LACUNA COIL, les seigneurs de Milano Jénzine Magazine N°15, Mai-Juin 2009
•• Le Heavy-Metal est à l’honneur en ce moment. Ce genre aux multiples 'chapelles' (peut-être plus que le Rock) est joué maintenant aux quatre coins de la planète... du fait de la mondialisation ? La patrie de Vivaldi, Michel-Ange, Zucherro, Ferrari ou Toti n’en est pas à son coup d’essai. La péninsule a été une bonne terre d’accueil pour le Rock dur (concerts mémorables de Led Zeppelin, Deep Purple,...). Depuis une bonne décennie, l’Italie vit aux rythmes des grands du Métal, qu’ils soient speed, trash, ou lyriques avec des groupes comme Eldrich ou encore Rhapsody. Le Heavy-Metal a mué il y a quelques années et les dites 'chapelles' ont croisé leurs influences avec des musiques tantôt plus progressives (Métal Progressif), mais aussi parfois la New-Wave, la Batcave, les sons Electros et les influences gothiques du Rock Américain ou Anglais (Métal Gothique). Ce mélange a permis d’enrichir le Métal et lui faire prendre une nouvelle jeunesse. Lacuna Coil fait donc parti de cette dernière 'chapelle'. Direction donc la belle ville de Milan (bien éloignée de la région d’Aquila et sa population durement touchée par les catastrophes naturelles que nous connaissons) son dôme, ses musées, ses clubs de foot, et... Lacuna Coil et son Métal gothique et atmosphérique.
Ne cherchez pas ici d’influences remontant aux années soixante dix et leurs dinosaures ou autres machines à riffs telles Black Sabbath, Led Zeppelin, Deep Purple. La machine à remonter le temps du Rock s’est arrêtée il y a peu. Les années quatre vingt dix et leur fin sont le théâtre de notre arrêt avec un mélange qui s’opéra entre Pop, Métal, et le mouvement gothique. Mais reprenons le fil de notre histoire. Lacuna Coil c’est qui ? C’est quoi ? La définition du nom est celle-ci, aussi simple qu’efficace : spirale mortelle. C’est en 1996 que tout commence et que la première mouture de Lacuna Coil sort de sa coquille sous le nom de Sleep Of Right. Non-satisfaits du nom du groupe, ils le changèrent en Ethereal, avant de signer chez Century Media en 1997. Cependant les membres du groupe s’aperçoivent qu’un autre groupe porte ce patronyme et décident alors de muer en Lacuna Coil. Le nom est adopté dès cette année-là. La musique du groupe est un doux mélange, aux accents gothiques, mais aussi atmosphériques, s’imprégnant aussi de la Pop et ayant un ancrage dans le mouvement Métal initié par des groupes tels que Paradise Lost, Tiamat, Spetic flesh, ou le très sombre Type O Negative. Nous sommes là devant une nouvelle génération de Heavy-Metal. Si l’Europe avait été habituée aux riffs rentre-dedans, elle va se plier petit à petit à ce mouvement qui orchestre sa musique de manière symphonique. La caricature du groupe de Heavy-Metal et son cortège machiste est cassé. Ce sont deux voix qui se partagent le micro ; l’une lourde (Andre Ferro) et l'autre plus limpide, plus 'heavenly'
(Cristina Scabbia). La musique est portée magistralement par une très bonne équipe de musiciens très techniques. On retrouve à la basse Marco Coti Zelati, à la guitare, Cristiano Migliore (seul à ce poste depuis le départ de son alter-ego Raffaele Zegaria) et Cristiano Mozzati à la batterie qui remplacera Leonardo Forti. C’est cette même formation qui, en 1998, ira enregistrer leur premier album éponyme et partira en tournée, après laquelle il intégrera dans son line-up un deuxième guitariste : Marco Biazzi. Lacuna Coil commence à se faire un nom dans le milieu Métal atmosphérique et enregistre, après cette tournée, l’album "In A Reverie" qu’il promotionnera dans une nouvelle tournée en première partie du groupe Skyclad (Folk Métal). L’histoire, la grande, commence peut-être ici. Le groupe frappera très fort en cette année 2002 avec un album puissant et majestueux : "Comalies". Ce dernier reçoit les acclamations des critiques du Métal. Un an après, le groupe va s’enticher d’un single ("Heaven’s A Lie") qui va intéresser dans un premier temps les médias, les radios et va porter le groupe sur la plus haute marche du podium. La brèche est faîte. 2004 Lacuna Coil n’a qu’une seule idée en tête : conquérir le monde. Il faudra passer par la case Etats-Unis. C’est un ancien du Métal qui leur ouvrira ce nouveau domaine. En 2004, la Ozz Fest, organisée par Ozzy Osbourne, bat son plein. Lacuna Coil y jouera en compagnie de légendes telles Black Sabbath, et de groupes Métal en vogue et à succès comme Slipknot. L’album "Comalies" effectue alors une deuxième carrière. En 2006, les Lacuna Coil travaillent d’arrache-pied et nous apporte leur opus "Karmacode" dans lequel figure une reprise réinterprétée du groupe Depeche Mode ("Enjoy The Silence"). L’année 2009, et notamment le mois d’Avril, est une nouvelle échéance importante pour le groupe. Après tournées incessantes, scènes dans les plus grands festivals mondiaux du genre, Lacuna Coil sort son nouvel album "Shallow Life" . Un des titres de cet album figure sur le DVD "Visual Karma". Les fans attendent beaucoup de cet album. Lacuna Coil reste-t’il dans la lignée des puissants opus qu’il a produit, ou s’est-il aventuré en chevalier curieux dans des sentiers non-battus. Et si on écoutait ?
