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SEASICK STEVE, monsieur l'authentique
Jénzine Magazine N°15, Mai-Juin 2009



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•• Le Blues a encore de beaux jours devant lui. Steve Seasick le sait bien. Depuis 2004, cet artiste, au grand vécu, a décidé de se lancer dans une carrière solo. Alors âgé de soixante trois ans, rien ne lui semble impossible. Depuis maintenant cinq ans, Steve enchante véritablement le grand public, passant de festivals en festivals et ce partout dans le monde. N’étant pas le premier Bluesman moderne à monter sur les planches (et accessoirement pas le dernier) et armé de morceaux spontanés emplis de riffs pleins de ‘bottleneck’ - qui rendrait fou n’importe quel mordu de Blues -, Steve tire clairement son épingle du jeu. Aujourd’hui, c’est avec un nouvel album, le premier qu’il signe sur une major, qu’il revient titiller nos oreilles. Intitulé "I Started Out With Nothin And I Still Most Got Most of It Left", cet opus présente un artiste au visage gentil et sympathique qui a fait du Blues un archipel de vie.

Pour ceux qui aurait raté près de soixante ans de vie de notre artiste, voici de quoi remettre les pendules à l’heure. Steve Seasick (Steven Gene Wold de son vrai nom) nait à Oackland, en Californie. Son père, pianiste, est déjà un féru amateur de Boogie Woogie. Le petit Steven essayera, tant bien que mal, de se mettre lui aussi au piano. Un cuisant échec. A huit ans, il attrape une guitare et s’inspire de la musique de K.C. Douglas ou encore Tommy Johnson. A treize ans, en quittant la maison familiale, il côtoie la vie d’un vagabond. Jusqu’en 1973, Steve voyage dans des trains de fret, recherche quelques jobs saisonniers en tant que fermier et finit bien souvent par errer comme clochard sur les routes du Mississippi.

Dénichant pourtant ci-et-là un peu de travail, Steve commence parallèlement à tourner et jouer avec quelques Bluesman du coin. Par ailleurs, il commence aussi à se faire quelques amis dans le métier, dont la regrettée Janis Joplin ou encore la légendaire Joni Mitchell. Puis, il persiste vers cette voie qu’est la musique. C’est ainsi qu’il devient, peu à peu, musicien de studio, ingénieur son et producteur. Pendant plus de quinze ans, Steve Seasick produit bon nombre d’artistes indépendants et croisera même dans sa vie le grand Kurt Cobain, qui devient à son tour un ami. En 2001, Steve fait paraître un album sous son nom. Baptisé "Cheap", il sera enregistré aux côtés des Level Devils (que sont Jo Husmo à la basse et Kai Kristoffersen à la batterie). Il faudra pourtant attendre Novembre 2006 pour voir débarquer le véritable premier album solo de Steve Seasick. "Dog House Music" verra le jour grâce au soutien d’un vieil ami, Joe Cushley, alors DJ sur une webradio Américaine. The Dog finira par devenir le surnom de Seasick. Puis, Steve se dévoile au grand public. Les Britanniques le découvre dans leur petite lucarne lorsqu’il apparaît dans la célèbre émission de Jools Holland. Après ce passage télévisuel, la carrière de Seasick explose littéralement et sa popularité monte en flèche. Il sera alors à l’affiche de nombreux festivals Anglais, dont celui de Glastonbury, et chantera même en duo avec KT Tunstall au concert d’Astoria à Londres en 2008. Puis, Steve voyage… très loin. Notre Bluesman Californien s’envole au Danemark, en Australie et même au Japon. En 2008, Steve signe sur une major. Notre musicien fait paraître en Septembre de la même année son ‘véritable’ premier album. A l’intérieur, on y retrouve la crique à Nick Cave (Grinderman) mais aussi KT Tunstall et la belle Jamaïco-Anglaise Ruby Turner.

