•• Mintzkov, dites-vous ? Ne cherchez pas. Ce nom ne veut strictement rien dire. Mais la musique qui se cache derrière ce nom bien étrange, elle, au contraire, est précise, réussie et comme on l’aime. Bon nombre de Français ne connaissent pas encore ce quintet épatant qui s’autorise à penser le genre Pop Rock d’une toute autre manière. Ou plutôt, devrions-nous dire, avec davantage de recul et de légèreté. Quoi qu’il en soit, avec "360°", le voyage risque d’être très surprenant pour ceux qui ne s’y sont pas encore piqués. Puisque ce nouvel album vient tout fraîchement de débarquer dans l’hexagone, nous avons voulu mettre l’accent sur ce groupe qui aime quelque peu bousculer les habitudes. Une magnifique rencontre sonore mais aussi humaine qui nous a emmenés loin… Très loin.
A l’instar de la France, on vous confirme que Mintzkov signifie bien quelque chose en Belgique. Le public du plat pays (qui est le leur) vous parlera d’un combo Pop Rock qui possède déjà à son arc un premier album reconnu et acclamé : "M For Means And L For Love". A l’époque, on les appelait les Mintzkov Luna. Nous sommes en 2003. Avec cet album en poche, le groupe connaîtra déjà les premiers balbutiements d’un succès amplement mérité. Rapidement, ils accèderont aux plus grandes salles de concert et participeront aux plus prestigieuses manifestations musicales de la Belgique et des Pays-Bas. Mintzkov installe le son qui les caractérise déjà si bien. Ce succès soudain n’arrive pas par le plus grand des hasards. Avec habilité, le groupe sait musicalement happer son auditoire (en Angleterre, un disque qui vous happe de la sorte et qui ne vous sort plus de la tête est baptisé un ‘grower’). Quant aux excellentes inspirations musicales du groupe (les Pixies, pour ne citer qu’eux – à ce stade on parle de ‘fans’), elles s’apparentent à un bagage de bon aloi. Oui, les Mintzkov ont du potentiel. Imaginez une seconde ce qu’a pu représenter l’attente d’un second opus pour ceux qui ont pu savourer il y a six ans les premiers morceaux studio du combo. Ce même second album qui, selon les coutumes, révèle un groupe. En 2008, il débarque enfin. Il paraîtra d’abord en Belgique. Sur la pochette de ce dernier trône un Phénix rose avec, en arrière-fond, un paysage montagneux aux sapins dominants. "360°", c’est le nom rondouillard que l’album portera. On ne peut plus court mais cela a l’avantage d’être facilement retenu. D’ailleurs, on peut dire de même pour son contenu. Onze morceaux seulement mais tous dotés d’une qualité sonore et d’un sens de la précision époustouflant. Produit par Mark Freegard (déjà présent pour The Breeders ou encore Manic Street Preachers), ce disque va non seulement être encensé à sa juste valeur par la presse Belge qui l’élit Meilleur Album de l’Année, mais va aussi connaître le même engouement un peu partout en Europe. A commencer par l’Allemagne puis les Pays-Bas. La France, elle, n’y échappera pas en cette fin d’année 2009. Prêts ?
Une fois l’album entamé sur votre platine préférée, vous n’aurez plus envie de l’arrêter. Voire même de l’écouter en boucle. Voilà l’effet que vous procure Mintzkov. On le nommera ‘l’effet 360°’, si vous nous le permettez. Bien sûr, nous avions déjà craqué auparavant pour le premier single – et tube - "Ruby Red" et son clip plutôt original, à la fois comique et dramatique. Au sein de ce titre élégamment amené, Mintzkov y utilise la bonne vieille recette du vocodeur. Et ça marche ! "Ruby Red" est un morceau Pop et Rock, sans artifices ni complications sonores. Pop Rock, tout simplement. C’est cette même simplicité que l’on retrouve tout au long des onze voyages proposés par le quintet Anversois. "360°" s’ouvre sur "Life After Fire" et déjà vos oreilles frétillent. Oui, Black Francis et Kim Deal ne sont pas loin… mais oublions une seconde les influences. Vous entrez de plein pied dans un vrai album, authentique, rempli de créativité et totalement surprenant. Si cette première confrontation avec Mintzkov vous paraît sombre et étrange, passez sans plus attendre au morceau "One Equals A Lot" et son rythme cabot. Lorsque la voix de la belle Lies se pose (oui, Mintzkov c’est aussi une fille parmi quatre hommes), les choses prennent une autre tournure. Le son est direct, brut, concis et terriblement propre. Mais Mintzkov est un groupe poli qui sait prendre le temps de se présenter. Pendant que vos oreilles se laissent happées par le son quasi hypnotique