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CARMEN MARIA VEGA, Mademoiselle Grand Art
Jénzine Magazine N°18, Novembre-Décembre 2009



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•• Il ne nous restait plus que quelques semaines avant la parution du nouveau numéro de Jénzine. Mais voilà, quelque fois tout se bouscule à la dernière minute. C’est comme ça par chez nous. Après avoir entendu la chanson "La Menteuse", il nous était devenu impossible de ne pas penser une seconde à consacrer un bel article au sujet de cette artiste époustouflante que l’on appelle Carmen Maria Vega. Cette chanson, nous l’avions définitivement en tête, signe qu’il devait bien se passer quelque chose de plus intéressant du côté de l’album d’où elle en était extraite. A l’heure où la Variété Française s’ 'acoustise', il nous fallait donc voir plus loin que ces morceaux à l’allure simplistes que l’on essaye, tant bien que mal, de nous faire digérer ces derniers mois. Certes, ces derniers temps, on parle beaucoup de Thomas Dutronc. On le croise d’ailleurs sur cet album, bien à sa place (non pas chanteur, mais en simple guitariste). Et tant bien même si l’album de Carmen s’est enregistré avec la même équipe que ceux de Thomas, aux dernières nouvelles c’est bien le potentiel d’un artiste qui fait la qualité d’un disque et non le contraire. Des morceaux simplistes disions-nous, à placer loin derrière de riches proses et des solos dynamiques, tel que sait si bien faire un dénommé Sanseverino. D’un coup d’un seul, à l’écoute de ce premier album éponyme de Carmen Vega, nous nous sommes également rappelés au bon souvenir d’un album paru sept ans plus tôt : "Le Sac Des Filles" de Camille. Mais que vient-elle faire ici, elle ? On sait ce que vous allez nous répondre. Mais attention toutefois à ne pas faire l’amalgame car, à ce jour, Camille a fini par se perdre dans les méandres d’une musique doucement folle (évitez-nous les éloges sur "Music Hole" s’il vous plaît) et, de surcroît, a perdu très tôt la fraîcheur qui dégageait de son premier opus (que l’on vous conseille d’ailleurs d’écouter très attentivement). Naïfs que nous étions en cette chère époque. Nous pensions même que Camille allait continuer sur cette lancée, mais hélas… Quoi qu’il en soit, sept ans plus tard, les artistes qui illuminent un album à la première écoute continuent d’être ceux qu’il ne faut absolument pas rater. En cette fin d’année, la sensation féminine musicale Française qu’il nous manquait tant en 2009 a fini par débarquer. Avec sa gueule d’amour et ses frasques vulgo-poético-trashy-élégantes, le tout couvert par la plume assassine de Max Lavegie, Carmen Maria Vega a ce don si rare de vous épater en un quart de secondes. Au final, nous sommes tombés amoureux de son premier album, véritable bijou à se procurer absolument, tant il vaut de l’or. Tout un personnage pour une galerie de personnages. Une façon très théâtrale de faire de la bonne musique. Et Dieu que c’est bon !

