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FLORENCE AND THE MACHINE, la magicienne des sons
Jénzine Magazine N°19, Janvier-Février 2010

•• Florence Welch : retenez bien son nom car vous risquez d'entendre parler de cette demoiselle comme d'un phénomène musical immanquable. Grâce à son premier album, "Lungs", Florence a conquis l'Angleterre grâce à un univers indéfinissable, à mi-chemin entre la Pop, le Rock, la Soul et la Folk. Sa fidèle comparse, la 'machine', pourrait n'être, à l'image de deux artistes Françaises, Anaïs et Émilie Simon, qu'un simple objet de bidouillages électroniques. Au contraire, représentant Florence et ses instruments de musique, elle symbolise surtout le septuor qui l'accompagne sur l'album et sur scène. Composé de Rob Ackroyd à la guitare, Chris Hayden à la batterie, Isabelle Summers aux claviers et Tom Monger à la harpe, l'outil participe à ses prestations musicales envoûtantes. Enchanteresse tantôt gothique, tantôt lyrique, Florence s'est entourée de pointures de la production actuelle pour enregistrer son album : Paul Epworth, James Ford et Steve McKay ont, sans hésiter, succombé au charme de 'la magicienne des sons' (son surnom), bout de femme inventive et créative. Inspirée par Kate Bush, Tom Waits ou Nick Cave, elle se dit flattée par sa récurrente comparaison avec Björk. Avec "Lungs", Florence raconte la transition entre l'adolescence et l'âge adulte, période trouble de sa vie, dans une imagerie féérique et ensorcelante.

Née à Camberwell dans le sud de Londres, Florence Welch connaît ses premiers émois musicaux grâce aux Rolling Stones que son père adore. Loin de se cantonner dans un seul style prédéfini, elle apprécie aussi bien Nina Simone que Dusty Springfield et grandi avec Kate Bush, sa référence absolue. 'Qu'importe l'étiquette tant que l'émotion prédomine' aurait pu être sa devise. Aujourd'hui encore, la jeune femme aime voguer d'un genre à l'autre en passant allègrement de Sam Cooke à Eva Cassidy ou Bruce Springsteen. A l'âge de treize ans et après la séparation de ses parents, Florence doit évoluer dans une famille recomposée parmi six autres adolescents. N'estimant pas trouver sa place à la maison, elle apprend à s'affirmer et commence à chanter dans les clubs, tout en participant au collectif Punk  The Toxic Cockroaches. A la fin du lycée, sa première chanson voit le jour et "Kiss With A Fist" reste bien sagement dans un tiroir en attendant d'être enregistrée pour "Lungs". Florence est convaincue qu'elle veut faire de la musique, mais ne sait pas comment s'y prendre : elle décide de suivre des cours aux Beaux-Arts et travaille pendant un an dans un bar. En parallèle, l'artiste avoue, de son propre chef, écrire ses meilleures chansons… à la suite de ses gueules de bois ! Sa personnalité, pleine de contradictions, ressort, alors, dans des textes sibyllins partagés entre atmosphères orageuses et respirations appréciées. Lorsqu'elle rencontre son manager, Mairead Nash, elle le séduit, dans un état d'ébriété, en lui interprétant un titre d'Etta James, aux toilettes (!). Après l'enregistrement de son premier album, Florence And The Machine est rapidement soutenue par les médias Britanniques, principalement la BBC qui lui permet de se produire au Festival de Glastonbury, ainsi qu'aux Reading and Leeds Festivals. "Lungs" sort finalement le 6 juillet 2009 et reste numéro 2 des charts Anglais pendant cinq semaines. Aux Brit Awards, elle repart avec le prix des critiques lors de l'édition 2009 et perce sur la scène Londonienne en se produisant dans des endroits aussi divers que le Lock Tavern, le Blue Flowers ou le Filthy Few. Car c'est définitivement sur scène que Florence And The Machine explose littéralement. Désinhibée, simplement vêtue de vêtements dégotés à la friperie du coin quelques heures avant le concert, elle apparaît comme possédée et n'a peur de rien. Au festival Français des Inrocks, en novembre dernier, elle bluffe son monde : dans une prestation outrancière et théâtrale, elle dévoile toute l'étendue d'un talent brut et présente son album à la critique et au public. Avant de la retrouver sur scène dans l'hexagone dès 2010, plongez dans un univers aussi fantasmagorique que fascinant.

