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MIKA, jeunesse dorée
Jénzine Magazine N°18, Novembre-Décembre 2009



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•• Le 25 Juin 2009, la Pop Music est orpheline de son Roi déclaré. Même s'il n'y a qu'un seul King Of Pop, il n'en reste pas moins une place pour un valet de la Pop. Le 18 septembre 2009 sort le nouvel album de Mika, "The Boy Who Knew Too Much". Le premier album de Mika ("Life In Cartoon Motion"), paru en 2007, avait déjà secoué le monde de la Pop, convalescente comme un certain Michael Jackson... On peut donc facilement imaginer la pression ressentie par Mika au moment d'enregistrer ce second album, entre Londres et Los Angeles, lui qui a constamment voyagé entre le Liban, La France, Les Etats-Unis et Londres.

"The Boy Who Knew Too Much" doit donc confirmer que l'on peut faire confiance à Mika pour une nouvelle ère de la Pop post-Jackson. Mika, né Michael Holbrock Penniman, d'une mère Libanaise et d'un père Américain, va vivre une partie de son enfance jusqu'à ses neuf ans à Paris et part ensuite à Londres. C'est à l'âge de huit ans que Mika va vivre son premier choc lorsque son père est retenu à l'ambassade des États-Unis au Koweit, au début de la guerre du Golfe. Le deuxième choc arrive de suite lorsqu'il déménage de Paris pour Londres où il passe d'un petit établissement scolaire à une énorme institution, ce qui lui vaudra de tomber dans un mutisme total pendant de longs mois. Involontairement, Mika semble d'ailleurs avoir construit son univers musical sur les souvenirs non-effacés de ses mémoires d'enfance. Mika veut rattraper cette enfance perdue, se créant un terrain de jeu où il s'amuse avec sa voix et les instruments. Mika découvre la musique avec le titre "Heat-Shaped Box" de Nirvana.Il composera d'ailleurs son premier titre après avoir été inspiré par Kurt Cobain et sa bande. La suite de l'histoire est beaucoup plus Pop que le Grunge de Nirvana. Rapidement, il envoie des démos aux maisons de disques qui lui trouvent du talent mais disent de lui qu'il est trop excentrique. On lui demande alors de chanter à la manière de Robbie Williams ou Craig David. Mika refuse et déclare dans sa chanson "Grace Kelly": « vous voulez que je sois Craig David, je vais être Grace Kelly à la place. On verra toujours si vous voulez me faire un contrat ». "Grace Kelly" est le premier tube de la carrière de Mika mais le premier album "Life In Cartoon Motion" contient d'autres pépites comme "Relax (Take It Easy)", "Love Today" ou encore "Big Girl (You Are Beautiful)". Le succès planétaire de "Life In Cartoon Motion" se chiffre en France à hauteur de 700 000 albums écoulés. Rien que ça… Un carton commercial qui ne relève en fait d'aucune stratégie marketing mais plutôt d'une bien belle audace artistique. Alors que le monde est sous le charme du chanteur Libano-Anglais, de sa musique pop légère, de son look fashion et de son univers de cartoons, lui découvre le succès et l'exposition médiatique. Il était donc légitime que le grand enfant qu'est Mika se pose des questions au moment d'enregistrer son deuxième disque : « quand j'ai commencé à travailler sur ce deuxième album, j'ai eu peur de ne pas faire aussi bien, explique t-il. Mika, angoissé ? On pensait l'artiste incapable de ressentir telle émotion mais le grand enfant est confronté de fait à des questions d'adultes. Il aura donc fallu une discussion avec Pete Townhsend, guitariste des Who, pour débloquer Mika et le mettre en piste pour l'enregistrement de ce nouvel opus. C'est aussi lui qui va lui livrer de nouvelles méthodes de travail, à savoir, instaurer une routine se manifestant par la même heure quotidienne de déjeuner ou encore le même restaurant.

N'importe quel artiste vous dira que le deuxième album est toujours le plus délicat. Pour Mika, la tâche est rendue encore plus difficile, de par la singularité du personnage et de son univers musical. Ainsi, il dégage de cet état d'esprit, une musique refouloir, exempt de toute lourdeur musicale ou textuelle, ce qui donne l'impression à l'écoute de l'album, de pénétrer dans une place de velours. Encore une fois "The Boy Who Knew Too Much" ne déroge pas à la règle : un nouvel album de Pop Music clinquant et grandiloquent, un Mika toujours plus expansif et extraverti. Certes, Mika nous ressert les mêmes ingrédients que sur "Life In Cartoon Motion" avec ses arrangements, ses exubérances, sa Pop Bubble Gum et son monde de Peter Pan. Mais "The Boy Who Knew Too Much" se démarque de son prédécesseur par sa cohérence tout au long de l'album. Ce nouvel opus démarre en fanfare avec le single "We Are Golden". Tout y est ! La chorale d'enfants, les cascades de pianos et les montées vocales vertigineuses du chanteur. Ce ne sont pas trois ou même quatre titres qui sortent du lot... Ici, l'album s'écoute du début à la fin avec la même intensité. Mika a imaginé cet album à la manière d'une comédie musicale qui aurait pour sujet principal sa propre adolescence, d'où ce titre d'album que l'on peut traduire par 'un garçon qui en savait un peu trop'. « Lorsqu’on écoute le disque, c’est vraiment ça, explique Mika. Tous les personnages chantent leur histoire et j’incarne leurs différentes voix. Je suis cette jeune fille de vingt quatre ans au cœur brisé, assise sur un trottoir, qui vient de vomir et qui tente de rattraper son maquillage. Sur une autre, je suis ce gamin sorti de West Side Story, qui vient d’avoir sa première expérience sexuelle et qui veut fêter ça… » Comme la majeure partie des morceaux de l'album, "Rain" possède un feeling tout droit sorti des années quatre vingt. Le son électro de ce titre ne trompe pas et les tonalités vocales aigues rappellent Jimmy Sommerville, un des spécialistes de l'époque. "I See You" est une ballade de toute beauté. Le piano y est omniprésent et accompagne les envolées lyriques de Mika. Car l'artiste est aussi expansif dans la joie que dans le chagrin : « J’aime la démocratie de la joie, sentir ce pouvoir unificateur lorsque tout le monde ressent la même chose au même moment, et certaines chansons permettent cette émotion. C’est pareil dans les moments de grande tristesse collective, ça me plaît depuis que je suis gamin, l’hystérie des masses ». "By The Time" est également dans ce registre d'émotion où un parfum de chagrin d'enfance flotte dans l'air. "Dr. John" ou encore "Good Gone Girl" sont, quant à eux, les titres qui représentent le mieux cette ambiance de comédie musicale qui règne sur "The Boy Who Knew Too Much". On flirte même avec la musique de cabaret et son lot de cuivres et pianos.

L'enfant Mika est devenu adolescent pour ce nouvel album. L'artiste en devenir de "Life In Cartoon Motion" est aujourd'hui un artiste complet, au service de la Pop. "The Boy Who Knew Too Much" demeure dans la continuité de ce que nous avait déjà proposé Mika sur le premier album. Sans parler forcément de maturité, on y trouve une évolution notable du style musical, renforcé par le choix d'un concept-album à la façon d'une comédie musicale moderne. La force de ce nouvel album réside dans sa capacité à nous tenir en haleine du premier au dernier titre, alors qu'il était plus intéressant, sur "Life In Cartoon Motion", de s'arrêter en longueur sur un des nombreux singles. ••

Sébastien Gheeraert


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MIKA
"The Boy Who Knew
Too Much"

Label :
Barclay/Universal

Année : 2009

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