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Article : KEANE, la renaissance du son
Parution : Jénzine Magazine N°12, Novembre-Décembre 2008

•• Nous attendions leur retour avec impatience… Keane demeure un groupe qui, musicalement comme humainement, ne cessera pas de nous étonner. Il y a encore quelques années (et encore, ces années ne sont pas si lointaines), le trio nous faisait saliver avec "Under the Iron Sea" et ses nombreux tubes incorporés tels "Crystal Ball", "Is It Any Wonder ?" ou encore cette magique, inédite et parfaite "Maybe I Can Change". Nous nous disions qu’avec ces phénoménaux bagages, Keane allait un jour décrocher les étoiles. A sa manière, le groupe côtois aujourd’hui la galaxie Pop Rock. Mais sachez tout de même pour votre gouverne que, comble du comble, Keane est composé d’aucun guitariste. Avec la grande élégance qu’on leur reconnaît, les trois musiciens ont sus rester maîtres d’eux-mêmes et de leur carrière. De nos jours, le légendaire son de Keane demeure reconnaissable. Une belle victoire. Aujourd’hui, ce même ‘son’ s’est ouvert, continuant à vous posséder plus souvent qu’à votre tour. En somme, rien ne change, ou presque ; le fait d’écouter un morceau, une chanson de Keane vous transporte toujours vers de nouveaux horizons. Avec "Perfect Symmetry", l’histoire prend une autre tournure, et, au passage, emprunte la voie de l’évolution. Voici donc venu le temps de l’album dit ‘de confirmation’. Un nouvel opus qui tombe à pic, quelques mois avant la sortie d’un nouvel album des géants U2 et juste après l’incommensurable et tourbillonnant succès de "Viva La Vida" par Coldplay. Voilà une juste place qui sied infiniment bien à Keane. Un groupe qui n’a pas fini de grimper.

Keane a toujours été une grand formation. Remontez les pendules et souvenez-vous de la mélodique "Somewhere Only We Know", de l’intensité donnée dans "This Is The Last Time" et de l’inoubliable "Everybody’s Changing" toutes deux parues en 2005. Remémorez-vous encore ce slow Pop baptisé "Bedshaped" donné deux ans plus tard lors de leur présence au rassemblement Live Earth. Avec les productifs Keane (Tim Rice-Oxley, Tom Chaplin et Richard Hugues à la ville), il est parfois bon de se remémorer le passé… mais à juste dose. Oui, car l’année 2006 n’a pas été la plus facile à traverser pour le groupe (tensions, états d’esprits sombres, risques de séparation,…) « Nous avons failli tout perdre, déclare aujourd’hui Tom Chaplin. Nous sommes passés tout près de perdre le groupe, nous aurions pu nous séparer et continuer chacun de notre côté. Du coup, nous nous sommes réinventés en tant que personnes. » Il est donc bon de se tourner aujourd’hui vers l’avenir. Leur avenir. Que deviendra Keane ? Ce groupe épatant, qui trouve ses racines au sud de l’Angleterre (plus précisément dans la petite ville de Battle), a vu du pays depuis leurs réels débuts en 1997. Et c’est peu dire. Après avoir vendus huit millions d’exemplaires de leurs deux premiers albums confondus, Keane a reçu tous les mérites qu’un groupe de cette envergure mérite d’avoir. N’en n’oublions pas les tournées triomphales qui les amènera, plus d’une fois, à mettre les pieds aux Etats-Unis. Le trio prouve enfin qu’il n’est pas nécessaire d’être quatre, cinq voire six pour former un groupe Pop. Ici, chant, basse et claviers suffisent amplement. Une énergie conçue à trois, une marque de fabrique qui a décidemment du mordant.

C’est cette même combinaison instrumentale intelligente qui explose à nouveau dans "Perfect Symmetry", presque identique à "Hope & Fears". Quoi qu’il arrive, attendez-vous à ce que cela sonne avec consistance. Il y a à peine quelques mois, le premier et nouveau single, qui annonçait l’arrivée de cet opus, avait déjà pris son élan et les devants. "The Lovers Are Losing" a littéralement – et musicalement – envahit les ondes. Agrémenté de petits sons électroniques et d’un refrain imparable, Keane frappe alors très fort. C’est, de loin, leur meilleur single qui prend vit et auquel aucune oreille avertie ne peut y échapper ; ça, c’est Keane, du beau, de l’éclatant, le piano bénéficiant de larges vagues pour s’exprimer (enfin !), baigné dans une ambiance unique et profondément claire. Un single détonnant écrit de la main de Rice-Oxley, alors que l’album s’enregistrait au sein d’une ancienne salle de danse métamorphosée en studio. Le retour s’annonce plus prometteur que jamais.

