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DAN BLACK, Un
Jénzine Magazine N°19, Janvier-Février 2010

•• Dan Black… Dan Black... Vous avez beau vous creuser la tête et pourtant ce nom très commun ne vous évoque rien de précis. On ne parle ni du leader des Pixies, ni de l’acteur déjanté membre du délirant groupe Tenacious D, respectivement prénommés Frank et Jack. Il est pourtant fort probable que vous connaissiez cet autre musicien au travers de certaines de ses créations. Les titres "Orchestra" et "Liquefy", ornés de leurs mélodies imparables, ont en effet pris les radios Françaises d’assaut durant l’année 2004. Notre artiste mystère n’est ainsi autre que l'ancien leader du quatuor Indie Rock Londonien The Servant.

Leur premier album éponyme connaîtra un très grand succès et la France sera leur meilleur public avec plus de 150 000 exemplaires vendus. En 2006, son successeur, "How To Destroy A Relationship", ravit les fans du groupe et convertit même de nouveaux adeptes, avec notamment le titre "Hey Lou Reed". Le titre de l'album se révélera pourtant prémonitoire, puisqu’à l'été 2007, presque dix ans après sa formation, The Servant annonce sa séparation à l'amiable, chacun de ses membres ayant décidé de poursuivre sa propre voie. Dan Black, qui composait déjà les premières démos de The Servant seul sur son ordinateur, préfère abandonner le son d'un énième groupe à guitares pour revenir à ses premières amours.

Conquis par l'accueil qui lui a été réservé en France, c'est tout naturellement à Paris, au cœur du quartier du Marais, que Dan Black, leader et principale force créatrice du groupe choisit de s'installer définitivement. Dans son home studio, il bidouille quantité de sonorités. Il expérimente tout ce qui lui passe par la tête, avec des mélanges plus ou moins heureux, lors de sessions de DJ notamment. De cette activité intensive naît une première démo intitulée "Hypntz". Cet hymne sincère au rappeur Américain Notorious BIG mélange les paroles du titre du même nom aux beats d’Umbrella de Rihanna et aux cordes de la B.O. de Spaceman de John Carpenter. Son clip où on le voit répéter à feu Biggie que ses paroles l'hypnotisent fait rapidement le tour du monde.

Ce titre sera unanimement salué aux Etats-Unis, de même qu'en Angleterre. Dans son pays d'origine, où son groupe n'a jamais réussi à surnager de la masse des quatuors indie, Dan Black est élu meilleur espoir masculin Pop de 2009. Sur Radio 1, son titre est même qualifié de 'best track of the world' par DJ Zane Lowe et de 'single of the week' chez Jo Whiley. Lorsque quelques semaines plus tard, il dévoile ses deux nouvelles vidéos Yours et Alone sur son MySpace, c'est un véritable raz de marée qui s'abat sur l'artiste puisqu'elles seront visionnées plus de 500 000 fois !

Ce succès aussi soudain qu’inattendu pousse toutes les maisons de disques à proposer leurs services à Dan Black. Il choisit finalement A&M (Duffy et Snow Patrol notamment) et décide de rester fidèle à l'équipe de Recall via sa nouvelle incarnation, The Hours, pour la France. Après tout ce buzz, l’attente autour de ce premier album sobrement intitulé "Un" est donc au rendez vous.

 L’écoute des douze titres commence en fanfare avec les chœurs du bien nommé "Symphonies". Il s’agit en fait du fameux "Hypntz" remis au goût du jour et raccourci. Visiblement, les ayant droits du rappeur Américain à qui était destinée la chanson originale n’ont pas donné leur accord pour que les paroles du rappeur soit reprises. Dan Black les a donc modifiées en les rendant un peu plus sombres. Il demande désormais qu’on lui donne « des symphonies et plus que la vie qu’il entrevoit ». Avec une batterie simple à la "Walk This Way" et une magnifique harmonie de voix, c’est une belle ode à la magie et à une vie meilleure qui nous est proposée.