des guitares, le quintet installe son univers, ses ambiances. Avec "Return & Smile", on savourera, en guise d’introduction, la tessiture vocale de Philip Bosschaerts (oui, vous ne vous trompez pas : il y a un peu de Tom Barman dans sa voix) avant de plonger tête la première - la deuxième minute sonnante - dans une énergie Pop Rock incontrôlable. Le tout est admirablement interprété. Le temps d’un instant, l’échange vocal réalisé par Bosschaerts/Lies Lorquet occupe l’espace avant de s’évanouir un court moment… pour mieux revenir. Mintzkov fait respirer sa musique. Lorsque le souffle s’accélère, cela donne le titre "360°". Gardant à la surface un certain calme (olympien), le groupe n’est pas du genre à rentrer dans une interprétation vocale fougueuse que tenterait bien volontiers un certain Michael Stipes de R.E.M. En revanche, l’interprétation musicale se présente sous ses plus beaux jours ; basse rapide, rythme nerveux et accords piquants y font bon ménage. Voilà, ça y est. Vous être comme Mintkovisés ! Avec "Miles Ahead", vous allez pourtant prendre une petite pause. Plus légère, le rythme adouci, le vocodeur du refrain vous rappellera sans nul doute les Frenchies de Air (dont le groupe est également assez friand, il faut le dire). On reconnaîtra aussi le son utilisé par U2 dans "Kite" Mais, après tout, ceci n’est qu’un détail. Quant à "Let’s Talk Things Over", elle s’apparente à la petite sœur de "Ruby Red". La parfaite B-Side. Pourtant, rien d’extraordinaire en ce qui la concerne. Pas de grands effets, ni de grandes envolées électriques,… Juste une combinaison basse/guitare/batterie qui fonctionne intelligemment tout au long des trois minutes de ce morceau. "The State We’re In", plutôt séduisante au premier abord avec sa ligne de basse et son tempo fascinant, se transforme progressivement en un parfait titre Pop Rock. Comme à leur habitude, les Mintzkov prennent un malin plaisir à rendre les choses efficaces à la deuxième minute de leurs morceaux. Cela sera également le cas ici puisque le quintet ne se gênera pas pour installer, durant les minutes vingt restantes, une série de notes successives, quelque peu distorsionnées, dynamisant le tout pour encore mieux vous rendre… électrisé ! L’album "360°" s’achève avec trois titres qui respectent au plus près le leimotiv fixé par le groupe. D’abord "Title You" avec ses accords descendants et ses montées Rock puissantes où Mintzkov prouve, une fois de plus, tout leur potentiel à faire de l’excellente musique. Pendant que "Sugar Rush" nous séduit avec ses sons vintages (quelque peu psychés), on appréciera la terrible précision de "Hitman" et cette basse toujours vrombissante qui caractérise tant le son des Mintzkov. On vous conseille d’ailleurs d’écouter la chanson cachée bonus qui s’étend sur les quatre dernières minutes du CD. L’électronique n’est jamais loin avec nos cinq Anversois. En résumé, avec "360°", vous assisterez à une Power Pop à la fois classieuse, entêtante, tendue et profondément addictive.
Avec cet opus réussi, Mintzkov n’aura aucun mal à séduire l’hexagone. Le groupe, qui a déjà tourné aux côtés de Rhésus en 2008 et qui est monté sur la prestigieuse scène du Printemps de Bourges en Avril dernier, se fera sans mal une place dans les bacs Pop Rock Français. Après avoir joué en Suisse, en Allemagne et en Autriche, c’est en Octobre que vous pourrez venir les applaudir à Paris, plus précisément le 20 octobre au Nouveau Casino. Quant à leur tournée Française, elle passera par les villes de Rouen (le 25 Novembre au Exo7), de Nantes (le 26 Novembre au Ferrailleur), de Auch (le 27 Novembre au Cri’Art) ou encore d’Albi (le 28 Novembre au Winter Festival). Vous voilà donc au courant. Au moment où nous écrivons ces quelques lignes, Philip, Lies, Min Chul, Daan et Pascal se sont déjà lancés dans l’aventure d’un troisième album. De toute manière, vous pourrez difficilement échapper au son émanant des guitares de nos Pop Rockeurs Belges. Une fois l’album entendu, vous ne décrocherez plus. C’est comme ça. Et puis, désormais, vous avez une petite idée de ce que peut signifier ce nom toujours aussi étrange : Mintzkov. En ce qui nous concerne, nous avons fini par lui donner une signification : précision Pop Rock. Un quintet plein de ressources et à la musique jouissive. ••
Jen Kidonÿ
Interview inédit Philip Bosschaerts de Mintzko répond aux questions de Jénzine Magazine
Jénzine Magazine : Bonjour Philip !
