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PETER VON POEHL, courants d'air
Jénzine Magazine N°15, Mai-Juin 2009



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•• Son nom vous rappellera instantanément la Suède. Mais désormais, il faudra aussi s’en rappeler comme celui d’un ingénieux créateur dans le monde de la Pop Folk. Peter Von Poehl avait débarqué en Mai 2006 avec un album baptisé "Going Where The Tea Trees Are". Depuis, nous attendions de ses nouvelles. Nous voilà gâtés. Ce jeune chanteur à l’âme voyageuse nous offre aujourd’hui "May Day", un opus construit par treize morceaux aériens et consistants comme on les aime. Peter Von Poehl reste un artiste véritablement à part qui, tout en travaillant à son rythme, demeure toujours capable de vous amener vers une attraction musicale hors-norme. Sortez les manteaux, on s’engage vers les climats froids.

A l’époque où "Going Where The Tea Trees Are" paraissait, nous étions déjà frappés par la présence quelque peu non-ordinaire de ce jeune auteur compositeur interprète (et accessoirement réalisateur) alors âgé de trente quatre ans. Un petit quelque chose en plus subsistait. Depuis lors, nous nous étions consolés pendant trois ans avec la Pop sage et contemporaine de "A Broken Skeleton Key" ou la ballade "The Story Of The Impossible", tous issus de ce premier album aux accents de douceur et de fraîcheur. « Tout l’album était quasiment centré autour du même thème, se souvient Peter, si bien que ça avait téléguidé tous les choix : les mélodies, les arrangements, l’atmosphère générale. C’était un disque très 'privé', que j’avais réalisé à mon rythme, dans mon coin, sans tenir compte de ce qui se passait au dehors. Avec lui, j’ai pu dépasser toutes ces questions sur mon identité ».

Avec Peter Von Poehl, il n’y a pas vraiment d’alternatives possibles ; soit on aime, soit c’est le contraire. Celui que l’on peut aussi appeler Von Poehl s’est doté d’une guitare-baguette magique pour métamorphoser la bonne vieille Folk-Song en Fairytale fatal. Sa voix plutôt atypique, que l’on peut situer entre celle d’Erlend Øye ou Jay-Jay Johanson, reste aussi un de ses atouts majeurs. Bien avant de se lancer en solo, il a d’abord fréquenté le groupe de Rock Français A.S. Dragon en tant que guitariste. Puis, les collaborations commenceront par pleuvoir ; Alain Chamfort, Vincent Delerm, Marie Modiano et même Lio feront connaissance avec la patte fine de ce musicien voyageur. Voyageur car Peter a plus d’une fois été partagé entre les villes de Malmö, Berlin ou Paris. A l’écoute de sa musique, on pourrait le croire un instant casanier, en train de composer auprès d’un bon feu qui crépite. Mais les tournées à travers le globe, les nombreux festivals, les premières parties du groupe Phoenix ou des magiciens Air, prouvent une fois de plus sa grande dextérité à ne pas être immobile.

Un homme inspiré, Peter l’est. Et c’est avec ce second opus, tout simplement baptisé "May Day" (traduisez par premier Mai), qu’il compte à nouveau nous éblouir. D’entrée de jeu, c’est le single "Parliement" qui s’offre à nous. Toujours habité par cette douceur que l’on pouvait apprécier sur son premier album, on se rend vite compte que de nombreux changements opèrent. Le mixage a pris du relief, la voix de Peter se détache davantage. L’artiste prend confiance. « J’ai donné beaucoup de concerts en solo, notamment en Grande-Bretagne où il n’est pas toujours facile de se faire entendre… Du coup, j’ai sans doute mis davantage d’intensité dans mes nouvelles chansons. J’avais envie de sentir qu’il y avait quelqu’un à l’autre bout, quelqu’un qui écoutait. Ça n’était pas du tout mon souci à l’époque de mon premier disque ». Voilà déjà une des raisons qui promet à cet album un bel accueil du public. Après s’être immiscés dans l’univers étrange de "Dust Of Heaven", on atterrit sur "Forgetten Garden" qui perpétue la tradition Pop Folk, un soupçon de Simon & Garfunkel en guise d’influence. "Near The End Of The World" parcoure dans sa sonorité et sa construction les ondes Folk des seventies (on pense notamment à Steve Miller Band). Mélodique et posée par un rythme élégant, on s’y attache rapidement. Les arrangements de "May Day" regorgent de trouvailles qu’on devine spontanées. Animé d’une force nouvelle, Peter Von Poehl continue de se présenter à nous avec des morceaux riches et consistants au gré de ses inspirations. C’est le cas de l’intelligente "Carrier Pigeon", la très solennelle "Lost In Space" ou de la très Lennonienne "Moonshot Falls", cette dernière emplie de cordes subtiles et d’un refrain groovy digne des grands standards Pop Anglais. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises. On appréciera avec tout autant d’intensité la légèreté de "Wombara" ou la beauté sonore qui trouve hospitalité chez "Elisabeth".

Le surprenant "May Day" a été confectionné en plein cœur de la campagne Suédoise, dans l’atelier même de Christoffer Lundquist (ami et collaborateur depuis de nombreuses années) qui, une nouvelle fois, se verra crédité comme coréalisateur sur cet album. L’écriture de certains des textes a été confiée à la Française Marie Modiano qui apporte ici sa vision poétique et subjective des choses. « La première rencontre avec les textes de Marie s’est faite à Berlin lors de l’enregistrement de son premier album en 2005 sur lequel je jouais de la guitare, se souvient Peter. Un ami batteur américain chargé de réunir les musiciens m’avait parlé de ses textes d’une façon tellement élogieux et enthousiaste, que j’étais très curieux d’avance. Effectivement j’ai tout de suite été sensible à son univers ». Le fruit de cette union ira bien au-delà des espoirs de Von Poehl. « Je ne savais pas si ça allait fonctionner, parce que je suis un client assez pénible dès qu’on touche aux textes. Mais quand j’ai vu le résultat, tous mes doutes ont disparu ».

C’est en gardant en mémoire la simplicité et la beauté générale de "May Day" que l’on constate une évolution indéniable quant à la carrière de Peter Von Poehl. En à peine trois ans de carrière solo, notre magicien Pop Folk a mis en valeur des trésors enfouis. Tout en n’omettant pas de protéger son style très personnel, le Suédois se place définitivement comme un créateur qui creuse tout doucement son sillon sans se soucier de son positionnement dans le temps. Singulier, doux, intense, subtil, consistant, tout autant de termes pour définir ce que "May Day" apporte à son auditoire. En somme, cet album est l’occasion idéale pour découvrir un artiste quelque peu en retrait et qui possède décidemment ce petit quelque chose en plus. Peut-être tout simplement une sorte d’humilité qui vit dans ses airs et dans les mots. ••

Jen Kidonÿ


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PETER VON POEHL
"May Day"

Label :
Tôt ou Tard

Année : 2009

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