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PRINCE, purple Rock & Roll
Jénzine Magazine N°18, Novembre-Décembre 2009



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•• Qu’est qu’on l’aime savourer cet instant lorsque Prince fait paraître un nouvel album. La France, elle, ne l’a pas oublié. C’est d’ailleurs en cette année 2009 qu’elle l’accueille les bras grands ouverts. Vous recherchiez une preuve ? A l’instant où ces lignes sont rédigées, Prince affiche déjà complet. En effet, les tickets des deux concerts planifiés au Grand Palais à Paris, se sont envolés en seulement… 77 minutes ! Un temps record. Imaginez donc : moins d’une heure et demie… Mais alors quel est cet engouement que l’on voue à la musique de celui que l'on peut aussi appeler le Purple King ? La réponse sonne, bien sûr, comme une évidence. Prince Rogers Nelson est une légende vivante, virevoltant de genres en genres, parcourant la Soul, le Gospel, la Pop, le Rock et depuis quelques années le Jazz. Un artiste caméléon qui maîtrise à la perfection, sinon à la limite de la paranoïa, son image. Tout est contrôlé, jusqu’aux vidéos de ses dernières apparitions télé. Il faut dire que sa carrière musicale n’a rien d’ordinaire. Nous préférerons dire que Prince fait plutôt dans l’extraordinaire, dans le surprenant et dans l’inimitable. Un magicien du son, des riffs et du rythme. Voilà un peu toutes les raisons, parsemées on vous l’accorde, de cet engouement que l’on peut déjà juger éternel. Rajoutez à tout cela un nouvel album, paru en cette rentrée 2009, et vous comprendrez à quel point Prince est un artiste libre. Et, par pitié, laissons les détracteurs penser ce qu’ils veulent. Contrairement à ce que vous entendrez de leur part, Prince sait encore convaincre.

Est-il nécessaire encore de vous éclairer quant à la biographie de Prince ? Qui est-il ? Quels sont ses meilleurs albums ? A cette dernière question, on vous répondra poliment qu'il ne faut pas s'attarder sur un seul et même album mais sur l'ensemble de sa carrière. Qui est-il ? Là aussi, on préférera vous dire qu’il vaut mieux l’apprécier sur scène, qu’il soit assis derrière un clavier en train de jouer "Alphabet Street" en unplugged ou debout sur les planches en train d’interpréter le plus beau solo de guitare qu’une ballade Rock puisse porter : "Purple Rain". Être invité à partager l’univers de Prince est un privilège. Suivre un de ses concerts, c’est un peu devenir, pendant un temps, un membre V.I.P. Le Kid de Minneapolis est peut-être le seul artiste moderne vivant à toujours accorder une place immense au spectacle et à la magie, tout en n’oubliant pas de faire résonner indéfiniment la musique, encore et encore (on se souvient de son aftershow à Las Vegas, le "One Nite Alone... It Ain't Over !"). Prince est un vrai musicien, un artisan du son et du flow. Non, rien à voir avec le King Of Pop. Prince est le King, tout simplement, et, ce, sur de nombreux plans. Si, au fil des années, le précieux Love Symbol a quelque peu disparu des pochettes, Prince aime toujours surprendre vos sens. Un petit retour en arrière va tout de même vous éclairer. Les plus fans sauront toujours apprécier l’hologramme de "Diamonds And Pearls", le packaging plutôt révolutionnaire pour l’époque de "Rave Un2 The Joy Fantastic" ou encore le gaufrage en or de cet album que l'on a fini par nommer "Love Symbol". Cette année, avec ce nouvel opus entre les mains, sagement baptisé "Lotusflow3r", vous constaterez bien vite que l'arrière du CD est de tout noir vêtu. Il y a toujours une surprise dans un album de Prince. On ne vous cachera pas que cette fantaisie ambiante est un pur régal. Car le Purple Man n’a pas l’habitude de s’arrêter en si bon chemin ; en excellent homme d’affaires, il n’imagine pas seulement à quoi peut ressembler la musique de demain. Il concrétise. Tout d’abord en proposant ses albums uniquement à la vente sur Internet via son propre label, NPG Records, avant de les poser physiquement dans les gondoles de vos magasins préférés, quelques mois plus tard. Prince est un artiste authentiquement indépendant. L’un des premiers à avoir compris l’intérêt de mélanger webmarketing et music-business. C’est de cette manière que vous en viendrez à importer ses disques, tant le Kid joue à cache-cache avec ses fans en faisant paraître ses albums où il le veut, lorsqu’il le souhaite. Parfois, les parutions de ses albums semblent peu espacées (ce fut le cas il y a tout juste trois ans avec "Planet Earth" qui succéda un an plus tard au séduisant "3121"). Enfin, Prince s'improvise manager et reste au service d'autres artistes. Justement, c'est l’occasion rêvée d’en parler. Car le magicien mauve a laissé échapper de son chapeau une magnifique idée ; proposer son propre album et le fusionner à celui d’un autre artiste. Le principe classique du parrainage. C’est de cette manière qu’au sein même de "Lotusflow3r", vous en viendrez vite à découvrir Bria Valente et son album "Elixir".

