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Article : LADYHAWKE, fille Technicolor,
Parution : Jénzine Magazine N°
12, Novembre-Décembre 2008

•• Nous allons vous conter l’histoire de Ladyhawke. A la ville, préférez l’appeler Philippa Brown. Âgée aujourd’hui de vingt-huit ans, l’univers qu’elle propose dans son premier album éponyme est déjà exaltant. Cette jeune musicienne, à l’univers coloré, a su fusionner habilement la Pop des années quatre-vingt à un Rock majeur et décapant. Vous allez certainement nous répondre que cela a déjà était fait et vous citerez, bien volontiers, le groupe Danois Superheroes à guise d’exemple. Oui mais voilà. Ladyhawke fait aussi preuve d’une présence nonchalante sur ses morceaux ce qui a le don de parfumer admirablement bien cette fougue à la fois rétro et moderne. Avec ce personnage qu’est Pip Brown – son pseudo - à la tête de ce projet loin d’être farfelu, nous pouvons nous attendre à beaucoup, et plus encore. Pas étonnant que le premier morceau qui ouvre le bal se nomme "Magic". Cette fille est magique. Et si le cœur vous en dit, plongez dans son univers !

Pip Brown pourrait être cette Trash-Girl, mâchant inlassablement son chewing-gum, le regard fixe, coiffée d’une crinière de lionne. Par mégarde, on pourrait alors presque la confondre avec une chanteuse Punk des années quatre-vingt. Il est vrai qu’elle paraît sortie d’un autre monde, d’une autre planète, semblant peut-être un peu en retard sur la mode. Mais rien de tout cela ne s’avère juste. A ceci près que l’on pourra habilement vous répondre que Pat Benatar, Joan Jett ou encore Cyndi Lauper ont enfin trouvé une petite sœur. Pip Brown, elle, a justement été inspirée par ses aînées et c’est dans cette logique qu’elle s’impose aujourd’hui comme la descendante ultime.
Et puis, après tout, ne perdons pas de temps ! Faisons amplement connaissance avec cette artiste. Pip Brown vit aujourd’hui en Angleterre mais c’est en Nouvelle-Zélande qu’elle grandira. Durant son adolescence, à l’image de la pochette de son album, elle trouve un vif intérêt aux jeux vidéo. La guitare deviendra, quant à elle, une passion avant qu’elle ne décide d’ajouter plusieurs instruments à son arc, en apprenant notamment à jouer tour à tour de la basse, du synthétiseur et de la batterie. A elle seule, elle devient alors capable de monter un groupe. Ce qu’elle fera à l’âge de ses seize ans. Fraîchement installée à Wellington, elle crée alors Two Lane Blacktop aux côtés de trois autres musiciens. Un simple croisement entre Iggy & The Stooges et The Clash. « J’étais à la guitare et la seule fille du groupe, se souvient-elle. On a pas mal tourné. Suffisamment en tous cas pour se constituer un petit réseau de fans en Nouvelle-Zélande ». Mais l’histoire va s’avérer de courte durée pour ce jeune quatuor. Après avoir tout de même réussi à se produire aux Etats-Unis, notamment sur la légendaire scène du CBGB (où se sont notamment produits The Ramones ou encore Debbie Harry), le groupe est alors appelé pour assurer une première partie en Australie. « Deux jours avant notre vol vers l’Australie, explique Philippa, notre chanteur a plaqué le groupe et notre batteur lui a emboîté le pas ! ». L’histoire se termine ici ? C’est mal connaître Pip qui va faire preuve d’un extraordinaire courage. « J’étais abandonnée, dévastée, et très en colère, confie l’artiste. Sur un coup de tête, je suis tout de même montée dans cet avion, toute seule, sans le groupe, sans argent, avec uniquement une valise, une guitare, et trois sièges vides à côté de moi ! Je suis ainsi arrivée à Melbourne. J’y ai vécu sans-abri, sans argent et sans groupe pendant quelques jours. » Ce coup de tête aura du bon. A Sydney, elle va y rencontrer Nick Littlemore, alors jeune créateur du groupe Teenager. « Il m’a proposé de rejoindre le groupe en tant que guitariste. J’ai bien aimé sa musique alors j’ai commencé à jouer avec lui, raconte t’elle. Nous avons tourné ensemble pendant quelques années. » C’est à cette même époque que la guitariste commence à rêver à son projet. Dans cette émancipation et cette réflexion quant à une éventuelle carrière en solo, Ladyhawke venait de naître. Passion et obstination restent les maîtres-mots.

