vous amène loin, des plaines Irlandaises au Delta du Mississipi. Il y a dans cet album un quelque chose qui ne figurait pas sur "Rise" ce truc en plus est apporté par la teneur des textes que déploie le chanteur au fil des compositions. Les textes sont plus profonds, plus riches, plus sombres. On sent d’ailleurs sur "Everyday Demons" le groupe réellement en progrès sur cette faiblesse que possédait l’opus précédent : « Je n’ai de cesse de revenir sur mes ébauches de textes pour les corriger, les améliorer, tenter de trouver le mot juste. Les paroles sont l’un des points que je voulais tenter d’améliorer cette fois-ci. Elles sont définitivement plus personnelles, sombres et réalistes ». Un résultat qui se ressent tout au long de la lecture des plages et qui nous fait dire à nouveau que ce groupe n’est pas comme ses congénères. Mais ce qui attire l’oreille en premier lieu est cet étonnant travail de globalité de paramètres que leur producteur a su porter jusqu’à son objectif tout en respectant un cahier des charges bien fourni.

Dès le premier titre accrocheur "Demon Eyes", nous sommes mis dans le bain. Hard-Rock, Rock’n Roll, pur et dur, riffs à gogo, nous rappelant bien-sûr leurs parrains Australiens de tournée. The Answer mène très bien sa barque, laissant la part belle à des intros au chant et des solos dignes des plus grands Guitar-Heroes. Mais ici, pas de longueurs, pas d’ennui dans des envolées techniques inutiles. Tout est calé pour intéresser l’auditeur et ne jamais le laisser se reposer. "Too Far Gone" arrive comme une autoroute toute tracée, avec des relents nous renvoyant aux heures bénies du Hard FM mais pas efféminé. Un Hard-Rock de haute teneur. Refrains accrocheurs, rythmiques bien dosées. La recette orchestrée par Travis et ses sbires fonctionne à plein régime. The Answer nous ravit avec ce doux mélange entre Rock Bluesy et grosses rythmiques bien appuyées. "On And On" nous plaque littéralement contre les murs avec ses murs de guitares, et surtout, ce chant si caractéristique de ces Irlandais bien trempés. Le tout est distillé avec un son non-pas vieillot mais moderne ce qui rend chaque chanson, chaque passage toujours plus captivant. On se surprend même à être emmené vers des univers peu communs pour un groupe de chevelus tel que The Answer car ici tout n’est qu’affaire d’instinct. Cette petite chose qui semble manquer à la musique actuellement. Blues, Blues, Blues quand tu nous tiens ! Amis du bottleneck, des grandes plaines vous allez être servis ! Voici venir "Cry Out" ! Toutes voix devant, sortie tout droit des bayous, à l’unisson de la blue note, et d’un harmonica, il ne manque plus que les alligators et un bon Honky-Tonk. Morceau tout en progression avec un refrain taillé, calibré pour la scène. Les fauves sont lâchés. Comme arrivée sur un nuage, "Cry Out" se finit là où elle a commencé… sur une étoffe de dentelle. "Why’D You Change Your Mind” nous révèle quelque chose de passionnant. The Answer nous amène ici dans une autre ambiance, plus intimiste, plus confinée, avec des guitares toutes étouffées, puis l’explosion au recoin comme ils savent si bien le faire. Est-ce l’ambiance du morceau ? Mais lorsque ces gars-là parlent de textes bien plus graves, plus sombres, la musique s’en ressent aussi. Nous avons droit à de fantastiques passages qui ne sont pas sans rappeler un certain dirigeable avec des envolées lyriques. Au bout de cinq plages consommées sans aucune modération, l’auditeur est littéralement plaqué au sol et se dit que The Answer n’est pas un groupe à singles mais un groupe à discographie avec des albums de grande teneur comme celui qu’il écoute. "Pride" ne décevra pas les amateurs de mélodies sirupeuses, les envolées lyriques, romantiques. Peut-on voir dans ce "Pride" un petit-pied de nez à leurs compatriotes dont le groupe s’écrit en deux lettres ? En tous les cas, l’exercice de style est très bien réussi en laissant là un morceau calibré pour les radios à cheval entre mélodie et efficacité. Cela ira de même avec "Walkin Mat" où le groupe s’essaie à un mélange difficile mais réussi. Prenant le meilleur du Pop-Rock, du Hard-Rock, de la Soul et du Blues, ils étirent progressivement cette chanson de manière magistrale avec un son défiant toutes les productions actuelles calibrées pour la grande écoute. Tout est intéressant ici et "Tonight" en est la preuve avec ces accords que la bande à Angus ne renierait pour rien. Le groupe nous montre là qu’il peut se servir d’influences pour créer et non pas pour recopier. Le final de l’album reste dans la même teneur avec un "Dead Of The Night" très orienté musiques progressives et un "Comfort Zone" très celtique, alliant le sombre et le druidique avec son tempo lent, pesant, Heavy à souhait.

Par cet album, The Answer assoit à nouveau son Hard-Rock Blues. Nous sommes arrivés au temps de la maturité. Le groupe sort sa grosse artillerie : riffs zeppelinesques, rythmiques appuyées, production plus qu’à la hauteur, ambiances sombres et progressives, vocaux et textes plus travaillés et véritable ciment de sa musique. Tout est donc réuni ici pour faire de ce deuxième album une véritable bombe de platine (ou de diamant). Cet opus permet aussi au groupe de se mettre dans la lumière par sa prise de risques qui est présente sur chaque morceau rendant le tout très intéressant et surtout surprenant. Mais c’est aussi un album avec de multiples ambiances que nous offre The Answer. La force de ce groupe est peut-être là en emmenant ces fans hors des sentiers battus de ce style de musique. L’alchimie est parfaite. Tout au long de l’album, l’auditeur est hanté par les Bluesmen du Mississipi, les elfes des forêts Irlandaises, les chants runiques, et le Hard-Rock lourd des seventies avec ses cohortes de Guitar-Heroes. Ce sont là peut-être les véritables influences du groupe qui a fait fie des Free, des Who pour être lui-même et proposer un disque plus profond encore que "Rise". "Everyday Demons" est donc un album qui va compter en cette année 2009 pour tous les Rockers, Hard-Rockers du monde. Après s’être hissé dans des premières parties de dinosaures tels que The Who, Aerosmith, et maintenant AC/DC, il n’y a pas à parier pour retrouver le groupe en tête d’affiche très bientôt. La phase de l’initiation est terminée ainsi que celle de la confirmation avec cet album marqué au fer rouge. Voici venir le temps de l’adoration. L’histoire est en marche.

Philippe Sarg


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THE ANSWER
"Everyday Demons"

Label :
Steamhammer

Année : 2009

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