Passons désormais à l’exploration de cet opus tout neuf qui reprend, bien sûr, la couleur fétiche de Prince : le mauve. Double exploration devrions-nous dire, puisque l’album – dans sa version deluxe, à la pochette kitsch et expérimentale – est accompagné d’un second CD baptisé "MPL Sound". "Lotusflow3r" s’ouvre sur « From The Lotus… » où tout commence par un grondement. Un flot électronique, quelques cymbales pour les aigües, puis l'apparition d'un rythme groovy qui n’est pas sans avoir un air de ressemblance avec le flow entendu sur le morceau "Yekermo Sew" de Mulatu Astatke, en plus rapide bien entendu. Où va nous emmener le Kid ? Vers du Rock ? Vers de la Soul ? Vers du Jazz ? C’est la première question que l’on sera amené à se poser à l’écoute de ce premier titre. Car Prince sait aussi vous faire languir. Un grand séducteur en somme. Ici résonne, en maître, sa guitare. Mais avec "Boom", on le retrouve baigné dans un univers électronique, numérique, spatial. Un morceau aux allures de cosmonaute. La voix du Kid rencontre le vocodeur. Les solos qu’il émane de sa guitare sont interminables, omniprésents. Tout s’enchaîne, comme d’ailleurs dans de nombreux autres albums de la légende. Avec "Crimson And Clover", on pense au groupe Electric Light Orchestra. Non pas pour le morceau en lui-même mais pour ses accords principaux se rapprochant un tant soit peu du morceau "The Lights Go Down". Sur ce rythme plutôt cool, Prince reprend en réalité un morceau de 1968 initialement interprété par Tommy James and The Shondells. Une performance, cela va de soi, car l’artiste l’habille de sons interstellaires, le transforme et l’interprète à sa manière. "4Ever", et son introduction simpliste, va réveiller la nostalgie qui est en vous. Ce morceau, qui aurait pu être enregistré en 1994, vous réconcilie avec la musique du Kid. On y retrouve de nombreux ingrédients sonores et musicaux qui ont déjà fait leur preuve par le passé. "Colonized Mind", plutôt bien pensée, est l’exacte chanson qui devait succéder à "4Ever". Prince la pense Slow, limite Jazz, mais avant tout Pop. Il s’amuse avec les effets de voix (aurait-il enfin trouvé une réelle utilité au vocodeur ?), sa voix est presque scratchée. Amusant. Jusque là, le talentueux musicien qu’il est ne fait aucune faute de goût. Pensiez-vous vraiment un court instant que cela ne puisse pas être le cas ?  Il est temps de se réveiller. C’est justement ce qu’a du se dire Prince en plaçant "Feel Good, Feel Better, Feel Wonderful" en plein milieu de son album. Il sait pertinemment que c’est avec ce genre musical - au sein duquel James Brown et bien d'autres grands noms du Funk et de la Soul se sont tant régalés -, qu’il va titiller ses fans. Jeux de claquements de main, légendaires chœurs, basse folle, son de vinyle, cuivres,… Il ne manque rien pour faire groover la piste. « Come on let's groove 2 the purple rock 'n roll ! », s’y exclame le King. Sans perdre en route l’auditeur, l’artiste enchaine avec "Love Like Jazz". Doux et rassurant, on rapprochera ce morceau de "Money Don't Matter 2 Night" qu’il avait interprété en 1991. C’est un peu comme si ce dernier en était à sa deuxième version. N’y voyez pourtant pas un simple titre remanié. On parle toujours bien de nouvelles compositions. Sur "77 Beverly Park", le musicien se laisse quelque peu aller. Un titre très, très, très acoustique (cette répétition est nécessaire). Ici, on sent bien que sa période "Te Amo Corazón" lui a servi de leçon. Avec "Wall Of Berlin", il ose un rythme décalé. Un tempo Rock sur un lit de notes Jazz ? Il n’y a que lui pour le tenter. Et lorsque l’on croise le titre "$", on frôle un côté ludique. Prince y rapidifie sa voix sur un tempo vif et, immédiatement, on repense aux excellents titres Pop Jazz des années soixante. Dans le fond, ce morceau au titre évocateur s’en inspire fortement. Et si l’introduction de "Dreamer" est là pour vous rappeler le fantôme Jimi Hendrix et son mythique "Voodoo Child (Slight Return)", on se dit que c’est pourtant bien ce flow Pop/Fusion/Rock au sein duquel il se serait engagé de nos jours. Prince est là pour nous le remémorer. L’opus s’achève sur "...Back 2 The Lotus", le final même de "From The Lotus…", qui se meurt dans un amoncellement expérimental de sons numériques, tous aussi mystérieux les uns que les autres. Notre article risque de s’étendre un peu plus avec la pépite "MPL Sound", la seconde partie de "Lotusflow3r". Ici, le Kid explore à nouveau les sons qu’il avait laissé au début des années quatre vingt, période "Sign O’ The Times", "Alphabet Street" ou l’excellente "If I Was Your Girlfriend". Sur cette opus 2009, on retiendra "(There'll Never B) Another Like Me" mais aussi "Chocolate Box", la belle ballade "U're Gonna C Me", la très Modern-Funky "Ol' Skool Company", la Pop Rock And Roll "No More Candy 4 U" et, bien entendu, le single "Dance 4 Me".