Les titres rythmés, véritables appels à la piste de danse s’enchaînent. "U + Me =" fait très R'n'B avec ses samples posés sur une mélodie simple et accrocheuse. La voix perchée et le passage avec cordes sonnent très Vampire Weekend.  Sur "Alone", on a affaire à de la pop moderne ultra efficace. On en retrouve tous les ingrédients avec le riff de basse entraînant à souhait, les claquements de doigts, les claviers omniprésents et l’ensemble qui revient au premier plan pour le refrain. C’est tout simplement imparable et il y a fort à parier qu’on entendra bientôt ce morceau un peu partout. "Yours" comporte un beat véritablement entêtant avec un simple riff de guitare acoustique, digne du meilleur des dance floors. En fermant les yeux, on pense même au Radiohead électro minimaliste accompagné des mains qui claquent comme il se doit. Avec "Pump My Pumps",  on a l’impression d’écouter du Chemical Brothers tant la recette des DJs Anglais semble avoir été reprise à l’identique. On pense aussi aux Black Eyed Peas avec le riff de guitare funky ou la voix robotisée parfaitement dans l’ère du temps. Vos jambes auront décidément bien du mal à résister à ce titre. Le beat de "I Love Life" sonne très (trop ?) R'n'B, ce qui lui donne un caractère très immédiat et festif.

Le côté face de Dan Black se révèle tout aussi intéressant. Avec l’intro à la beat box, l’ambiance flottante, le refrain catchy,  le riff de guitare Pop et les montées de voix bien senties, tout y est dans le titre "Ecstasy". On pense même à du bon Robbie Williams, ce qui est plutôt flatteur. "Wonder" avec son intro planante et sa rythmique tribale met bien avant la guitare et la basse pour donner lieu à un titre entraînant malgré sa relative noirceur. On est même rappelé au bon souvenir de The Servant par ce morceau Electro Pop réussi. Avec ce léger son de batterie, agrémenté d’un magnifique arpège à la guitare et d’un chant doux et posé, "Cigarette Pack" prend aux tripes. Le final où la guitare et le piano répondent à une harmonie vocale de toute beauté atteint des sommets. Dans "Life Slash Dreams", titre épuré au possible, on plane entre vie et rêves. Les nappes font penser au meilleur de The Killers et nous enveloppent pour nous emmener. C’est décidément lorsqu’il est le plus à nu que Dan Black frappe le plus fort. "Cocoon" en est le meilleur exemple. Avec un  arpège aéré à la guitare, quelques notes douces bien senties et des beats Electro éthérés qui rappellent l’Emilie Simon du début, on est littéralement emporté sur un nuage. C’est magnifiquement bien enveloppé et on se sent léger, ravi de prendre part à cette désarmante déclaration d’amour. Le titre final de l’album, "Let Go", avec sa sonorité Rap typique est bien plus complexe qu’il n’y parait. L’arpège dépouillé à la guitare est enrichi par des chœurs et de jolies notes au piano. Dan Black nous gratifie même du seul solo de l’album à la guitare. Le final est somptueux avec sa rythmique guitare calme et les violons, qui ne sombrent jamais dans le niais.

A l’écoute de ces ¾ d’heure de créations, il ne fait aucun doute que Dan Black a tourné la page de The Servant. On y retrouve sa voix bien entendu, mais c’est beaucoup plus varié et bien moins facilement définissable que par le passé. En présentant son album, il affirme « Je suis attiré par la musique orchestrale, les B.O. de films, ainsi que par Sigur Ros ou Radiohead, ces artistes qui touchent aux mystères de la vie. Mais en même temps, j’aime le côté éphémère et sucré de la Pop, ces petits bouts de musique l’on a très envie d’écouter dix fois de suite, puis plus jamais. J’aime aussi le Hip-Hop avant-gardiste, le R n’B, le Prince des années quatre vingt, les trucs groovy qui possèdent un je-ne-sais-quoi de légèrement bancal. Sans oublier les grands auteurs comme Morrissey, Lou Reed, ou Dylan. Moi, je bricole autour de tout cela, en essayant de créer quelque chose qui m’est propre. » On ne peut nier en effet les nombreuses influences qui sautent aux oreilles, à la première écoute. Mais force est de reconnaître qu’elles sont assumées et digérées pour devenir de jolies pièces de musique, propres à leur seul auteur. De cette mosaïque de sonorités ressort une unité, un fil conducteur évident. Dan Black trouve toujours le truc, la mélodie qui fait mouche et fait montre de ses talents de faiseurs de tubes. Qu’on ait juste envie de se trémousser ou qu’on aime se faire porter par la beauté d’un morceau plus calme, on trouvera forcément son bonheur dans cet "Un", qui s’apparente à une franche réussite pour un premier essai en solo. Et comme Dan Black aime la France, il n’est pas impossible que vous le croisiez sur la route au cours des mois à venir. ••

Jérémie Covo


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DAN BLACK
"Un"

Label :
Polydor/Universal

Année : 2009

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