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MARK KNOPFLER, voyage en terre du milieu
Jénzine Magazine N°18, Novembre-Décembre 2009



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•• Comme le chantait Dalida « des mots, toujours des mots ». Non, je n'ai pas viré ma cuti et vous êtes bien sur une page de votre magazine préféré. Mais force est de constater que le Rock, dans toute sa globalité, a toujours aimé jouer avec les mots. Car, au final, si l'on se pose la question fatidique de savoir ce qu'est le Rock, on arrive très vite à quelque chose qui ressemble plutôt à une colle... Sueur, fureur, énergie,… L'homme, dont nous allons parler dans ces pages, ne tient pas par ces mots, mais d'autres qui le qualifie et qui, peut-être, n'ont rien à voir avec le Rock. Homme ? Non ! Guitar-Hero ? Oui ! Fureur ? Non ! Mais certainement Swing. Guitar-Hero et Swing. Dire Straits, Mark Knopfler, bingo ! Vous avez gagné ! On le croyait repu, fatigué, en semi-retraite. Mais Knopfler n'est pas de cette trempe. Il est de la race des seigneurs. Cette caste qui a remis le Blues au goût du jour, alors que plus personne n'y croyait vraiment. Il aurait ainsi pu faire parti de la glorieuse équipe du British-Boom Blues dans le Londres des années soixante dix, qui réunissait Clapton et son Cream, Page et son Led Zeppelin ou Beck et son groupe éponyme. Il est juste arrivé un peu plus tard, quand tout était fini et, au final, ça a été mieux pour nous. Notre quatrième mousquetaire, infatigable voyageur, Guitar-Hero, sultan du Swing, revient périodiquement, comme ses compères, nous proposer ses side-projects, ses guitares bluesy, Country, et ses compostions qui suintent le Blues et le feeling. Le revoici avec un nouvel opus. Jénzine s'est penché sur le maestro et sa nouvelle production.

Qui est Mark Knopfler ? A vrai dire, il n'est pas de ceux qui défrayent la chronique et encore moins les pages people des grands magazines. Knopfler, c'est celui que l’on n’attend pas et qui dégaine une balle qui va faire son chemin. Une petite bombe à retardement. Un peu d’ailleurs comme son groupe, Dire Straits, qu'il forme en pleine explosion Punk (il fallait le faire !), et qu'il baptise ainsi à cause d’une expression signifiant 'mauvaise passe'. Faire danser une Stratocaster, avec des notes aussi Bluesy que les siennes, Knopfler l'a fait et l'affaire a marché comme sur des roulettes. "Dire Straits", "Communiqué", "Making Movies", "Lover Over Gold", "Live", le sensationnel "Brother In Arms", "On Every Streets", voilà pour les albums. Des tournées à guichets fermés, épuisantes comme la dernière où il tourne définitivement la page. Mais voilà, Knopfler est un insatiable six cordistes, un stratocastophile inépuisable. Même si, en 1991, il clôt l'aventure, il sait qu'on le reverra sur des side-projects et notamment avec The Nothing Hillibillies qu'il forme dès 1990 pour faire une pause avec Dire Straits et que l'on peut considérer comme une sorte de suite. Les Nothing ne sont pas une réelle carrière solo. Et c'est en fait ce qui manque à notre cowboy Anglais. En 1996, il sort son premier vrai album solo, "Golden Heart" enregistré avec des musiciens de session de Nashville. En 2000, après son mariage, c'est "Sailing To Philadelphia" qui remporte un grand succès, notamment avec le single "What It Is". En 2002, on le retrouve toujours courant avec sa guitare dans divers réunions musicales avec ses anciens amis des Nothing. Il sort un album très intimiste, "The Ragpicker's Dream". En 2004, Knopfler ne s'arrête pas et c'est "Shangri-Las" qui sort dans les bacs avec, juste derrière, une tournée mondiale. En 2006, il enregistre un album duo avec Emmylou Harris, "All The Roadrunning", puis en 2007 il sort à nouveau un album "Kill Get Crimson". On le croit fatigué, exténué. Il n'en est rien. En 2009, "Get Lucky" est dans les bacs avec une pléiade de participations à des shows, live, TV (notamment l'émission Taratata en France) et bien sûr concerts d'une longue et grande tournée. Il prépare même pour 2010 une nouvelle musique de film, celle de "Homage to Catalonia".

