•• Lorsque l’on se doit de citer des albums qui ont marqué l’histoire du disque, certains titres ne peuvent que revenir spontanément : "The Dark Side Of The Moon", "London Calling" ou encore "Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band" par les Beatles. Et on en passe encore, car nombreux sont encore les albums de légende qui n’ont pas pris une ride et qui ont influencé une ribambelle de musiciens autour de la planète. En somme, des disques intemporels. Intemporel, c’est aussi le cas de "Tubular Bells", album digne de nom, dont la consécration d’un article en ce mois de Septembre nous est apparue rapidement comme une évidence. La cause : la sublime réédition de l’album, trente six ans après, qui pour l’occasion se couvre d’une remasterisation luxueuse et étincelante réalisée par Mike Oldfield lui-même. Nous avons redécouvert le son de cet opus unique et magique, à mi-chemin entre musique classique contemporaine, New Age et premiers balbutiements Rock.
Mike Oldfield a toujours été poursuivi par "Tubular Bells". Cet œuvre magistrale proposée en deux parties de vingt cinq minutes chacune, est une véritable initiation en ce qui concerne l’harmonique, la construction des mélodies et une incroyable exploration acoustique et analogique. Pas étonnant que cet Anglais, né de parents d’origines Irlandaises, récolte le fruit de son talent qui, de surcroît, s’est déclaré très tôt. Il ne faut omettre que "Tubular Bells" a été créé par un jeune homme alors seulement âgé de dix-sept ans. Très autonome, c’est avec un simple magnétophone que Mike réalisera ses propres overdubs. En bricolant ainsi, et en enregistrant de manière artisanale, il obtient un vingt quatre pistes avec lesquelles il va faire des merveilles. En 1971, sa maquette sous le bras, il fera le tour des maisons de disques. Mais une rencontre va s’avérer déterminante. Celle avec Richard Branson, alors jeune entrepreneur qui se destine à créer Virgin Records quelques années plus tard. En 1973, le label de Branson finit par naître et Mike Oldfield y signe un important contrat tout en s’engageant à fournir dix albums. Il devient, par la même occasion, l’un des premiers artistes signé chez Virgin Records. Le devenir de "Tubular Bells", premier album de la firme Virgin, est, bien entendu, voué à connaître un énorme succès. Les prouesses techniques et les parfaits enchaînement instrumentaux qu’on y entend restent, encore aujourd’hui, inscrits dans la légende. Près de trente millions de copies de ce disque aux couleurs symphoniques et Rock s’envoleront et fera de lui, à l’époque, l’un des plus grosses ventes de l’histoire de la musique. Mike Oldfield, quant à lui, vient de rencontrer la célébrité et la fortune. Le début d’une carrière tout en nuances où "Tubular Bells" est destiné à régner en maître et suivre l’artiste comme son ombre. Les fans en redemandent. En 1992, Mike vient tout juste d’achever son contrat avec Virgin et passe chez Warner. Cette arrivée coïncide avec la parution de "Tubular Bells II", ce dernier qui recevra un succès beaucoup plus mitigé. Puis, on assistera à la parution de "Tubular Bells III", beaucoup plus électronique, accompagné par une série de concerts plus réussis les uns que les autres (notamment celui donné à Berlin en 2001) avant que Mike ne déclare qu’il ne donnera plus jamais suite à la trilogie des "Tubular Bells". Parole tenue. Ce troisième volet s’avérera bel et bien le dernier. En 2003, nous assisterons au retour de la première version de "Tubular Bells" ; technologie du vingt-et-unième siècle oblige, Oldfield décide de totalement réenregistrer l’album, notes par notes. Un son moderne, jeune, dynamique, et un mixage dans l’air du temps redore le tout. L’édition de 2003 se pare également d’un son cinéma en 5.1 et le travail constaté ne peut que s’applaudir. Même si la totalité de la partition est respecté au plus haut point, cela ne vaudra pourtant pas l’authenticité de l’enregistrement original. Les plus fans acquiesceront sûrement.
