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GREEN DAY, les troisièmes hommes
Jénzine Magazine N°16, Juillet-Août 2009

•• Les Etats-Unis sont, décidément, un autre pays. Générateurs du rock des fifties, patrie des Beach boys ou encore plus tard des Doors et autres Ramones, en passant par les Aerosmiths, assurément les States sont un cas à part. Chaque état, chaque ville y détient un style bien déterminé. Penchez-vous sur la carte, déplacez-vous et vous voyagerez au cœur du Rock. Allo ! Ici Detroit, avec son MC5, ses Stooges... Je raccroche. Ici New-York et le GBGB (Patty Smith, Blondie, Ramones). Je reprends la ligne et direct la Californie, son « whisky à gogo » qui sent encore les effluves des nuits Morrissiennes et de ses Doors. Voilà nous y sommes : la Californie. Soleil, plages, Sunset Boulevard. Un état à part, des villes à part, avec des quartiers à part, géniteurs de nouveaux genres : flower power, trash-metal des nineties dans la Bay Area à San Francisco, Punk à Berkeley avec son groupe fétiche Green Day, punks-rockers accrocheurs, nourris aux Clash et autres Ramones. L’Amérique est un continent à part, sûrement. Ses musiciens aussi. Et le trio Californien encore plus. Comme nulle part ailleurs les Green Day s’entichent d’un nouvel album en cette année 2009, assurément tourné vers le dieu Power-Pop à la surprise de tout le monde. "21st Century Breakdown" serait-il un énième pied-de-nez de la part du combo de Berkeley qui a su souvent répondre présent en terme de qualité musicale ou juste une accalmie dans la sphère punk-rock ? Analyse...

Passer une journée à fumer de l’herbe (green day), voilà comment le nom du célèbre trio de Berkeley a été trouvé. La musique Punk avait attiré nombres de jeunes sur la vieille Europe. Il en sera de même pour nos compères qui commencent à battre le fer dès 1986 au plus jeune âge (douze ans et quatorze ans). Green Day est la fusion de deux groupes : The Lookouts (où Tré Cool officiait comme batteur) et Sweet Children (où officiaient Billy Joe Amstrong à la guitare et Mike Dirnt ainsi qu'un batteur nommé Al Sobrante). Les Sweet Chidren changent leur nom en Green Day et enregistrent, dès 1988 et 1989, trois maxis chez le label Lookout (label et groupe de Tré Cool). Al Sobrante ne souhaitant pas rester dans le groupe, Tré Cool devient son remplaçant derrière les fûts puis membre permanent. 1992. Ils enregistrent "Kerplunk" et quittent Lookout pour signer chez Reprise Records. En 1994, le trio s’apprête à sortir le très populaire "Dookie". L’album est une réussite et rebooste le Punk Rock au grand public Américain ("Basket Case", "Longview"). En 1994, le groupe participe au deuxième festival de Woodstock. "Insomniac", le nouvel album sorti en 1995, sera une suite logique de "Dookie" avec le même succès. En 1997 sortira "Nimrod", album majeur du trio tourné cette fois-ci vers l’expérimentation et l’utilisation de nouveaux styles. Les années 2000 annoncent l’album de la déception pour les fans : "Warning". Mais le trio ne jette pas l’éponge et se remet au travail sur un concept album dès 2004 : "American Idiot". Un Opéra-Rock qui fait carton plein. Les Green Day sont de nouveau en selle. En 2006, le trio planche sur son nouvel album orienté Power Pop. Bienvenue dans "21st Century Breakdown", le nouvel album du trio le plus déjanté du moment.