Autant le dire de suite, et d’emblée on retrouve ici du très grand Lacuna Coil. Est-ce la fantastique progression qu’ils ont depuis leur début ou les différents essais de reprises plus Pop (Depeche Mode) qui font une marque de qualité sur cet album ? Sans nul doute. Les Lacuna ont su à nouveau entourer et envelopper leur musique d’une bulle sonore faite de mystère, de dentelle, et d’une production pourléchée. Plus 'poppy' que ces prédécesseurs, mais tout aussi fort, Lacuna Coil offre un album qui restera sans doute dans nos mémoires, nos oreilles et dans les charts de tous les pays où l’album sera proposé au public. Lacuna a décidé de s’offrir à un public plus large, plus grand avec notamment des titres comme "Survive", "I Like It" où le mélange des vocaux de la belle Cristina et du mâle Andre font merveille. Lacuna Coil, c’est une histoire de territoire. Milan, l’Italie, l’Europe... C’est le monde entier que veut toucher le groupe. Et il a réussi. Allant toujours plus loin, plus fort mais en temporisant son album. Le track-listing est très bien réalisé, laissant la place tantôt aux morceaux 'Pop-Goth-Rock', aux grandes mélodies avec intro nappes-claviers savamment dosés pour l’occasion, et les morceaux à l’obédience plus Métal ("Spellbound"). Lacuna évite ainsi le piège dans lequel il aurait pû tomber. Et c’est tout à son honneur. Les morceaux plus orientés Métal offrent de grands moments de duels guitaristiques - sans jamais lorgner vers l’ennui - qui s’insèrent très bien dans le paysage tout dessiné par la composition. Les claviers sont dosés comme il le faut, que cela soit sur les tempos rapides comme dans les chansons aux rythmes plus 'heavy'. L’alliance guitares-claviers est une véritable aubaine offrant au groupe un nouveau champ de création ("Heaven’s Lie") et une totale liberté qui lui permet de proposer, dans ce style, des titres sortant des sentiers battus. Les Lacuna Coil ont compris qu’en restant dans ce genre musical, il leur fallait user de tels artifices pour se renouveler. La recette marche donc à plein régime. Combinant ce doux mélange, Lacuna Coil laisse là encore un album essentiel de nos années 2000. La technologie des grands studios permet à la musique du combo de la botte Italienne d’ouvrir sur de véritables brûlots qui feront merveille en Live dans les différents festivals que le groupe s’apprête à arpenter. Des milliers de mains levées, ou mimant les cornes du malin, se régaleront du couplet de "Our Truth" mais aussi de son refrain à la teneur d’un Paradise Lost. Mais la surprise vient surtout de ces morceaux aux rythmes plus rapides, plus Rock dans leur essence, où Lacuna Coil se découvre sans doute une nouvelle carrière ("Closer") en développant dans ce genre de compositions un son à la fois très appuyé, et très ample. Lacuna Coil semble avoir composé cet album sous le signe du tempo et du rythme C'est, en tous cas, ce qui ressort le plus à l’écoute de celui-ci. C’est un véritable voyage que nous offre le groupe, avec gros riffs 'heavy', voix limpides, cristallines, 'heavenly', ou gutturales, ambiances sombres et gothiques aux claviers. Ce voyage passe par toutes les phases : rythmes lents, 'heavy', mid-tempo, rapides ou encore speed sur les passages solos. Le groupe maîtrise la chose et il le montre. La voix totalement envoûtante de Cristina fait le reste ("Swamped"). L’album n’est pas qu’une histoire de rapport de force entre les éléments de la musique. Elle est aussi une histoire de douceur, de candeur avec des ballades progressives comme sait si bien le faire le groupe depuis de nombreux albums. Lacuna Coil nous offre une bien belle promenade dans le monde du pur, du blanc sacré ("Purify") où l’ambiance ne retombe jamais dans l’insipide. C’est ce que nous retiendrons de cet album grandiose - d’un groupe grandiose - qui s’est hissé dans l’olympe à force de travail et d’acharnement. Ce qui est tout à son honneur.
Lacuna Coil enfonce le clou une nouvelle fois avec un album digne de sa carrière. Toujours plus loin toujours plus fort. Un opus qui s’inscrit dans la continuité mais aussi dans l’innovation totale, proposant à son public de rentrer dans son fort intérieur, dans un dédale de sons, de mélodies, et d’ambiances. Le public s’y découvrira songeur, explorateur envouté à l’écoute des compositions ciselées qu’offre le groupe. Dédales de sons, mais aussi quête spirituelle dans le monde du rythme que Lacuna sait manier à merveille. Les vocaux de Cristina et d’André sont à nouveau bien présents, et toujours plus à la disposition d’un véritable Opéra sombre et majestueux qui se déroule tout au long du disque. Les claviers rappellent, ici, que le groupe prend des risques en incluant de nouveaux styles dans le sien (comme la Pop) mais aussi en accentuant ses intros 'heavy' aux guitares qu’il sait si bien construire. Nul doute que ce nouveau chapitre écrit par l’un des plus grands groupes de Métal gothique fera longue date. A l’heure où nous écrivons cet article, Lacuna Coil tourne aux Etats-Unis, d’autres états, d’autres villes, d’autres foules, tomberont encore… sous le charme. Bon voyage ! ••