Article : JAMIE LIDELL, extra-musical, intra-émotif
Parution : Jénzine Magazine N°10, Juillet-Août 2008
•• Vous aviez oublié comme il est bon de se dorer la pilule durant l’été avec de la bonne musique dans les oreilles ? Vous allez vous en souvenir... Jamie Lidell est un garçon étonnant. Pas ce garçon qui vous épate à coups de ballades bien ficelées et par le biais d’un album que l’on entend le temps d’une saison. Jamie Lidell, c’est bien plus que ça. C’est même déjà tout un univers. Pourtant, vous ne le connaissez peut-être pas encore... Ce jeune homme, en provenance d’Allemagne, n’est est d’ailleurs pas à son premier coup d’essai. Bien au contraire. Cela fait maintenant dix ans qu’il se frotte à la musique électronique au sein de la formation Super Collider et au côté d’un certain Christian Vogel. Il y a quatre ans, s’opère pour Jamie un véritable retournement de situation ; en un coup de chapeau, il se tourne vers la Soul Music, un style musical qui, en à peine un an, redevient, par chance, à la mode. En 2005, il fait donc paraître "Multiply", le premier album de sa renaissance artistique. Deux ans plus tard, Feist fait déjà appel à ses talents d’arrangeur et de choriste pour "The Reminder". Beck ne s’y trompera pas non plus en l’invitant un an plus tôt en studio, puis durant toute sa tournée 2006 en Amérique. Chanceux Jamie ? Plutôt professionnel et terriblement doué. Normal qu'on le sollicite. Sa performance vocale, son style et son émotivité omniprésente qui transparaît dans son travail, on la retrouve dans ce second album récemment paru et baptisé "Jim". Trois lettres pour un album qui ira droit au coeur des passionnés d’un Funk dansant et des plus nostalgiques d’une Soul Music spontanée.
« Je n’ai pas essayé de masquer mes influences, explique t’il. C’est juste la musique que j’aime ». Vous devriez donc rapidement vous rendre compte de la qualité musicale de "Jim" est sans pareille. Mais n’allons pas trop vite. Car Jamie Lidell, ça se savoure telle une copieuse entrée qui mélangerait astucieusement salé et sucré. Tel est donc le menu avant le plat de résistance. Côté entrée salée, il serait davantage question de cette musique électronique dans laquelle il a longuement exercé. Une expérience des fréquences qui lui vaut aujourd’hui d’être une fine oreille lorsqu’il s’agit de mixer, numériser ou encore arranger un morceau. La partie sucrée équivaut, enfin, à cette identité de crooner qui habite en lui. Cet artiste bercé aux sons de Marvin Gaye, Otis Redding ou encore par le magique et maniaque Little Richard a bien fini par prendre le dessus. Avec l’album "Multiply" et ses dix titres déjà prometteurs à l’époque, Jamie n’a – en fin de compte – eu qu’à confirmer sa nouvelle appartenance au monde de la Soul. Puisque bien trop jeune pour avoir pu appartenir à la célèbre maison Motown (son année de naissance coïncide avec la parution du standard "Let’s Get It On" de Marvin Gaye), il a tout de même fini par se hisser au niveau d’autres grands noms de la Soul. Une transition stylistique qui ne lui a aucunement fait peur. « Avec Jim, j’ai mis entre parenthèses mes débordements schizophréniques », lance t'il. En d’autres termes, le monde de l’électro semble aujourd’hui mis entre parenthèses. Jamie Lidell n’a eu qu’à continuer à voguer vers ses envies. C’est alors que "Jim" est né.