"Tubular Bells Ultimate", paru il y a tout juste quelques mois, va à nouveau mettre tout le monde d’accord. Le monde de la remasterisation a eu le temps de faire des progrès et un album enregistré en 1973 peut dorénavant revivre pleinement. La plus belle preuve de cette évolution et avancée technologique se constate à l’intérieur de ce sublime coffret blanc (baptisé édition définitive) marqué par le célèbre logo - lui aussi redessiné pour l’occasion. A l’intérieur, les fans se régaleront. Edition vinyle, poster géant, DVD audio, démo de 1971, livre de 60 pages, enregistrement original et, bien entendu, le précieux nouveau mixage de 2009 y reposent bien sagement. Le travail entendu sur ce dernier est d’autant plus surprenant qu’époustouflant. Mike lui même avouera avoir redécouvert son propre travail. « Quelle grande surprise ce fût pour moi lorsque je me suis attelé à mixer l’album. J’ai trouvé tant de trésors encore non découverts. C’était comme pousser de vieux meubles, écarter toutes les toiles d’araignée et constater que de merveilleuses choses se dissimulaient juste là, en dessous », explique-t-il en guise d’introduction dans le livret. Pour les plus fidèles à ce légendaire album, leurs oreilles vont, à leur tour, être surprises. D’emblée, le son est clair, aigüe et propre, les instruments enfin ‘visibles’, à portée d’oreille. Moins étouffés qu’en 1973, les deux instrumentales revivent, reprennent forme et c’est avec un plaisir non dissimulé que l’on redécouvre intégralement cet enregistrement magique. 2009 sonnera donc comme l’année où il fait bon de replonger dans l’univers de "Tubular Bells", qu’importe votre âge ou vos préférences en musique. Nous ne le répéterons jamais assez : "Tubular Bells" est intemporel et couvre absolument tous les genres musicaux en seulement deux pistes. Pour les plus mélomanes, la démo de 1971 reste un témoignage historique. On en viendra même à se demander comment une démo aussi longue et en si mal état sonore a pu convaincre Richard Branson… L’époque sûrement. On appréciera tout autant la présence du morceau "Sailor’s Hornpipe" en version longue (et son irrésistible accent ‘So British’ accolé) ou encore le morceau "Mike Oldfield’s Single", reprenant la sublime mélodie de "Bagpipe Guitars". Au sujet de ce dernier, Mike se rappelle trente six ans après : « Je ne me souviens plus où je me trouvais à l’époque mais Richard Branson m’a téléphoné et m'a dit qu’il avait parlé à George Martin et que George avait une idée pour un single que je pourrais enregistrer pour promouvoir "Tubular Bells". Aussi loin que je me souvienne, George m’a conseillé de créer un nouveau morceau en utilisant une rythmique Celtique, des guitares acoustiques et éventuellement un hautbois. J’ai été très impressionné d’avoir parlé au grand George Martin. Et, au final, j’ai fait ce qu’il m’avait conseillé de faire. J’ai rajeuni ce titre en 2009 et j’avoue qu’aujourd’hui je l’aime vraiment beaucoup ». N’oublions pas également la version 5.1. A l’intérieur de cette édition Ultimate, vous y dénicherez aussi un livre où sont regroupées de nombreuses anecdotes entourant la création, l’enregistrement, la parution et le succès rencontré par ce disque hors-norme, le tout amené par les protagonistes mêmes qui ont fait vivre le disque (Simon Heyworth, Richard Branson,…). On y apprend notamment que l’opus aurait pu s’appeler "Breakfast In Bed". « Tout le monde était un peu furieux contre moi car j’étais incapable de trouver un titre pour ce disque », se rappelle Mike. C’est grâce aux talents du photographe Trevor Key que Oldfield trouvera le nom de "Tubular Bells", juste après qu’il ait découvert la maquette de la future pochette. Au sein de ce livre aux innombrables photos, Mike y dévoile aussi ses peurs les plus anciennes : « Lorsque Richard m’a dit qu’il fallait absolument que je fasse une version concert de "Tubular Bells", j’ai eu ‘le mal de mer’, se souvient le musicien multi-instrumentiste au sujet du show au Queen Elisabeth Hall à Londres. Je ne voyais vraiment pas comment interpréter l’album sur scène. Au départ, j’ai refusé de le faire. » A ce propos, Richard Branson lui-même se souvient : « Nous avons rencontré une foule de musiciens célèbres, leur avons fait jouer "Tubular Bells" à chacun d’entre eux et nous les avons enfin persuadés de jouer cet opus exceptionnel sur scène. Mais Mike m’a dit qu’il ne pouvait vraiment pas le faire. Par un coup de génie, je me suis souvenu que Mike avait flashé sur ma vieille Bentley que j’avais achetée à l’époque à George Harrison. J’ai dit à Mike : 'regardes Mike, si tu fais ce spectacle, tu pourras avoir ma voiture'. Son blocage s’est, d’une manière ou d’une autre, subitement envolé parce qu’il a levé les yeux au ciel et m'a dit 'OK, je vais le faire !' ». Et Mike de rajouter : « une fois le concert terminé, je me suis enfoui dans la Bentley
de Richard ! ».
Si "Tubular Bells" a marqué de nombreuses générations et si son succès fut soudain, son compositeur reste, de nos jours, bien inscrit dans l’air du temps et, accessoirement, très modeste sur son parcours. Il vous suffira d’explorer le paysage sonore de son dernier album en date, "Music For The Spheres", et ses incommensurables morceaux comme "Musica Universalis" ou "Animus", pour vous en rendre compte : le numérique fait désormais parti intégrante de la carrière du maître de la New Age Britannique. Nous cinterons encore "Guitars", paru quelques années plutôt, et l’incroyable souplesse et agilité acoustique qui y est proposée. Il y a aussi le plus sage "Light + Shade" paru en 2005. Quant à "The Millenium Bell" de 1999, il rendra hommage à l’arrivée du vingt-et-unième siècle avec force, grandes envolées, chorales - directement inspirées des rythmes Africains ("Amber Light") -, et un morceau classique contemporain à l’appui ("The Doge’s Palace") quelque peu inspiré du son de Rondo’ Veneziano. Preuve toutefois que Mike a encore la fibre créatrice. Cette édition Ultimate du sensationnel "Tubular Bells" est une aubaine pour les plus fans mais aussi pour tous ceux qui, à tort, n’ont pas encore inclus cet album dans leur discothèque. Et si le coffret vous semble quelque peu envahissant, vous pouvez toujours projeter votre achat sur la version simple 2 CD éditée en parallèle. Toujours aussi légendaire, "Tubular Bells" a pris, cette année, sa cure de jeunesse. Et avec toute franchise, on vous dira que jamais cet opus n’a sonné avec autant de brillance et d’éclat. Un sublime travail et un appréciable cadeau que seul Michael Gordon Oldfield (de son vrai nom) pouvait nous offrir, à ses cinquante six ans, et trente six ans après. ••