En écoutant "Walkin Man", qu’il interprète bien souvent sur scène en compagnie d’une belle fille choisie dans le public, on comprend que l’on tient ici un Bluesman très inspiré. Cette chanson, qui coure sur à peine trois minutes, est un Blues unplugged ‘slidé’ qui s’écoute d’un trait et autant de fois que l’on le souhaite. Le rythme cadencé au pied et un refrain simple à retenir (« My Name Is Steve and I’m your Walkin Man, Yes I Am ») vous devient vite indispensable pour finir par devenir un coup de cœur. Le titre suivant, "St. Louis Slim", dont on doit le rythme à Dan Magnusson (en charge des percussions sur l’ensemble l’album), est une habile fusion entre un titre de la discographie de Steve Miller Band et un morceau de ZZ Top. La voix de KT Tunstall occupe la pièce lorsque démarre "Happy Man", un morceau légèrement Gospel, toujours aussi Bluesy et que tout le monde peut aisément reprendre en cœur, et où l’on retrouve également au chant Kim Fleming, Gale Mayes et Ruby Turner. La parfaite "Prospect Lane" reprend le riff unplugged de "Walkin Man", la rapidifie et inclue un refrain à la fois cadencé et dansant. "Thunderbird" a le son aussi profond et l’ambiance aussi grasse que le morceau "Train Time Shuffle"interprété en 2001 par Gwyn Ashton. Voix rauque, guitare saturée, la merveille s’installe et occupe complètement votre enceinte. Après avoir goûté à la délicieuse "Fly By Night", nous tombons sur "Just Like A King" qui continue de perpétuer avec une grande simplicité le son originel du Blues. Et lorsque l’on parle de simplicité, cela s’applique aussi au morceau "One True" qui, pourtant agrémenté d’un unique et lent tempo, ne peut que séduire par ses sonorités merveilleusement enregistrées et mixées. La guitare est dans votre pièce. Quant au bassiste, inutile de le chercher ici. Les cordes frappées et pincées sur "Chiggers", l’incroyable break et la parfaite fin de ce titre (non, Steve n’y a pas laissé sa guitare…) proposent à eux seuls un grand moment d’écoute. Cette technique de jeu, très répandue dans le genre musical dans lequel Steve excelle, place "I Started Out With Nothin And I Still Most Got Most of It Left" comme l’un des plus étonnants albums Blues de cette année 2009. En achevant cet opus avec "My Youth", il ne manquerait presque plus qu’un désert, une vieille cabane en guise de décor et d’un léger souffle du vent pour compléter cette authentique image que Seasick ballade avec lui.

Si le titre de l'album de cet artiste épatant vous paraît long, son contenu vous paraîtra un tantinet court. Mais au sein de ces quarante minutes, vous y dénicherez une ambiance Blues puissante. En onze morceaux, Steve Seasick a su collaborer avec les bonnes personnes, et allier les racines du Blues à l’inévitable son numérique actuel, tout en tâchant de veiller à garder une pureté sonore quasi-parfaite. La guitare, instrument central de cet album époustouflant, est un personnage principal que Steve ne néglige pas. Musicien empli d’une belle simplicité et d’une réelle gentillesse, c’est aussi un homme heureux, à l’âme toujours aussi vagabonde qui laisse transparaître dans sa musique de terribles résonnances pleines de passion. Steve est aussi père de deux enfants, dont l’un (Didrik) a dessiné la majorité de ses pochettes de disques et a conçu la majorité de ses sites internet. Quant à son second fils, Paul Martin Wold, on a pu l’apercevoir au tambourin aux côtés de son père au Royal Albert Hall. Et lorsque l’on demande à Steve pourquoi avoir choisi comme surnom « Seasick » (traduisez ‘mal de mer’), il répond : « Parce que c’est tout simplement vrai ! J’ai toujours eu le mal de mer ! ». Une perle du Blues dont il faut prendre soin. Steve Seasick est un incroyable puriste. Bienvenue dans le monde du Blues international, Monsieur Steve ! ••

Jen Kidonÿ


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SEASICK STEVE
"I Started Out
With Nothin and
I Still Got Most Of It Left"

Label :
Warner Bros

Année : 2009

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