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Les pièces musicales de LA CASA
Jénzine Magazine N°17, Septembre-Octobre 2009



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•• La Casa signifie ‘la maison’ en Espagnol. Mais, qu’on se le dise, La Casa est un groupe Français… qui n’est pas toujours à la maison et plutôt sur les routes. En effet, Pierre Le Feuvre et Jean-François Péculier (préférez l’appeler Jeff), les deux leaders, s’apprêtent à repartir en concert en automne, et ce partout en France. Qui pourrait ensuite prétendre ne pas les connaître ? Car peut-être sans savoir que c’était eux, vous vous étiez déjà surpris à fredonner un de leur single, "La Lune". On vous pardonnera de ne pas avoir encore retenu leur nom car, il est vrai, que le duo, fraîchement débarqué en Janvier dernier avec un album très riche en musicalité, a su rester plutôt discret. Clopin-clopant, il a pourtant fait cette année son petit bonhomme de chemin. Il nous semblait donc plus qu’important de mettre en avant ce savoureux album, originalement intitulé "Les Trucs Abîmés". Ce que nous y avons trouvé nous a fait voyager dans diverses sonorités, entrecoupées d’ambiances étranges et poétiques. Quant au single "La Lune", nous n’avions pas réentendues cela depuis l’ère du groupe Les Innocents (ces derniers qui, selon certaines rumeurs, ne vont d’ailleurs pas tarder à se reformer). La Chanson Française, telle qu’elle s’est construite il y a vingt ans en arrière avec des groupes comme Mano Negra ou Noir Désir, fait aujourd’hui son grand retour. Et devinez quoi ? C’est désormais sur La Casa qu'il faut compter.

Chapeau de paille vissé sur la tête et prises de vues dans un champ d’éoliennes, La Casa semble attaché à l’écologie et au côté naturel des choses. Leur musique est un subtil mélange de Rock, de Pop et de Folk, le tout saupoudré par ce petit quelque chose que l’on doit à la chanson Française. Imaginez une seconde que Bertrand Cantat fusionne avec la Pop de Cali. Imaginez aussi que le groupe Calexico hérite de la nationalité Française. Mais d’où viennent alors Pierre et Jeff ? Les deux hommes sont originaires d’une petite ville baptisé Saint-Denis-Les-Gastines, située à une demi-heure de Laval. « Ici, on n’arrive même pas à capter une radio comme Le Mouv’ ! », plaisantent-ils, eux qui, il y a encore quelques années, étaient voisins de palier dont les parents respectifs s’entendaient à merveille. Le duo vous citera bon nombre d’artistes en guise de références musicales, à commencer par l’inimitable Serge Gainsbourg, les énervés Noir Désir (bien sûr), Cake ou encore le fantasque Jacques Higelin. La liste est bien trop longue mais cette dernière est vite décelable dans leur premier album. Davantage, en somme, une histoire d’oreille. Mais alors, vous direz-nous, comment Pierre et Jeff ont débarqué dans la musique ? Au fil du temps, au fil de l’eau… En étant très actifs au point de vue culturel, montant ci-et-là des festivals, aidant les copains à monter le leur, en concevant des affiches ou encore en écrivant des scénographies. En véritables plasticiens, le duo a su combiner musique et art. La combinaison parfaite puisque tout le monde sait – et on ne vous apprendra rien là dessus - que la musique est avant tout un métier artistique. Pour eux, monter un groupe a fini par se faire totalement naturellement. Et le graphisme de la pochette de leur premier album, on le doit, une fois n’est pas coutume, au groupe. Fascinant.