Concrètement, les choses se feront en temps et en heure. Et avec Ladyhawke, vous risquez bien de ne pas voir le temps passer tant l’album vous immerge dans un univers Pop coloré, fait de sons électroniques, de passages terriblement authentiques et proches du véritable son des Eighties. Ecoutez les premières notes de "Magic" et vous serez à coups sûrs portés à dire que le tout fusionne Jan Hammer ("Miami Vice"), Patti La Belle ("New Attitude") ou encore The Alan Parsons Project ("Mammagamma"). « Je ne suis pas seulement influencée par la musique d’une époque révolue, précise Pip Brown. Je m’inspire également énormément de la culture Pop, pas uniquement musicale mais au sens le plus large, comme avec le mouvement Pop Art, les médias, la télévision, les films… Tout ce qui a bombardé mes sens en grandissant et jusqu’à ce jour ». Ladyhawke fait preuve d’une grande créativité. Et si on vous aviez dit que cet album avait été enregistré dans les années quatre-vingt, l’auriez vous cru ? Lorsque l’on se penche sur la dansante "Manipulating Woman", on retrouve une réponse déguisée à "Material Girl" de Madonna. Plus Pop que jamais, "My Delirium" est d’une incroyable richesse, écrasant à son passage tous les pseudos-essais 'Eighties' pour remettre au goût du jour la magie de ces ‘années technicolor’. Les breaks, les ponts, les refrains sont de vraies réussites. Pendant que "Better Than Sunday" s’étire et joue avec des vocodeurs, eux-mêmes baignés dans un flot de clochettes numériques, notre premier coup de cœur interviendra avec "Another Runaway", un morceau qui se présente ici tel un patchwork éclatant, lumineux, rétro et pourtant terriblement moderne. « J’essaie de marier toutes les influences à une production moderne, car je suis bien sûr aussi très imprégnée par mon époque », explique l’intéressée. Avec "Back to The Van", déjà devenu un classique, elle nous installe sur un tapis mélodique pour aller à la découverte d’un titre parfaitement programmé à la boîte à rythme et détenant un refrain redondant et efficace. Quant à "Paris is Burning", elle a déjà convaincue bon nombre d’internautes et d’auditeurs trois mois avant la lancée de l’album. Un énorme succès. Avec tous ces morceaux sous le bras, truffés d’une bonne dose de sons vraiment recherchés, Ladyhawke finit par se placer comme l’artiste féminine la plus ‘branchée’ du moment. « J’ai essayé de recréer la même ambiance que de nombreux disques qui m’ont marqué dans les années soixante-dix et quatre-vingt, explique t’elle, avec des synthés vintages, des riffs de guitares simples, avec tout de même un p’tit solo de temps en temps ». Le morceau "Professionnal Suicide", quant à lui, est une habile alchimie, comme si Garbage avait rencontré The Cardigans ou Shivaree. Et puis ‘Bang Bang Bang !’ avec "Dusk Till Dawn", titre amusant et admirablement mixé. Il y a enfin la très Pop/Rock et ravageuse "Crazy World" sans oublier, bien entendu, la ballade Pop qui manquait à tout ce joli monde : baptisée "Morning Dreams", elle s’avère à la fois sensuelle, magnifique et terriblement irrésistible.

Ladyhawke est une formidable découverte. La jeune Néo-Zélandaise présente déjà un album d’une maturité indéniable, acquise grâce à un parcours atypique et à une forte obstination. Faire revivre ces sonorités ‘Eighties’ était un beau pari. Le réussir était un challenge. Oui, Pip Brown l’a fait et mérite amplement qu’on y tend l’oreille très attentivement. Bon nombre de petits détails, allant de la simple ligne de basse au solo de guitare, en passant par l’accord de synthé et la boîte à rythme, forment un univers vraiment surprenant autour de l’auteur-compositeur-interprète. « Je cherche à composer des mélodies qui fassent sourire les gens, confirme l’artiste, mais tout en leur donnant aussi un petit sentiment de nostalgie, même lorsqu’ils découvrent les chansons la première fois. » Ladyhawke a véritablement saisi comment capter son auditoire. Libérateurs, stimulants, magiques, tant de mots pour décrire ces douze morceaux pleins de nostalgie paradoxalement tournés vers l’avenir. Avec cet opus éponyme, Philippa Brown rentre dans le cercle plutôt restreint des ‘Pop Lovers’, ceux-là mêmes qui écoutent encore en boucle ces titres qui ont, ô combien de fois, tournés un jour sur nos mange-disques (souvenez-vous d’"Atomic" par Blondie, "Hot Night" de Laura Branigan ou encore "Deeper Than The Night" d’Olivia-Newton John). Voilà un opus qui aurait fait un malheur en 1984 ! Et, après tout, pourquoi ne ferait-il pas un malheur en 2008 ? A vous d’en juger. Cet envol réussi promet de beaux atterrissages sur les ondes. ••

Jen Kidonÿ

LADYHAWKE
"Ladyhawke"
(2008)

Disponible à la vente chez
Modular/Universal

www.ladyhawkemusic.com
www.myspace.com/
ladyhawkerock

 

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