Philip Bosschaerts : Bonjour Jénzine !
Jénzine Magazine : Pourquoi avoir mis l’image d’une vieille voiture rouge sur le MySpace du groupe ?
Philip Bosschaerts : C’est une photo que j’ai prise l’année dernière. Prendre des photos pendant les tournées, c’est quelque chose que j’ai commencé à faire pour m’occuper. Je gère un petit journal photo sur notre
MySpace. C’est amusant à faire.
Jénzine Magazine : Pourquoi avoir baptisé votre album "360°" ?
Philip Bosschaerts : Réaliser un nouveau disque, c’est à chaque fois un peu se réinventer. Pour cela, vous devez dénicher quelque chose de nouveau, tout en gardant en tête de ne pas perdre votre propre personnalité. C’est comme dessiner un cercle. Vous essayez différentes choses avant de vous trouver. Le titre "360°" semblait le plus approprié à cette façon de voir les choses. C’est un titre entraînant, court et que vous pouvez facilement vous rappeler.
Jénzine Magazine : Quel thème avez-vous voulu mettre en avant dans "360°" ?
Philip Bosschaerts : "360°" est notre second album. Nous avons essayé de faire un album plus vivant que le précédent. Il y avait beaucoup d’idées dans le premier album. Cette fois, nous avons essayé de redéfinir nos principes fondamentaux. Au lieu de superposer les chansons les unes aux autres, nous avons gardé les idées initiales et nous avons fait du mieux que nous pouvions pour garder l’ensemble cohérent. Nous avons voulu également faire quelque chose de plus direct. Quelque fois, entre nous, nous appelons cela de la 'musique de route nationale' ! Quant au troisième et futur album, je pense qu’il sera davantage novateur dans son approche. En tous cas, c’est amusant d’essayer de nouvelles choses et de voir ce qu’on peut trouver.
Jénzine Magazine : D’où provient le nom de Mintzkov ?
Philip Bosschaerts : C’est moi qui l’ai trouvé. Il ne signifie pas grand chose. C’est juste un nom, comme Sarkozy, Mitterand ou François. Et puis, cela faisait longtemps que nous avions pris l’habitude d’être appelés Mintzkov Luna. Les gens, eux, ont continué à nous demander de garder ce nom mystérieux. Donc, on a opté pour le raccourcir. De Mintzkov Luna, c’est passé à Mintzkov. Les gens se demandent toujours ce que ce nom signifie. Quelque part, ce n’est pas si important. En règle générale, vous devez vous faire un nom. Le nom de Smashing Pumpkins ou celui de Pink Floyd ne veulent rien dire non plus. Mais si je prononce ces noms, immédiatement vous penserez à 'musique'. Dans l’avenir, nous espérons que le nom de Mintzkov fera aussi son petit effet.
Jénzine Magazine : Qui a conçu les pochettes de vos albums ?
Philip Bosschaerts : Un de nos amis a réalisé la pochette de "360°". Il a déniché cette image du Phénix. Nous l’avons choisi cette figure parce qu’un nouvel album, c’est toujours un peu une renaissance. Min Chul, notre batteur – et accessoirement illustrateur – s’est fait très insistant pour que le Phénix soit de couleur rose sur la pochette.
Jénzine Magazine : Mintzkov est, quelque fois, comparé aux Pixies. Est-ce que ce groupe fait partie, entre autres, de vos influences musicales ?
Philip Bosschaerts : Bien sûr ! Nous avons grandi dans les années quatre-vingt-dix. Notre principal ADN musical s’est bâti autour de nombreux groupes Rock comme les Pixies, Sonic Youth ou encore Pavement. Nous sommes aussi un groupe de Rock, seulement nos influences vont bien au-delà. Nous écoutons beaucoup de Pop Music, mais aussi beaucoup de musique alternative. Si il y a un bon rythme, une bonne mélodie ou de l’idée dans un morceau, ça nous va !
Jénzine Magazine : Quelles sont les autres influences musicales du groupe ? Rock, Punk, Pop,… ?
Philip Bosschaerts : Vraiment de tout ! Nous aimons ce qui est mélodieux. Nous essayons de faire la musique que nous voudrions nous-mêmes entendre. Fondamentalement, nous faisons des chansons Pop. Il doit y avoir une bonne mélodie. Par moments, cela peut paraître alternatif mais nous essayons d’y répondre avec des mélodies et des constructions Pop. On peut appeler ça aussi un effet ‘ying yang’. Nous voulons que chaque chanson, la plus banale qui soit, ait le potentiel de devenir un futur single.
Jénzine Magazine : Quels sont vos parcours professionnels respectifs ?