Quand La Casa n’enregistre pas à Laval dans le Home-Studio de Romuald Gablin (Mael, Florian Mona, Mr. Roux,…) c’est dans leur petite « casa » de Saint-Denis-La-Gastines qu’ils se retrouvent. C’est là qu’ils répètent, qu’ils enregistrent les maquettes, au second étage, dans une petite pièce insonorisée où il fait très chaud. Chaque jour (ou presque), le groupe s’y retrouve. Au premier étage, aux côtés de décors et de meubles destinés au prochain spectacle qu’ils ont en tête, on se retrouve dans un petit salon, celui-là même qui est dédié aux interviews. La Casa est un groupe ordonné. Et puis il y a les autres musiciens, à commencer par les trompettistes Pierre-Alexis Cadot et François Desnoë, totalement omniprésents sur l’album, et qui, de part leur présence, enrichissent l’album d’un petit côté hispanique pas déplaisant. Citons encore le contrebassiste Xavier Vadaine, le violoniste Jérémy Frère et le bassiste Pascal Franchi. Quant aux autres instruments, en véritables musiciens polyvalents, Pierre et Jeff s’en occupe (à savoir l’harmonica, la guitare dite « gling gling », la guitare électrique ou encore les claviers). Mais le plus important, c’est bien entendu ce que renferme l’album. En tout, ce sont treize morceaux qui y habitent. A commencer par "2 Novembre", qui ouvre l’opus. Guitare fatale et entêtante, sombre et Pop, c’est à la minute vingt que les trompettes résonnent. Par cette petite subtilité instrumentale, La Casa nous invite à les suivre. Petit à petit, nous rentrons dans leur univers, fabriqué de paroles hautement et justement calculées voire quelque fois mélancoliques (Et le vent s’abat sur mon toit, peut-être vient-il pour moi, chante Pierre). Puis, on découvrira "Go Go Go", pressenti nouveau single. La Casa s’écoute et il est parfois bien difficile d’exprimer ce qu’on y entend. Car La Casa joue aussi sur plusieurs plans. Ici, le son est Folk, plutôt à la limite d’une Country à la Johnny Cash (un tempo et une ambiance rappelant la mythique "Ring Of Fire", ses trompettes hurlantes et bienfaisantes de 1963). Mais soulignons que La Casa n’est pas un groupe rétro. Cela est rapidement vérifié avec la branchée "No Style", ses miaulements électroniques et son beat Pop. Paroles sur paroles, Pierre enchaîne quelques belles vérités : T’as pas d’style, tu parais même pour le plus gros glandeur de la planète, t’as pas choisi la même voie toute tracée, et pour être honnête tu t’en bas les castagnettes. Puis, nous chutons dans un morceau davantage underground, "Les Trucs Abîmés", fabriqué par quelques petits sons piquants et toujours ces trompettes qui, ici, fusionnent merveilleusement à l’électronique ambiante. De nombreuses autres pièces sont à explorer dans cette maison musicale. On visitera par exemple "La Ruta", entièrement proposée en langue Espagnole (Tengo el sentimiento, la sensación que antes, me aburría tanto, que producía viento) et qui se pare d’un brillant habit sonore, aussi brillant que le costume des toreros. Nous redoublerons, bien entendu, d’intérêt pour le morceau "La Lune" pour lequel nous avons clairement eu un coup de cœur, ce jeu d’ukulélé amené dans son refrain nous rappelant un instant le morceau "Le Paravent" des Innocents. Très graphiquement inspiré, le magnifique clip vidéo de "La Lune", réalisé par La Tebwa, illustre la chanson avec beaucoup de poésie. C’est beau et l’œil est flatté. On aimera "Qui Veut Nos Peaux" et ses ingénieux chœurs, sa gravité intersidérale, et ses courtes paroles qui suffisent à elles-mêmes. "Triste Comme Un Violoncelle" reste plus intéressant pour ses paroles (onze heures du mat, les yeux dans l’sac et les lèvres qui tremblent, c’est le silence chut, pendant que là-haut dans le ciel plane la caravelle en toute aisance) et son petit break exprimé une nouvelle fois en Espagnol. On appréciera "Mademoiselle", un peu Mickey 3D dans l’âme, mais c’est "Los Angeles" qui attirera toute notre attention (à ma fenêtre des anges, me redonnent goût à la vie) pour son groove, son côté ludique et son côté « cool ». L’opus s’achève sur "Cerveza’s Song", un morceau qui regroupe, en sept minutes, tout les univers croisés lors de notre écoute. A la fois électronique mais aussi franchement acoustique, cet ultime titre est un petit nuage très créatif qui s’envole petit à petit dans le ciel, laissant une petite brume dans le cœur et des ailes à nos pensées. La Casa nous quitte ici en musique, avec toujours cette petite subtilité ambiante, mi-Mexicaine, mi-western.

Après avoir visité les curieux et fascinants habitants proposés dans le disque de La Casa, nous sommes repartis avec des images plein la tête. Imaginatifs, Pierre et Jeff ont mis sur pied un album riche et très musical. Les instruments que l’on y retrouve sont parfaitement choisis et se complètent à merveille. Le son de La Casa est véritablement reconnaissable. Durant les treize morceaux, nous nous ne sommes aucunement ennuyés, tant le groupe sait vous amener, vous guider et vous proposer de visiter des lieux sonores inhabituels. Tout en gardant à l’esprit que c’est de la Chanson Française, La Casa s’est paré d’un petit plus : la trompette qui reste, bien évidemment, l’instrument central. Une bonne partie de l’opus repose d'ailleurs sur elle. A la fois complet, simple, consistant, beau dans le fond et la forme, "Les Trucs Abîmés" est un vrai voyage à lui seul. Un groupe qu’il ne faudra absolument pas manquer sur scène, notamment au Festival Jyvazik le 26 Septembre à Nil-Saint-Vincent (Belgique), au Festi'Val de Marne avec Joseph d’Anvers le 2 Octobre à Villejuif ou encore au Café de la Danse le 2 Décembre prochain à Paris. Nous vous l’avions dit, La Casa fait son petit bonhomme de chemin. Et est toujours sur les routes… Provoquez la chance pour croiser, en vrai, les pièces musicales de La Casa, un groupe surprenant et bien éveillé. ••

Jen Kidonÿ


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LA CASA
"Les Trucs Abimés"

Label :
3ème Bureau/Wagram

Année : 2009

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