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RENAN LUCE, l'enchanteur des temps modernes
Jénzine Magazine N°18, Novembre-Décembre 2009



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•• Après le succès surprise de son premier album, "Repenti", en 2006, Renan Luce ne s'est pas reposé sur les lauriers de sa gloire et a travaillé d'arrache-pied à son second opus, "Le Clan des Miros". Les 750 000 exemplaires écoulés de sa précédente galette n'auront pas eu raison de son humilité : en artiste authentique et investi, le chanteur est resté fidèle aux siens. C'est entouré de ses amis, qu'ils soient musiciens et compagnons de scène (Antoine Dijol, Martin Gamet, Manu Feramus et Yohan Dalgaard) ou révélations de la nouvelle scène française (Alexis HK et Benoît Dorémus) que ses nouveaux titres auront été enregistrés. Toujours à la source de ses moindres compositions, Renan n'a pourtant pas hésité à intégrer des cordes (captées à Londres) ou des cuivres à son univers Folk-acoustique. Désireux de renouveler ses gammes et de repousser les limites d'un monde peuplé de personnages aussi attachants que surprenants, l'artiste avait, dès le départ, une idée précise et cohérente de cet album. Pour atteindre cette harmonie évidente, Jean-Louis Piérot, déjà  producteur de "Repenti", lui prête main forte en l'aidant à réaliser les douze pépites qui parsèment l'un des albums les plus attendus de l'année. Après le joli succès du premier extrait, "La Fille de la Bande", et alors que le second, "On n'est Pas à une Bêtise Près", bande originale du film Le Petit Nicolas, semble s'amouracher des ondes, Renan Luce semble bien parti pour réitérer l'exploit de son dernier opus.

N'ayons pas peur de l'avouer : dans l'actuel contexte musical Français, réussir une carrière à l'image de celle de Renan Luce n'est pas donné à tout le monde. Beaucoup de talent, d'énergie et un sacré coup de pouce du destin auront été nécessaires à ce jeune breton de vingt-neuf ans pour atteindre son but. Élevé dans un petit village du Finistère, Plourin-lès-Morlaix, Renan s'est très vite découvert moult affinités avec ce qui deviendra bien vite l'objet principal de sa vie : la musique. Multi-instrumentiste (piano classique, saxophone), celui qui compte dans ses nombreuses influences, Georges Brassens et Bob Dylan, se tourne tout naturellement vers la guitare. Autodidacte, il compose rapidement ses premières chansons. Sans délaisser ses études, l'artiste se partage entre le commerce et ses prestations dans des bars Rennais. Mais la musique vous rattrape toujours et, afin de laisser libre cours à sa passion, Renan part finalement s'installer à Paris. Très vite, les rencontres se multiplient et celles avec Olivier Lefebvre, son éditeur, et Jeff Génie, son manager, sont déterminantes. Bientôt propulsé sur la scène d'un théâtre Parisien, son public s'agrandit, comptant aussi bien des artistes comme Bénabar et Renaud que ses futurs producteurs. Dès 2005, la machine est en marche : il signe un contrat chez Barclay et se produit bientôt en premières parties de grands noms de la scène française. Si Bénabar lui fait confiance le premier, conscient de son potentiel, Maxime Le Forestier, Clarika ou Thomas Fersen, ne tardent pas à miser sur ce nouveau-né de la chanson. "Repenti", son premier opus, sort dans la foulée et son premier extrait, "Les Voisines", ode à un voyeurisme coquin entre voisins, donne le ton de son univers. Amateur d'histoires de la vie quotidienne, sa plume cocasse et ses compositions Folk-acoustiques enchantent leur monde. Embarqué dans un tourbillon qui durera plus de deux ans, Renan se produit devant plus de 200 000 personnes : tous ses concerts Parisiens, de la plus modeste à la plus grande salle, affichent complet. Auréolé de ce succès public et du Disque de Platine qu'il reçoit en Décembre 2007, ce jeune chanteur touche bientôt la profession et repart des Victoires de la Musique avec deux trophées dans les bras l'année suivante (Révélation Scène et Album Révélation). Intégré à la troupe des Enfoirés en Janvier 2009, il s'impose tout naturellement comme la quatrième meilleure vente d'album en 2008. Devenue une valeur sûre de la chanson Française, Renan Luce continue son bonhomme de chemin grâce à l'album "Le Clan des Miros", son très attendu deuxième opus.