Philip Bosschaerts : Jusqu’à l’année dernière nous avions respectivement tous un emploi. Mais nous n’étions pas capables de combiner ces derniers avec des dates de tournée. Si aujourd’hui nous sommes tous des chômeurs (à part notre batteur qui a un petit job), nous essayons de vivre de la musique.
Jénzine Magazine : Votre disque a été élu 'Meilleur Album de l’Année' en Belgique. Comment le groupe a-t-il réagi la première fois qu’il l’a appris ?
Philip Bosschaerts : Cela a été une agréable surprise. Avant cette élection, nous faisions tout simplement la musique que nous aimions. C’est très gratifiant d’être remarqué par des gens ou des journalistes de cette manière. Nous aimons savoir ce que les gens pensent. Mais nous sommes nos propres critiques. Il y a tant de bons albums qui paraissent chaque année. Tout ça pourrait être très relatif. Pourtant, c’est toujours cool.
Jénzine Magazine : Comment nait une chanson comme “Ruby Red” ? Spontanément ? Recherchez-vous toujours une certaine harmonie vocale et instrumentale dans vos chansons ? On pense notamment aussi aux vocodeurs rencontrés dans "The State We’re In" ou "Miles Ahead".
Philip Bosschaerts : Si ça marche, on le fait ! Les chants principaux (les miens et ceux de Lies) semblent se compléter à merveille. Ce serait honteux de ne pas en profiter. Et puis nous aimons chanter ensemble. Cela peut apporter un plus non négligeable à une chanson. Le vocodeur sur “Miles Ahead” est assez inattendu pour une chanson de ce type. Mais ça fonctionne. J’aime beaucoup le petit côté années soixante dix qui s’en dégage. On retrouve un peu ça chez Air aussi, et j’aime beaucoup ce que font ces types de groupes.
Jénzine Magazine : Quels groupes et quels disques écoutez-vous en ce moment ?
Philip Bosschaerts : Pour ma part, j’ai écouté pas mal de choses. L’année dernière, j’ai beaucoup écouté The Whitest Boy Alive, Fleet Foxes ou encore Led Zeppelin. Sunn O))), TV On The Radio, J.J. Cale et encore d’autres... Toute cette musique est bien différente de la nôtre.
Jénzine Magazine : Vous produire en Angleterre, cela vous tente ?
Philip Bosschaerts : Bien sûr. Nous n’avons pas encore joué là-haut. Mais je suis sûr que cela arrivera un de ces jours. Jusqu’à maintenant, en dehors de la Belgique, nous avons joué aux Pays-Bas, en Allemagne, en Autriche, en Suisse, au Danemark et en Suède. C’est assez drôle de constater que chaque pays a ses vibes et un public différent. Je suis vraiment très impatient de voir comment cela va se passer en France. Nous avons joué seulement deux fois à Paris, c’était en 2008. Avec le nouvel album sous le bras, j’attends impatiemment notre spectacle du 20 octobre au Nouveau Casino de Paris.
Jénzine Magazine : Qu’attendez-vous de l’accueil Français au sujet de votre album "360°" ?
Philip Bosschaerts : J’espère que la France aime Mintzkov parce que, nous, nous aimons la France. La France, c’est les vacances pour moi. Depuis que je suis tout petit, je viens ici pour les vacances. Pendant notre tournée Française, j’espère que je ressentirais la même chose.
Jénzine Magazine : Comment trouvez-vous la scène Pop Rock en France ?
Philip Bosschaerts : J’aime évidemment beaucoup Serge Gainsbourg ou Air mais j’avoue ne pas connaître les artistes Francophones actuels. L’année dernière, nous avons fait une tournée en Allemagne aux côtés d’un groupe Français, Rhésus. Pendant la tournée, ils ont été vraiment cools et sympathiques. J’espère que nous allons pouvoir rencontrer d’autres groupes comme celui-là dans l’avenir.
Jénzine Magazine : Bientôt Paris. Est-ce que cette ville vous inspire ?
Philip Bosschaerts : Plus que jamais ! C’est la seule vraie ville que nous avons en Europe. J’aime toujours visiter Paris. J’aime sa vibe. Mais je ne suis pas sûr que je pourrais vivre dans une ville comme ça... En Belgique, tout est beaucoup plus petit, donc je pense que je devrais m’y adapter si c’était le cas. En attendant, je continue à visiter Paris autant que je le peux.
Jénzine Magazine : Et qu’en est-il d’un troisième album ? Quel sera le futur de Mintzkov ?
Philip Bosschaerts : Actuellement, on écrit et on planche sur notre troisième album. On espère l’enregistrer en cette fin d’année et le faire paraître début d’année prochaine. Parallèlement, nous sommes en tournée en France. Dans les prochains mois, on a donc un programme bien chargé ! Mais c’est ça qu’on aime !