En résumé, Prince sait toujours nous faire voyager dans ses albums studios. Le créateur du grand "Purple Rain" ou encore le réalisateur du film "Graffiti Bridge" n’a rien perdu de sa vitalité et de son inspiration. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, l’artiste a évolué avec son temps. De la Pop eighties, il est passé à la Soul puis au Rock et au Jazz. Après le réussi "Planet Earth", qui – on vous le rappelle – renfermait de très bons morceaux comme le duo "Chelsea Rodgers", la R’N’B "Mr. Goodnight" ou la mélodique "All The Midnights In The World", il était évident que Prince allait revenir à son premier amour : la Pop. La boucle pourtant bouclée, le Kid de Minneapolis sait encore vous surprendre. A 51 ans, son talent est intact. Merveilleux guitariste, génial fantaisiste, compositeur inspiré, musicien à la mode, ce "Lotusflow3r" affublé de son "MPL  Sound" est une nouvelle perle que Prince n’a pas hésité une seconde à nous proposer. Pas déçus pour un sou, c’est avec beaucoup de certitude que nous destinons cet album à devenir aussi important que son prédécesseur, "Planet Earth". Plus vous écouterez "Lotusflow3r", plus vous en serez convaincus. Et comme l’actualité de Prince est terriblement changeante et frivole, on vous aura prévenus : un nouvel album du Kid peut bien voir le jour l’année prochaine. Qui sait ? Tant qu’il y aura de la musique, il y aura Prince et, de surcroit, des concerts terribles et de qualité. "Lotusflow3r" est une pure petite merveille studio. On s’y attendait et, pourtant, nous nous sommes encore laissé surprendre. La magie du mauve, sans doute. ••

Jen Kidonÿ


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PRINCE
"Lotusflow3r
MPL Sound"

Label :
Because/NPG Records

Année : 2009

 
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