"Jim", c’est donc ce plat de résistance suivi par un grand cru, cuvée seventies, et servi ‘On The Rocks’. Ce second opus est, en effet, à l’image d’un album qui se situerait entre un bon Marvin Gaye et un album de Stevie Wonder (époque "Signed, Sealed, Delivered, I’m Yours", cela va de soi...) L’opus ne perdra d’ailleurs pas une minute pour vous scotcher les oreilles. Le premier morceau à apparaître, l’optimiste "Another Day", est purement et simplement stupéfiant. Nous avions craqué pour Duffy, et un éventuel mariage (artistique, cela va sans dire) semble déjà adéquat entre les deux artistes. Selon vous, à quelle époque cette chanson qui fait office de second single et qui suit la vague musicale Pop sixties a été enregistrée ? Non, la réponse ne se trouve pas dans la question... Ce premier single date bel et bien de 2008. Au sein de ce titre, on y croise bon nombre d'influences musicales importantes ainsi qu'une inspiration évidente quant à la Black Music Américaine, le tout étant couvert par un tapis d’effets sonores fait d’oiseaux gazouillant et enchanteurs. Avec le titre suivant, "Wait For Me", déjà interprété sur scène, Jamie Lidell continue sur sa lancée. Plus rythmique mais toujours aussi délicieuse, rattrapée par un trio vocal qui s’avère être d’homogènes choeurs, on y retrouve la légende du Gospel Joniece Jamison (souvenez-vous de ses duos avec François Feldman sur "Joue Pas" et "J'ai Peur" en 1989). Accrochez vous bien à votre siège car voici que débarque "Out Of My System" ; rétro, moderne, mélangeant pure acoustique et paysage numérique à souhait, Jamie Lidell, qui ne risque pas de paraître un extra-terrestre aux yeux des plus puristes, réexplore en à peine quatre minutes l’énergie reine fournie par la Soul Music tout en la réinjectant dans l’ère d’aujourd’hui. Qu’en est-il de l’ambiance infusée par ces slows feutrés qui ont, plus d’une fois, fait chavirer vos plus belles nuits ? Penchez-vous alors sur "All I Wanna Do" qui aurait pu largement inspirer Prince si elle avait été mise sur bande quelques années plus tôt. Avec "Little Bit Of Feel Good", c’est un festival musical astucieux qui mélange Gospel et Soul. L’ensemble donne furieusement envie de claquer dans ses mains. Sur la très Funky "Figured Me Out", Jamie fusionne les genres et en profite pour démontrer ses talents dans un morceau élaboré tout-en-numérique. Lancé comme une fusée, le décor acoustique mis de côté, sa voix métamorphosée par les filtres des synthés flirte avec les sonorités à la Jamiroquaï et fera sensiblement plaisir aux fans de la première heure. Et pourquoi pas ne pas tenter un peu de Twist ou de Rockabilly ? "Jim" renferme encore quelques belles perles après tout... Voeux exhaussés avec la très décalée mais terriblement entraînante "Where D’You Go ?" qui ne pourra que vous inciter à la danse. L’album s’achève sur la très calme "Rope Of Sand", enregistrée à Berlin dans un studio aux fenêtres grandes ouvertes. Un morceau idéal pour achever une soirée branchée dans un quelconque club de Jazz. Il ne manquerait presque plus que les applaudissements en fin de chanson.
Accueillant, chaleureux et agréable sont les adjectifs qui ressortent après une écoute attentive de "Jim", un second album pas si ‘second’ que ça. Jamie Lidell a déjà acquis les bonnes bases d’un musicien professionnel et sait tirer parti de son expérience passée dans le milieu électronique. La voix de Jamie, emprise de notes magiques, est capable de mélodies lumineuses. L’artiste n’en joue d’ailleurs pas à l’excès. « Le plus important, c’était le chant, explique l’intéressé. Il fallait trouver un équilibre et capturer l’énergie de ma voix en plein exercice, tout en conservant son caractère rocailleux. » En savant album, simple et frais, "Jim" capte votre attention même si la Soul ou le Funk ne vous attire pas spécialement. Bluffant puisqu’encore réalisable, on prend joie à retrouver les bons claviers analogiques (tel le légendaire piano Rhodes), les bons vieux cuivres rétro télés à quelques tambourins omniprésents qui font ici office de guide rythmique. Pour les plus fins connaisseurs, la présence quasiment incontournable du musicien et pianiste Canadien Gonzales renforce encore un peu plus la qualité globale de cet opus. Pourtant, Jamie Lidell ne nous a pas encore servi un succulent dessert, mais ce plat de résistance intégralement digéré vous laisse la sensation très particulière d’avoir goûté à une innommable saveur. Une sorte de retour aux sonorités d’hier, comme si elles n’avaient pas vieillies et qu’un jeune chanteur les ayant vécus n’en avait aucunement perdu toute la consistance. Tout ce que l’on attendait d’un disque Soul Funk accessible réside désormais dans ce "Jim" extra-musical et intra-émotif créé et mené magistralement par un garçon vocalement et artistiquement talentueux. La suite du menu ? Une nouvelle approche de la scène avec de nombreux concerts live à la clé. Un dessert que beaucoup devraient prendre le temps de savourer. ••
Jen Kidonÿ |