S'immerger dans l'univers de Florence And The Machine, c'est lâcher prise face au monde extérieur, rencontrer des personnages aussi improbables qu'attachants et surtout se frotter à ce que la musique peut faire de mieux. Dès le premier titre, la chanteuse brouille les pistes avec "Dog Days Are Over". Inspirée par une 'installation', comme elle le reconnaît, la chanson débute telle une comptine enfantine avant de s'envoler au rythme de ses claps. Ce leitmotiv reviendra en fil rouge tout au long de l'album tant la rythmique est essentielle à la bonne tenue de ces morceaux. Ce qui frappe l'oreille, d'entrée de jeu, c'est l'incroyable puissance vocale de Florence. Loin de l'utiliser comme 'une chanteuse à voix' ordinaire, elle impressionne par une maîtrise et une aisance rares que ce soit dans les aigus ou dans les graves. Au niveau des orchestrations, c'est du grand art : batterie, guitare, piano, harpe, violons, synthétiseurs sont convoqués sans jamais sombrer dans un 'too much' de rigueur. « Les jours de canicule sont terminés » scande l'artiste qui veut prendre la fuite et tout emporter dans une rythmique entêtante et entraînante. "Rabbit Heart (Raise It Up)", sa suivante, séduit par une ambiance onirique et énigmatique. Au début très björkien succède un pamphlet sur la célébrité et les risques que certains sont prêts à prendre pour la satisfaire. En maniant métaphores et légendes mythiques (le thème du sacrifice, la référence à Midas), Florence narre son entrée dans l'industrie musicale et le courage qu'elle doit trouver pour survivre en son sein. Travaillant volontiers sur le tempo, "Kiss With A Fist" est ressorti de ses affaires d'adolescente et trouve légitimement sa place dans "Lungs" tant son écoute est une bouffée d'air frais. Après un début très saccadé à la Kate Nash, les guitares saturées se taillent la part du lion dans des influences très Rock : rien de mieux pour parler de ce « baiser avec un poing », de cette histoire d'amour entre attraction et répulsion où un couple s'aime autant qu'il se déteste. A l'image de sa personnalité pétrie de contradictions, Florence tente des incursions dans des styles beaucoup plus sombres avec "Girl With One Eye" à l'imagerie insensée. Entre Soul et Folk, 'la fille avec un seul œil' nous emmène très loin dans sa recherche des sonorités. Étirées à l'extrême, les notes s'allongent jusqu'à la transformation en un morceau Rock au deuxième refrain. Une musique forte pour un texte aussi mystérieux que violent (il traite de la vengeance d'une femme après une tromperie) où l'artiste ne craint pas d'user de métaphores choquantes (l'œil est une allusion possible aux parties génitales de sa rivale). Presque hyène dans ses cris distordus, Florence fait de "Girl With One Eye" le meilleur titre de l'album. Plus tendre avec "I'm Not Calling You A Liar" où elle joue l'amoureuse, Florence évoque un lyrisme passionné dans "Between Two Lungs", une des premières chansons enregistrées. Au lieu d'utiliser des percussions, elle a préféré taper avec ses mains sur les murs du studio et élaborer la mélodie sans même savoir jouer du piano. Chanson étrange sur un amour éperdu, la chanteuse raconte ce que l'amour lui a apporté, sans tomber dans les clichés et lieux communs (« The air has filled me head-to-toe / And I can see the ground far below »). Le ressac des cordes dans "Howl" se frotte à des influences aux frontières de l'électro où l'artiste se métamorphose en loup-garou sous l'effet du désir en avouant « If you could only see the beast you made of me » (« Si seulement tu pouvais voir la bête que tu as faite de moi »). Florence And The Machine aime tellement les sonorités qu'elle leur consacre même un morceau entier avec "Drumming Song" où les claps, la batterie et les chœurs sont à l'honneur. 'La Chanson du roulement de tambour' devient une chanson d'amour métaphorique sur un cœur qui bat, allégorisé par l'instrument de musique. Au milieu de ces différentes pièces, "Cosmic Love" est LA chanson planante de l'album, que ce soit dans ses intonations à la Dolores O'Riordan (emblématique chanteuse des Cranberries) ou dans ce texte sur une rupture amoureuse. Florence capte l'essence du sentiment de vide et d'abandon qui peut en découler, le symbolisant par un ciel voilé et sans étoiles (« A falling star fell from your heart and landed in my eyes »). Plus conventionnel et répétitif, "Hurricane Drunk" raconte l'ouragan que déclenche la tromperie (« I never felt so alive and so dead ») et les effets secondaires sur l'être délaissé. Musicalement imparable, "Blinding" regroupe dans l'envol de ses arrangements toutes les influences passées pendant que Florence s'attelle à une relecture du mythe de Blanche-Neige. Enfermée dans le 'mauvais monde', la jeune fille est aveuglée par ce qu'elle croyait véridique (« No more dreaming like a girl so in love with the wrong world »). OVNI de l'album, "My Boy Builds Coffins" est le petit plaisir de l'opus : plus Pop et Folk que jamais, plus acoustique et épuré que ses prédécesseurs, il traite d'un constructeur de cercueils (thème décidément à la mode depuis le "Je Gagne Ma Vie Avec Les Morts" de Vincent Baguian sur un employé des pompes funèbres). Quasiment bizarre dans sa thématique, le titre se révèle surtout extrêmement touchant. Enfin, l'album se termine avec "You've Got The Love", le titre le plus optimiste, très orchestré, sur la pureté de l'amour et nous permet d'achever ce voyage en beauté.

« Je veux que ma musique sonne comme un saut dans le vide, du haut d'un arbre ou d'un immeuble, ou comme la sensation d'être aspiré dans l'océan sans pouvoir respirer », avoue Florence Welch. Appeler son album "Lungs" ('Poumons') et vouloir asphyxier son public représente bien toute la contradiction qui habite l'univers de Florence And The Machine. Dans ses textes, bien loin d'être insensés, mais surtout émouvants et magnifiquement écrits, l'artiste dévoile une fantastique personnalité musicale telle une sorcière distillant ses sortilèges dans des envolées féériques et authentiques. Entre délicatesse et hystérie, "Lungs" s'impose comme l'un des albums révélations de l'année 2009. Parfois déroutant, sombre, enjoué, il ressemble à son interprète et étonne par son inventivité. Formidable patchwork entre chansons d'amour tendres ("I'm Not Calling You A Liar", "My Boy Builds Coffins"), titres rocks endiablés ("Dog Days Are Over", "Rabbit Heart (Raise It Up)"), ambiance soul torturée ("Girl With One Eye") et objets non identifiés ("Howl", "Blinding"), le premier album de cette artiste épatante pourrait bien être le précurseur d'une longue série. Actuellement en tournée dans toute l'Europe, ainsi qu'en Australie et au Japon, elle investira Le Bataclan en Février prochain pour l'un de ses shows endiablés. Retenez bien son nom, il va désormais falloir compter avec Florence et sa machine infernale. ••

Céline Bourdin


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FLORENCE
AND THE MACHINE
"Lungs"

Label :
Island/Universal

Année : 2009

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