•• Le nombre de fois où nous avons cru avoir retrouvé les nouveaux Daft Punk sur de nombreux nouveaux groupes est donc révolu. Cette fois ca y est, nous les tenons ! Loin est l’époque du grand "Homework" de Thomas Bangalter et Guy-Manuel De Homem Christo. Il va donc falloir revoir vos copies car désormais les deux grands noms de l’électro Hexagonale sont Xavier De Rosnay et Gaspard Auge. Et avec ce premier album, ils comptent bien révolutionner à nouveau la French Touch, à coups de sonorités bien calculées et irrésistibles pour tout fan du genre avec, de surcroît, un style hors du commun. Exploration.
Et si on attaquait par le début ? Car Justice recherche déjà à cultiver le mystère. Ce duo Parisien hors-norme ne vous ait de toute manière pas inconnu, puisqu’en 2005, ils électronisent à coups de sons saturés les images d’une publicité (souvenez-vous du robot qui patinait sur un lac gelé...) ; ce titre, "Waters At Nazareth", sortait déjà largement du lot sur leur premier EP du même nom. La formation ne passe pas inaperçu en 2003 quand elle remixera le morceau de Simian, "Never Be Alone", qui donnera "We Are Your Friends" après leur passage en 2006. Côté carrière, nos deux compères ont déjà remixé Britney Spears, Fatboy Slim, Franz Ferdinand et même Daft Punk. Ca aide... Avec un de leur clip, ils remportent la récompense du Meilleur Clip Vidéo aux MTV Europe Music Awards, ce qui les encourage à continuer sur la voie qui s’était fixés. Bonne pioche.
Ainsi naît « † », orné d’une croix Chrétienne que l’on doit à So Me, assisté de Thibaut Berland. Au départ, c’est un festival sonore sur "Genesis" - puisque tout a un début -, un morceau qui s'enchaînera directement vers "Let There Be Light", jouant avec un son venu d’une planète, disons-le, carrément extra-terrestre.
Vos enceintes vont donc avoir le coeur qui tourne car Justice compte bien mélanger doublement les sons que leurs confrères Daft Punk utilisaient jusqu’alors. Jouant admirablement bien de la stéréo, et rendant le tout vivant – et vivable -, les sons n’ont jamais autant vécu d’expériences en même temps. Influencés par de nombreux artistes (et la liste est longue) tel Prince, Shalamar, Donna Summer, Michael Jackson, Prodigy et même AC/DC, les Justice arrivent enfin à faire revivre la haute-définition de cette bonne vieille époque seventies. Aux dernières nouvelles, tout album orné de noir devient un jour un best-seller (voyez plutôt "The Dark Side Of The Moon" des Pink Floyd !). Alors que doit-on y voir dans ce second album ? Cela semble évident : que du bon.
Le premier single de l’album "D.A.N.C.E.", lui, vous l’avez entendu en jingle officiel d’une célèbre émission présentée par Michel Denisot. Complètement décalé et mixé à la seconde près, il achève sur l’album une dixaine de minutes déjà bien chargées. Suit alors "New Jack" et là, on le sait, les Justice iront loin. En reprenant comme boucle sonore le morceau "You Make Me Wanna Wiggle" des Brothers Johnson, ils dépassent alors les maîtres en la matière et prennent la place du calife bien mérité. Jamais un morceau n’a été autant mixé à la croche près, jamais un son n’a été aussi spatial, jamais un ensemble n’a été aussi harmonieux, même chez Cassius ou Alan Braxe. A la cinquième plage, Justice est totalement lancé, comme si ils avaient conçus leurs albums pour les Dancefloor avant de le concevoir pour les chaumières. Avec le titre "Phantom" - non il n’est pas caché -, ils gardent le rythme et testent la résistance de vos enceintes à la deuxième minute. Vous résistez ? C’est bien, vous pouvez alors admirer le travail réalisé sur la seconde partie de "Phantom" qui reprend le même rythme pour en caler un second par-dessus. Oui, l’album ne s’arrête pas une seconde, vous avez à peine le temps de reprendre votre souffle et vous voilà reparti dans le tourbillon avec "Valentine", qui démarre avec un son quelque peu Supertramp pour se mélanger à celui qui aurait pu appartenir à une série télé des années soixante-dix. Justice s’amuse alors à réutiliser de vrais sons analogiques et nous sommes véritablement séduits.
Cet univers disco-funky-électro glamour s’étendra encore longtemps, tant votre chaîne hi-fi n’aura pas terminé de faire tourner la globalité de ce disque remarquable, autant dans ses diverses sonorités que dans son concept. Autant de titres qui restent à explorer : l’incroyable mixage vocal sur "DVNO", "Stress" qui porte bien son nom ou encore "One Minute To Midnight" qui achèvera cet album absolument original jusqu’au bout et qui vous laissera sur votre faim avec un silence d’or à faire pâlir un mort. On tient ici un groupe bourré de talents - et pourtant ils ne sont que deux - pour un si grand album déjà bien parti pour devenir un beau disque d’or, aussi lumineux que l’éclat sonore qu’ils y ont apposés comme guise de signature. Et que Justice se fasse... ••
Jen Kidonÿ |