"Get Lucky" est donc le nom de ce nouvel album de Knopfler que l'on trouve dans les bacs depuis ce mois de Septembre 2009, et paru sous trois éditions luxueuses… ou pas. C'est le sixième album solo enregistré par le guitariste. Cet opus est produit par Mark lui-même pour une partie, Chuck Ainlay et Guy Fletcher (tiens ? Il n’était pas dans Dire Straits, lui ?). On retrouve d'ailleurs ce dernier aux claviers, et bien-sûr Knopfler est à ses guitares. Mais c'est aussi un album qui, une fois de plus, réunit une pléiade de musiciens et d'instruments, hormis les classiques du Rock : violons, flûtes, percussions, accordéon. Sur le papier, nous avons franchement déjà l'eau à la bouche. Rien à redire sur la pochette, ni trop kitch, ni trop sobre. Un tantinet futuriste, mais bien réelle ; une image bien travaillée d'une enseigne publicitaire reprenant les noms du guitariste et de son album. Jusque là, tout va bien. On se demande si  franchement Monsieur Mark Knopfler (parce que nous avons affaire avec un très grand Monsieur) peut nous refaire le coup de "Shangri-Las" ou est-ce juste un album tout simple de Knopfler ? Nous sommes devant un Guitar-Hero, un monsieur à l'énorme musicalité et qui n'a pas lésiné sur les moyens instrumentaux de chacun des membres du groupe. En témoigne les compositions à la fois intimistes, profondes, mélancoliques qu'il plaque ici sur ce nouvel opus. L'album débute par une ballade entraînante Celtique, Folklorique où Knopfler devient véritable chef d'orchestre de tout ce petit monde. L'auditeur assiste alors progressivement à tout ce qu'il y a de plus caché dans la personnalité du guitariste. Une mise à nue totale, qui le fait pénétrer dans le plus beau de Knopfler (on citera "Hard Shoulder", où le mixage des cordes est remarquable). Mais Knopfler, c'est du Folk, et, avant tout, du Blues. Et du Blues il y en a. Du Blues acoustique, chaud, au bord d'une cheminée, du Blues qui rythme, qui claque ou qui entraîne. "You Can Beat The House", avec sa voix qui n'est pas sans rappeler celle d'un certain Eric 'slowhand' Clapton, sans l'imiter, sans la plagier, avec l'étoffe des grands. Le tout file comme une lettre à la poste. Knopfler est vraiment un touche à tout. Ce sont aussi ses talents de song-writer qu'il met en avant et ses qualités de compositeur de musiques de films (ce monsieur en a plus de six ou sept à son actif). Du Blues, nous avions dit. "Cleaning My Gun" revient dans un mid-tempo à la Dire Straits, là où le Guitar-Hero excelle. Bottle-neck en avant et soli digne du sultan of swing, Knopfler est un musicien hors-pair et chaque album est toujours une preuve de sa bonne forme. Folk, Blues, Rock ou acoustique ; dans ce dernier domaine Knopfler est comme un poisson dans l'eau, comme s'il était né avec une acoustique en mains. Ce sont alors les "The Car Was The One", "Remembrance Day", et le merveilleux Dylanien "Get Lucky" qui nous berce et nous envoie dans les étoiles, dans les rues d'une ville à l'abandon sur la Route 66, ou à Greenwich Village. La flûte, déjà bien avant sur plusieurs morceaux de cet album, fait merveille sur ce titre. Mark Knopfler est-il entrain de nous dire qu'il a fondé Dire Straits, qu'il est maître dans les notes qui tuent ? Ce qui est sûr c'est que "So Far From The Clyde" n'est pas sans rappeler la grande époque de "Brother In Arms", et que c'est dans une dentelle mélangeant Stratocaster, flûte, guitare acoustique et textes graves qu'il nous emporte une nouvelle fois. C'est comme si nous partions pour un voyage au long cours sur une Thunderbolt Streamer du début du vingtième siècle, crachant sa fumée et toutes voiles ouvertes. La précision de la Stratocaster est un véritable exercice de style que le maestro maîtrise de bout en bout. Une heure trente deux de temps que le voyage a commencé, et le disque s'éteint sur ce "Piper To The End" (pour nous signifier que c'est la fin) doté d'un arrangement digne des plus grands musiciens Celtiques, le tout embelli par la voix du Knopfler-Blues-crooner. Nous retrouvons la flûte, les instruments à vent superbement mixés et mis en valeur dans ce morceau. Des instruments qui s'intègrent très bien dans le tout-musique qu'a créé le Guitar-Hero. Cette dernière composition est un véritable épilogue, une arrivée au port comme il sait si bien les faire.

Voici donc ce que recèle ce sixième volet de la saga de Mark 'sultan of swing' Knopfler. Pure merveille ? Joyau ? Peut-être tout cela à la fois. L'album est à lui-seul un véritable voyage dans lequel le maestro nous invite, tout doucement, progressivement. Car Knopfler est ainsi. S'il n'est pas homme à défrayer la chronique, il fait son job. Et le job est très bien fait. Le guitariste nous a, par delà la musique, amené loin avec ce "Get Lucky",  tantôt dans ses comptines, berceuses, ballades romantiques et Celtiques, tantôt dans ses longues mélodies mélancoliques et ses Blues efficaces. Merveilleuses compositions qui montrent combien il a encore de talent a déverser et, de surcroît, démontrer qu'il n'est pas seulement l'ex-guitariste de Dire Straits. Tout en étant intimiste et travaillé en grande simplicité, cet album se révèle totalement redoutable dans la distribution des titres. Une véritable symphonie progressive Bluesy Folk à souhait. Et puis, il y a cette voix. Sa voix tantôt Dylanienne dans l'esprit, tantôt inspirée de 'slowhand' Clapton, tantôt expressivement humoristique et mélancolique sur quelques Blues. Si Knopfler s'est entouré d'une pléiade d'instruments, nous comprenons pourquoi aujourd'hui. La flûte, les divers instruments à vent sont totalement intégrés à son style et viennent le renforcer en amenant toujours plus de spleen à ses solis grandioses. Cet album est donc, dans toute sa simplicité, totalement merveilleux et Knopfler fait mouche à nouveau. Une heure trente deux pendant lesquelles votre âme d'enfant ressurgira à l'écoute de tous ces titres. Cet enfant qui demande toujours qu'on lui raconte à nouveau l'histoire. Car cet album nous renvoie à tout cela, à tout ce qu'il a de plus doux et de meilleur dans le monde, en vous et autour de vous. Existe-t-il un plus beau voyage ? Chapeau bas. Et merci, Monsieur. ••

Philippe Sarg


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MARK KNOPFLER
"Get Lucky"

Label :
Mercury/Universal

Année : 2009

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