Et puis, nous voyons enfin débarquer l’album. Enregistré entre Londres, Berlin et Paris, "Perfect Symmetry" renferme, quant à lui, onze brillantes chansons Pop bien pensées, lumineuses, à la fois énergiques et tellement Keane… Lorsque l’on écoute la dynamique "Again & Again", que l’on se penche sur la puissante "Black Burning Heart" et la grandiose et éponyme "Perfect Symmetry", on retrouve bien à leur place nos magiciens du son. Mais le trio de choc nous réserve encore une surprise. Vous la dénicherez dans "Spiralling". C’est là qu’une totale transformation s’opère et pourrait laisser entrevoir le futur potentiel qu’apportera le groupe au monde de la Pop dans les années à venir. En effet, ce morceau à milles lieux du son de leurs débuts, emprunte bien volontiers le rythme déstructuré des années quatre vingt et, tant qu’à faire, se plonge dans l’univers de ces mêmes années incontestablement créatives (le final s’avère amusant). "L’intrépidité de cette période est quelque chose de vraiment mal vu aujourd’hui, note Rice-Oxley. Nous vivons dans une époque où il est branché d’être ‘Eighties’ d’une façon rétro. Si ce disque sonne comme ça, c’est probablement parce que j’associe certaines de ces chansons – celles des Pet Shop Boys, de Salt N’Peppa, de Mel & Kim – à une époque amusante et innocente. Je me fiche absolument de ce qui est considéré comme étant à la mode, branché ou de bon goût. Il s’agit bien plus de suivre notre propre instinct. » A l’image de la pochette de "Perfect Symmetry", tout s’imbrique, tout est coloré et… symétrique. Les notes ne saturent pas entre elles et trouvent encore l’harmonie des beaux jours de la formation. C’est dans cette mathématique reluisante que l’on repère des morceaux franchement audacieux, tels "Pretend That You’re Alone", au caractère positif - qui inclut Jim Hunt au saxophone – ou encore la très significative "Better Than This". « J’adore cette chanson, approuve Chaplin. Du point de vue du son, c’est une grande rupture. Le texte parle de la culture et de la célébrité. Le côté gloire et célébrité est quelque chose avec lequel je trouve difficile de me réconcilier. Je préférerais de loin qu’on ne parle que de musique; qui est la raison de départ pour laquelle nous sommes dans ce groupe. Ce n’était pas pour devenir riches ou célèbres ou pour se faire des filles. C’était pour chanter sur scène, pour vivre ce lien magique entre toi et une foule de gens qui sont venus tout lâcher, comme toi. Ce rassemblement, c’est le plus grand pied de ma vie ! ».
Accessoirement autoproduit par le groupe, l’opus se voit finalement mixé entre les habiles mains de Mark ‘Spike’ Stent (éternellement reconnu pour son travail pour Natasha Bedingfield, Maroon 5, Arcade Fire, entre autres...) et se trouve suivi de près par deux monstres de producteurs ; ici, nous citerons Stuart Price (acolyte de Madonna ou encore Kanye West) et Jon Brion. « Le fait que Jon s’embarque avec nous a eu une énorme influence sur notre travail, précise Rice-Oxley. Nous avions déjà bien avancé mais il nous a donné confiance et nous a poussé à ne pas penser; à ne pas nous autocensurer ». C’est lui qui dénichera, aux côtés du groupe, les instruments les plus efficaces pour lustrer la carrosserie sonore de l’album. Instruments de percussion rétro, nouvelles façons de procéder à l’enregistrement des voix, son expérience finira par ouvrir Keane à de nouveaux univers. "You Haven’t Told Me Anything" en demeure le meilleur exemple. Qui aurait cru qu’un jour le trio s’éclaterait sur un rythme électronique, limite minimal ?

C’est inscrit dans cette toute nouvelle dynamique que "Perfect Symmetry" trouve écho. Keane renoue avec ses propres sonorités et se pare d’un petit plus, loin d’être dérangeant. « Il n’y a rien que notre maison de disque aurait plus aimé que de nous voir faire "Hopes And Fears" une troisième fois, précise Hughes. Mais nous en avons déjà fait un, et c’est suffisant. » Keane nous laisse au fond de ce disque une bien belle chanson baptisée "Love Is The End". Totalement en phase avec ce morceau, la voix de Tom, un des meilleurs chanteurs de la Pop actuelle, fait jaillir des harmonies d’une beauté touchante et déconcertante. Keane sera encore un groupe important dans les années à venir. Leurs magiques vibrations ne sont qu’un début. "Perfect Symmetry" demeure la définition la plus exacte et représentative d’un des plus intriguant trio Pop de ces dix dernières années. Un groupe qui s’autorise aujourd’hui une parfaite symétrie sonore pour servir un troisième album haut en couleurs. « Je pense que c’est la meilleure chose que nous ayons faite ensemble, de très loin », conclut Tom Chaplin. ••

Jen Kidonÿ

KEANE
"Perfect Symmetry"
(2008)

Disponible à la vente chez
AZ/Universal

www.keane.fr
www.keanemusic.comwww.myspace.com/keane

 

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