Maintes fois repoussé jusqu’en 2008, le nouvel opus du trio américain est donc sorti en Mai 2009. Le tout a été enregistré sous la houlette de Butch Vig, qui, on pouvait s'y attendre, met dans cette production toute son âme. Le résultat a un son gros comme une montagne. Rien d'étonnant puisque ce producteur n'est autre que celui de Nirvana pour le génial "Nevermind" mais accessoirement aussi celui de Garbage ou encore des excellents Smashing Pumpkins. Voilà pour la liste des protagonistes. Le son est donc à la hauteur des exigences et des espérances, nous laissant littéralement sur place. Le tout est orchestré dans un Power Pop de haute teneur. On retrouve les rythmiques basse-batterie précises et les riffs accrocheurs qui ont fait du trio ce qu’il est : une machine de guerre. L’arrivée de cet album dans les harts a, à vrai dire, chambouler beaucoup de choses. Celui-ci s’est aisément classé en tête des ventes, notamment en Europe, malgré l’énième pied de nez verbal du trio à son sujet : « Vous n’avez qu’à télécharger illégalement notre album sur Internet ! ». On peut se poser la question d’un tel déferlement verbal mais, après tout, - et cela va avec le ton donné sur l’album -, les Green Day savent d’où ils viennent, connaissent leur caste et leur maison d’obédience. Ils restent Punk jusqu’au bout des doigts malgré un Power-Pop qui cimente leur dernier opus. C’est bien là la marque des grands. Exit l’Opéra-Rock, les chansons qui s’imbriquent les unes dans les autres. Ici tout est jeté, brut. Le résultat est l’efficacité. Et l’alchimie a une fois de plus fonctionné à merveille nous laissant presque sur notre fin tellement nous aurions souhaité voir un double. Car nous le savons tous, le trio est capable de se régénérer à n’importe quel moment et le prouve une nouvelle fois avec cet album de haute teneur. Power-Pop ? Nous allons dire Rock avec un grand R. Le trio a mixé sur cette nouvelle galette apparemment tous les styles qu’ils apprécient. Le riff de "Know Your Enemy" est un riff Rock dans toute sa splendeur qui va laisser pantois certains Guitar-Heroes. La voix reste toujours la même, à la fois pure, cristalline sur les ballades ("Viva La Gloria") et accrocheuse ("Christian Inferno", "Peace Maker"). Leur expérience courte mais splendide d’Opéra-Rock en serait-elle la cause mais il nous que Green Day et la production savent manier totalement et avec merveille les samples - voire l’électro -, l’emploi d’ensemble de cordes, ou tout autre apport afin d’enrichir leurs morceaux et leur Punk Rock mélodique et lyrique. "Peacemaker" et son rythme Hispano en est la plus belle illustration. Fidèle à sa chapelle, le trio offre aussi de grands moments dans la plus pure tradition du groupe qui nous ramène à l’époque "Basket Case", "Murder City". C’est avec cette aisance que l’album se laisse ainsi écouter avec ces multiples voyages que nous offre le trio au plus profond de son âme et de sa hargne Rock And Roll. Côté mélodie et harmonie, on retrouve un instrument cher au trio : le piano qui vient nous offrir de très belles intros, notamment sur le très Beatlessien "Restless Heart". Le trio maîtrise ainsi sa copie pendant tout l’album sans jamais nous lasser. Les textes se tournent vers des thèmes variés et un merveilleux travail de composition a été mené dans ce sens-là. Green Day disserte alors sur des thèmes accrocheurs mais aussi inattendus (la haine, l’amour, le monde ouvrier, les difficultés sociales) ce qui est tout à son avantage. Le Rock Power-Pop délivré ici permet au groupe d’assoir une nouvelle fois son hégémonie sur le style. Nous avons essayé de savoir quel morceau était mieux qu’un autre mais il n’y en a pas. Tout est attrayant sans jamais nous lasser. La production a su totalement, par un savant dosage des titres, faire de cet opus un grand album du trio qui restera dans son histoire.

Green Day a réussi son tour de force avec ce "21st Century Breakdown" en proposant un voyage au cœur de sa musique, mêlée de d’esprit Punk, de Rock et de Pop. Le piège était tendu. Mais le trio a su contourner l’obstacle en nous offrant ainsi un album cadencé Power-Pop. Riffs accrocheurs, rythmiques dignes de la grande époque où le groupe martelait le fer, textes travaillés, profonds, émouvants... Le voyage auquel le trio nous convie va bien au-delà de sa musique et nous emporte, à chaque plage, dans des espaces lointains tantôt durs, difficiles, rudes (le Punk c’est cela aussi) et tantôt mélodiques à souhait, ballades Popisantes, monde merveilleux... Après l’expérience Opéra-Rock d'"Américan Idiot", le virage était à la fois difficile et tentant mais le trio de Berkeley a su manœuvrer son embarcation et utiliser toutes les ressources acquises. Les nouvelles compositions renforcent toujours plus l’implacable alchimie dont le groupe jouit depuis longtemps. Il y a dans cet album une sorte de révolution tranquille, un esprit rebelle mature, une véritable aura dont le groupe maintenant sait se servir comme il le souhaite. Les Green Day ont su garder la tête froide, savent d’où ils viennent et nous le montrent une nouvelle fois. On ne s’ennuie et ne se lasse jamais sur ce nouvel album. "21st Century Breakdown" propulse toujours plus fort, et plus loin le groupe au firmament d’une Power-Pop Punk de qualité. Mais il est vrai qu’avec un producteur comme Butch Vig, qui a fait enregistrer "Nevermind", la boucle est bouclée. Le groupe avec cette galette propose le chaînon manquant autant attendu que redouté entre Pop et Punk. Sûr qu’avec cette dernière livraison, il emmènera tous ses fans au Nirvana. ••

Philippe Sarg


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GREEN DAY
"21st Century
Breakdown"

Label :
Reprise/Warner

Année : 2009

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