La jeunesse hexagonale est en passe de révolutionner la chanson Francophone (on se souvient du choc musical offert cette année par les lavallois Archimède). Voilà une raison de plus pour découvrir Carmen Vega, une artiste que l’on ne veut (et que l’on ne peut) décidemment pas cataloguer. Ni indépendante, et pas encore grand public, bien au contraire… Vous pensiez la France exempte d’artistes doués ? Vous aviez totalement tort. Et si, jusqu’à présent, vous n’aviez aucunement entendu parler de Carmen, vous allez très certainement passer le reste de cette fin d’année à divulguer l’information à vos proches. Oui, car une fois que vous aurez entendu ce petit bout de femme au caractère bien trempé, vous serez sous le charme. Surtout que la brunette ne manque pas de personnalité pour persuader. En elle seule, on y voit Edith Piaf et Arletty qui auraient croisé la fougue de Sid Vicious et de ses Pistols (toutefois, n’allez pas vous imaginer Piaf avec une crête de cheveux fluos). La belle Carmen, qui trouve ses origines au Guatemala, puise justement ses influences dans le Punk (les grolles Doc Martens au verso de la pochette en témoignent). Mais c’est aussi, et surtout, grâce au Jazz qu’elle en est là aujourd’hui. « Il n’y avait pas de chanson Française dans mon enfance et dans mon adolescence, explique l'intéressée. On m’a bien offert un CD d’Edith Piaf quand j’avais quinze ans, mais ce ne sont pas les interprètes Français qui m’inspirent. C’est plutôt Ella Fitzgerald ou Billie Holliday, que j’écoute depuis toujours, même si je ne comprends rien à ce qu’elles disent ! ». Et puis, n’oublions pas de citer la musique manouche, une autre de ses influences (cette dernière décidemment très tendance en ce moment). Lorsque l’on écoute Carmen chanter, on y décèle vite un attrait pour le théâtre. Déjà dans "La Menteuse", elle s’amuse à imiter une blonde : « Ah moi ? Ah bon ? Merci ! ». Rien d’étonnant puisque, pour Carmen, le théâtre a toujours été une passion. « Ma mère m’a mise au cours de théâtre quand j’avais sept ans, insiste t’elle, et pour moi la scène est évidente. Alors que le studio, c’est plus fastidieux ». Une passion qu’elle saura habilement mélanger à la musique lorsqu’elle rencontrera Max Lavegie en 2005, un auteur et ex-ingénieur du son en Grande-Bretagne, qui se définit à ce jour comme le ‘parolier et le compositeur de la grosse Carmen’. Sans lui, la magie pourrait tout autant s’opérer mais, c’est connu : plus on est nombreux, mieux c’est. « Quand Max écrit, c’est souvent juste et cruel, souligne Carmen. Même quand elles se veulent intimistes, ses chansons restent dures, voire un peu noires ». Le duo croise alors sur sa route un certain Alain Arnaudet, contrebassiste depuis dix ans chez Les Gueules de Bois, qui sera rejoint un peu plus tard par le batteur et percussionniste Toma Milteau. « Depuis le début, on nous appelle 'Les Carmen', lance la belle, même quand nous étions un duo ». La petite troupe une fois réunie, n’a plus qu’une chose à faire : enregistrer un premier maxi. A cet instant, certains auraient choisis d’enregistrer ce dernier en studio. Le quatuor, tout fraîchement formé, préfère plutôt capter l’énergie d’un bon live. Au final, ce sont cinq titres parcimonieusement choisis qui vont paraître. Cinq morceaux où la fougue de Carmen éclate au grand jour et ne passe – bien entendu - pas inaperçue. Mieux : cet EP, qui en dit déjà long sur le devenir du groupe, va largement se faire remarquer auprès du public et auprès de la profession. Puis, en Novembre 2008, le quatuor magique, toujours emmené par la frontwoman Carmen, assure la première partie de Tryo au Casino de Paris. Le public, conquit, découvre l’éloquence directe et la vivacité artistique qui émane des quatre là. Carmen et ses compères ont tout gagné.

