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MUSE, the resistance
Jénzine Magazine N°18, Novembre-Décembre 2009



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•• Je dois avoir un don caché ou divinatoire. Je ne sais pas ce qu'il m'a pris, mais voilà : par un après-midi assez pluvieux, je me suis décidé à réécouter, pendant un surf sur le net, un album de Muse et... bingo ! Mon Rédacteur en Chef de votre magazine préféré m'a envoyé mon ordre de mission. Muse a sorti un nouvel album. Simple coïncidence, ou véritable don ? Toujours est-il qu'à l'écoute de leur musique, je fixais ma collection de vieux vinyles et je me suis mis à leur parler. Non, je ne suis pas tombé sur la tête et je n'ai ni avalé, absorbé ou fumé aucune substance illicite. Je m'exprimais ainsi face à mes chères rondelles noires « Combien de temps ? Combien de temps vais-je vous garder ? Combien de temps vais-je vous garder, Pink Floyd, Genesis (avec Peter Gabriel au chant), Styx, Jethro Tull ? » Oui, je parlais à mon stock de vinyles de Rock Progressif. Cette question m'est venue à l'écoute de cet album de Muse. La créativité, la musicalité, la haute-technicité du groupe, me faisait dire qu'ils avaient finalement englobé tout ce qui avait été dit avec le Rock Progressif et l'avaient réinjecté dans leur magnifique musique. Muse est-il un grand groupe ? La réponse est affirmative. Muse est-il la suite logique de ces grandes pointures des musiques progressives ? La réponse est encore affirmative. Jeter ces vinyles des grands groupes comme ceux précités plus haut ? Oui, je pourrais le faire. Car, finalement, le groupe Anglais a véritablement dévoré ce style pour en faire sien. Mais je ne jetterais rien. Tout au contraire, je me suis penché sur le cas Muse, et notamment sur leur dernier opus "The Resistance". Nous faire le coup une fois, puis deux fois, puis trois fois, ça passe… Mais là ? Est-ce qu'un groupe de cette teneur ne pourrait pas être tenté par la facilité d'un copier-coller musical ? Et si Muse nous avait fait du Muse après tout ?

Je ne ferais pas ici, à nouveau, la longue histoire de ce grand groupe (je n'ai pas assez de place, de feuilles, de livres…). Muse en quelques mots ? C'est parti. Le nom Muse a plusieurs significations. Le trio s'est d'ailleurs assez amusé à donner des définitions multiples. Il se pourrait que ce nom soit une dédicace à trois amies du groupe qui les accompagnaient à leur début. Muse c'est, avant tout, une histoire humaine entre trois protagonistes : Matthew James Bellamy (chant, guitare, piano, synthé, sons), Dominic James Howard (batterie, percussions), Christopher Tony Wolstenholme (basse, harmonica, synthé, maracas). Le groupe s'est formé dans les années 1990 au au Community College de Teignmouth, dans le Devon au Royaume-Uni. Les huit premières années, Muse passe le plus clair de son temps à interpréter, répéter, jouer dans les bars, participer à des tremplins. En 1997, le groupe enregistre sa première démo de onze titres ("Newton Abbot Demo"). Le groupe se dirige alors vers Londres et commencent à donner des concerts dans la ville et ses alentours. En 1999, paraît leur premier album ("Showbiz") produit par John Leckie (Radiohead). Muse offre un mélange situé entre la Brit Pop (le groupe souhaite, tout comme Radiohead, s’en détacher) et un Rock technique et lyrique. Leur deuxième album, "Origin of Simmetry", paru en 2001, rajoutera une palette Electro à ce groupe hors du commun. 2002 : les Anglais continuent leur marche irréversible vers leur firmament en proposant un DVD, malgré une renommée mondiale pas totalement atteinte. C'est en 2003 que tout bascule avec l'album "Absolution" où le groupe trouve le succès planétaire. Et comme le géant Led Zeppelin, Muse achèvera sa gigantesque tournée à Earl's Court. Un signe ? Pour la quatrième fois, les géants Britanniques souhaite enfoncer le clou de manière irréversible. "Black Holes And Revelations" paraîtra en 2006. Le groupe s'essaie à  l'écriture sur le territoire hexagonal, dans les mêmes studios où les Pink Floyd ont travaillés pour le légendaire "The Wall". Mais Bellamy préfèrera la jungle urbaine des studios Electric Ladyland de New York. Le succès est phénoménal. Le groupe ajoute à son style de nouvelles sonorités, plus Funky, sans doute inspirées par Prince. 200 concerts sont donnés à travers le monde. La boucle est-elle bouclée ? Non. Après quelques années de pause bien méritées, le géant Britannique nous ressert, une fois n’est pas coutume, un met de choix. En cette fin d’année 2009, "The Resistance", le nouvel opus de Muse, est dans les bacs. De plus, le trio interstellaire se prépare à entamer une nouvelle tournée.