Avec "Le Clan des Miros", Renan Luce reprend tous les ingrédients qui ont fait son succès : jeux de mots, textes débordants d'images et mélodies accrocheuses surfent habilement entre pures titres Pop et ballades empreintes de tendresse. Dès l'ouverture de l'album, la chanson-titre nous plonge dans une ambiance western aux accents moricconiens entre guitare acoustique, envolée électrique et intrusion des cordes. Cette pseudo-autobiographie sur la non-clairvoyance et la naïveté qui poussent ces adorables miros à voir le monde dans une lunette floutée (à l'image de la pochette de "La Fille de la Bande") accumule les références littéraires (Barbe-Bleue) et cinématographiques (les indiens, les gangsters …). Conteur d'histoires, Renan ne lésine pas sur de nombreux clins d'œil au septième art : alors que le clip "Les Voisines" était un hommage évident au Fenêtre sur Cour d'Hitchcock, celui de "La Fille de la Bande" fait délicatement écho à un Reservoir Dogs ou à des Men In Black pas tout à fait patibulaires. La présence de Mélanie Bernier, jeune égérie du cinéma Français, incarnant une sorte de James Bond Girl, enfonce le clou. Ne craignant pas de dérouter, l'artiste narre, dans "Les Gens Sont Fous" grâce à la petite historiette d'un personnage aliéné, se prenant pour Napoléon, un monde partant sur de mauvaises rails, où la communication n'est plus de mise (« La tête sous l'eau, les nerfs en pelote, pas de rictus entre Picpus et Odéon »). Les arrangements, témoignant d'un réel désir de simplicité, prennent tout leur sens dès les premières notes de trompette. Dans ce registre gentiment irrévérencieux, sa "Rue De l'Oiseau Lyre" nous embarque dans une ambiance cabaret entre piano et percussions. Le narrateur, jeune garçon de douze ans, veut aller chercher l'amour et l'expérience chez les filles de joie : une chanson qui n'aurait, musicalement, pas dépareillée dans les années trente. Encore plus personnel que dans "Repenti", Renan Luce n'hésite pas à développer des aspects de sa personnalité, notamment dans "Aux Timides Anonymes", chanson-thérapie sur cette espèce hybride que sont les timides. C'est tout naturellement que les accords de guitare embaument Brassens, artiste référence du chanteur. Nombreux devraient se retrouver dans ce texte étonnant de vérité. Le petit plaisir coupable de l'album serait sans doute le diptyque "Grand-Père" : loin d'être parfaitement abouti musicalement, les deux titres s'apparentent plus à un trip acoustique dans lequel Renan, Alexis HK et Benoît Dorémus s'amusent comme des petits fous. Uniquement accompagné d'un banjo, les trois compères se sont perdus dans une complainte à un grand-père, qui, dans une deuxième partie, s'approprie la voix de Renan pour dévoiler ses souvenirs. Si l'artiste s'amuse toujours adulte, il reste nostalgique de ses bêtises d'enfants dans son deuxième single "On n'est Pas à une Bêtise Près", bande originale du film Le Petit Nicolas. Le titre résonne en écho avec "On ne Peut Rien Faire Quand on est Petit" qu'il chantait en 2008 avec son ami Aldebert sur l'album "Enfantillages". Facétieux grand enfant, Renan ne se contente pas de ce bref retour à l'âge primaire : il se montre sous un aspect adulescent dans "Ridicule", réclamant la fierté de ses géniteurs. Avouant être « de cette jeunesse qui a eu les fesses bien au chaud chez ses parents », le chanteur témoigne de son désir d'avancer sans se prendre au sérieux. Petite sœur  rythmique et mélodique de "La Lettre", "Ridicule" pourrait bien être un succès radiophonique d'ici quelques temps. Ce titre est l'enchaînement idéal à "Chez Toi", pouvant légitimement faire penser à une suite de "Les Voisines" où un homme emménage chez sa fiancée. Situation inversée mais thème identique par rapport à l'un des premiers tubes de Bénabar, "Y'a Une Fille qui Habite Chez Moi". Au rayon des quelques ballades de l'album, le tendre tableau amoureux, "Femmes à Lunettes" boucle avec amusement "Le Clan des Miros". Ce titre, entièrement interprété à la guitare sèche, n'est pourtant pas le plus convaincant de l'album, malgré une évolution vocale dans des intonations précises. C'est une autre ballade qui s'avère un véritable bijou : la ville de "Nantes" (emprunt à un titre éponyme de Barbara) doit décidément inspirer les auteurs-compositeurs. Une émotion pure nous submerge dans l'histoire de cette étudiante-braqueuse qui entraîne le narrateur, épris, dans une folle aventure, jusqu'à l'issue tragique… Racontée avec une subtilité absolue et des jeux de mots ("Qui es-tu, Diantre ?") que les plus grands n'auraient pas reniés, le titre, enveloppé par les cordes, se situe dans une complète continuité avec "L'Iris et la Rose", autre pépite de son précédent album.

A nouvel album, nouveau défi. Renan Luce l'a bien compris : le deuxième album est un passage délicat dans la vie d'un artiste, surtout lorsque le premier a connu un succès phénoménal. Grâce au "Clan des Miros", le breton prend tranquillement ses marques dans la veine des chansons Folk : aucune révolution musicale majeure n'est à signaler, malgré quelques évolutions instrumentales. En dépit d'un charme immédiat moins évident qu'à l'accoutumée, toute la première partie de l'album est excellente. Les choses se gâtent pourtant dès "Grand-Père" où le CD perd musicalement beaucoup de force, et, même si "On n'est Pas à une Bêtise Près" se veut enjouée, elle ne démontre pas à leurs justes valeurs les nombreuses qualités musicales de Renan. Même problème pour "Aux Timides Anonymes" dont les ternes et décevants arrangements empêchent au titre de réellement décoller. Hormis ces quelques erreurs de parcours, Renan compose de petites merveilles, à l'image de "Nantes", du "Clan des Miros" ou de "Ridicule", faisant ainsi de cet album une suite tout à fait honorable à "Repenti". L'artiste, prenant toute sa réelle dimension sur scène, saura, sans aucun doute, proposer des concerts punchy et des versions revisitées de ses titres. Sa tournée, ayant débutée en Octobre par des dates à La Cigale, l'emmènera dans tout l'hexagone, pour une durée d'un an. Allez applaudir ce miro qui regarde le monde avec des yeux et un cœur grands ouverts. ••

Céline Bourdin


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RENAN LUCE
"Le Clan des Miros"

Label :
Barclay/Universal

Année : 2009

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