C'est en Novembre 2008, sur les bords du lac de Côme en Italie, et plus précisément dans la maison de Matthew Bellamy, qu'a débuté l'enregistrement de "The Resistance". 14 septembre 2009 reste une date à retenir dans l'agenda « musien » puisqu'elle coïncide avec la sortie dans les bacs de ce nouvel album par Warner Music UK. Le résultat est-il à la hauteur de la demande ? De l'envie ? Le leader du groupe, passionné de musique Classique, s'est - semble-t-il -, laissé aller dans cet univers avec son groupe. L'enregistrement laisse apparaître de véritables orchestrations Classiques et, une fois de plus, Muse maîtrise ce sujet sur le bout des doigts. "The Resistance" est donc un nouveau chapitre dans la discographie de ce mastodonte des années 2000. Les musiciens, les ingénieurs du son, la production, ont travaillé avec précision, comme ils l'ont déclaré sur la musique diffusée par l'orchestre. Tout cela pour laisser du champ, de l'espace à Muse et à sa créativité. "The Resistance" est, à la première écoute, la résultante de ce savant dosage sonore et musical. Muse pourrait mille fois se parodier, Muse pourrait refaire cents fois du Muse. Mais ce n'est pas la manière de faire du groupe. Sur cet album, le groupe nous démontre encore une fois sa volonté implacable à porter sa musique et son style au-delà des limites.

La pochette du CD est là pour nous dire que quelque chose de différent est en train d'arriver dans l'univers du groupe, que nous sommes témoins d'un passage musical qu'emprunte le trio pour diffuser sa créativité et son art. Le groupe propose une sphère kaléidoscopique, construite de multiples couleurs, de multiples formes s'imbriquant les unes dans les autres, et un triangle échographique où marche un homme. Un auditeur ? Peut-être même Muse eux-mêmes ? Tout est là. La musique de Muse, identique à cette pochette, est fabriquée de briques indissociables, de sons, d'effets, de mélodies, de tourments, d'accalmies, de sursauts... L'album est donc placé sous le signe de la symphonie. "Uprising" sert donc d'ouverture à ce vertigo sonore. Une composition qui nous plonge de suite dans le côté Progressif, musclée de sa musique, pour ne pas dire tout simplement Rock avec un grand R, qui n'est pas sans rappeler un certain Floyd ; grosses basses, grosses caisses en avant, martelées par des riffs incisifs et accompagnées par le lyrisme de Bellamy. Le morceau "Resistance" est un véritable diamant, une fine dentelle ciselée par son intro piano et un refrain dans la grande tradition « musienne ». La force de Muse repose, une fois de plus, sur le son hyper travaillé. Les chansons s'enchaînent, surprenant l'auditeur à chaque plage par leurs styles, leurs influences, la très R’N’B "Undisclosed Desires", la « Queenienne » "United States Of Eurasia" exécutée comme une marche martiale se mélangeant à une cascade de mélodies. "Unnatural Selection" enfonce définitivement le clou pour nous plonger totalement dans l'univers du groupe, avec ses guitares « Glimouriennes » et des solis placés sur des vagues de claviers, véritables tsunamis symphoniques. Nous savions le groupe grand maître du son. Il démontre sur "The Resistance" qu'il peut aller encore plus loin, et ce notamment sur les introductions des onze chansons de l’opus. Il semblerait que chaque introduction a été pensée dans les moindres détails afin que l'auditeur ne puisse emprunter qu'un seul chemin : l'écoute. Dépouillant sa musique et l'épurant, Muse laisse apparaître, à la huitième plage de l’album, une facette plutôt inconnue de leur travail avec la très Jazzy "I Belong To You", une ballade magnifique qui sort des chemins battus. La surprise de taille restera "Exogenesis", distribuée en trois volets à la fois  symphoniques, classiques et maîtrisés de bout en bout par un groupe au dessus de tout, passé maître dans l'art musical. Le dernier volet ("Redemption") pourrait servir de bande originale de film, tant la qualité, la composition, l'acheminement progressif de la musique est au stade de la perfection. Une véritable invitation au voyage d'où peu en reviennent, située entre mélancolie, tristesse poétique, chant de sirènes et explosion musicale.

Matthew Bellamy et ses compères nous ont servi un vrai album, un vrai disque de Muse. Le groupe, en ajoutant encore plus de symphonie, de sons et d'effets, fait office de guide dans ce labyrinthe musical. On pensait le trio arrivé au terme de son inspiration et devoir tourner en boucle. Il n'en est rien. Il utilise à nouveau son style, sa griffe en y rajoutant de nouvelles ambiances parfaitement maîtrisées, dans des styles peu enclins au Rock Symphonique (rythmes R’N’B, Jazzy, progressifs, voire parfois métallique). L'auditeur, à l'écoute de "The Resistance", est rapidement happé par un effet d'aspiration, et se voit très vite empli de toute la puissance de composition et de musicalité du trio. Onze plages, onze morceaux, onze joyaux, tous différents qui nous portent dans un univers totalement inconnu, un territoire totalement vierge que Muse est allé découvrir et peupler de ses mélodies. Le point fort revient bien-sûr à ce dosage savamment orchestré par l'équipe du son qui fait que ce tout n'est, en rien, ennuyeux ou pompeux. Muse joue à nouveau sur la crête, dessert son Rock puissant quand l'immersion dans sa mélancolie musicale est totale. Muse produit de longues vagues lentes et rassurantes quand la colère gronde. Le duo batterie/riffs guitares est un véritable diamant qui n'est pas sans rappeler les duels instrumentaux auxquels se livraient les grandes formations qui ont marqué les musiques progressives et symphoniques. L'auditeur pensera à un certain Freddy Mercury qui aurait sûrement aimé poser sa voix à côté de celle de Bellamy sur "Exogenesis". Œuvre. ••

Philippe Sarg


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MUSE
"The Resistance"

Label :
Warner

Année : 2009

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