Chez Carmen Maria Vega, ce sont les mots si goulûment sélectionnés, ces paroles acerbes et finement sincères, qui font de chaque écoute un voyage si intense et unique. Et puis Carmen s’en fout. Carmen chante et Carmen vous aime (quand ce n’est pas autre chose). C’est poignant, vif, vrai et cash. Avec une pointe d’ironie, un brin de malice, d’humour et beaucoup de créativité, on ne peut pas vraiment être déçu. Comment l’être ? L’opus a l’intelligence de débuter sur le très convaincant single "La Menteuse", qui tourne depuis Juin sur la toile. Nombreux sont ceux qui ont rapidement succombé à la fraîcheur de ce titre, à ses tonalités gipsy réussies et à la fluidité de son interprétation. Il faut dire que cette chanson est littéralement très bien travaillée. « Je fais croire que j’ai connu Brad Pitt, d’ailleurs l’a pas une si grosse… Enfin, j’aurais su, j’aurais pas venu, en plus l’est pas si beau tout nu », martèle la Guatémalto-Lyonnaise. Et puis ce petit mixage à la Pink Martini y est sûrement aussi pour quelque chose dans l’histoire. Tout aurait pu s’arrêter là. Seulement, l’album est truffé de petits détails, de petits vices titillants, de bonne humeur comme de méchancetés bien envoyées. Ce qui a le don de vous rendre accro à cet album. On appréciera "Hiérarchie" et son petit côté provoc’, mêlant ‘fausse’ gentillesse (disons-le carrément : faux-cul) à une écriture rageuse. « Je deviens ton amie, hiérarchie » ; un refrain, aux allures de Rita Mitsouko, dont les simples paroles auraient largement pu convenir à Metal Urbain. Carmen se fait d’ailleurs un malin plaisir d’y décliner le ton de ses « bonjour, pardon, merci ». Il y a aussi "Les Antidépresseurs", sa mélodie parfaitement amenée et ses accords modestes. En se penchant sur les paroles de ce titre, on admire le travail de l’écriture. « Je grossis le trait, rassure-t-elle. Je suis gueularde et très énergique aussi dans la vie, mais je n’ai jamais pris d’antidépresseurs ! ». Le titre "Avec Mon Poto" est Jazzy, légèrement cuivré et, dans le fond, toujours agrémenté de ce petit côté surprenant que l’on aime tant. Et lorsque Carmen attaque "Bozotomie", on assiste à un concentré de fureur. Toute l’énergie des Carmen y éclate, au naturel. « Société de fou, foutez moi la paix, je veux rester seule, s’il vous plaît, seule avec ma sale gueule » chante t'elle. Une grande contraste s’opère alors avec la très douce "En Attendant" où la diva des temps modernes séduit nos oreilles avec cette fois son côté féminin (et non masculin-rageur pour le coup). Envolées de clarinette et de piano, que l’on doit ici à Xavier Bussy, le tout sur lit de guitare, avec un coulis d’amour, cette chanson est un petit bonheur à elle seule. On appréciera également "Monsieur", déguisée en une jolie valse, que Piaf elle-même aurait pu interpréter.

Carmen Maria Vega est douée. Le trio derrière elle l’est aussi. Mais, finalement, qui l’est le plus ? Quoi qu’il en soit, c’est une réelle découverte, un pot pourri de chansons aussi magnifiques que magnétiques. Ce quatuor inattendu a de quoi faire pâlir bon nombre d’artistes qui, très sagement, grattent une guitare ou empoigne la plume pour écrire quelques mots. Carmen Maria Vega met la barre très haut, sans le faire exprès, et interprète avec force ses mots qui lui vont si bien, tout en incarnant avec talent une galerie de personnages. Résultat ? L’album est réussi de fond en comble. Il aura fallu quatre ans de travail pour aboutir à ce premier album, car il en fallait bien un. Pas évident d’ailleurs de retranscrire l’énergie spontanée d’un live entre les quatre murs d’un studio. Fort heureusement, le tout a été enregistré - en deux sessions de dix jours - aux légendaires et très modernes studios ICP à Bruxelles par Erwin Autrique (Eiffel, Calogero, Pleymo, Riké, Mokaiesh,…). Auraient-ils pu trouver meilleur endroit pour accoucher de cette fougue ? Les morceaux y sont entraînants, fourbes, humoristiques, sarcastiques… La musique y est joyeuse, rythmée, espiègle et… acoustique. Une vraie merveille. Nous terminerons notre article sur une phrase dénichée dans les remerciements du groupe, et que nous avons trouvé amusante : merci aux contrôleurs SNCF indulgents avec la contrebasse !. Après tout, c’est ça aussi d’être des artistes. On ne vous le redira pas deux fois : ne ratez vraiment pas ces quatre là ! ••

Jen Kidonÿ


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CARMEN MARIA VEGA
"Carmen Maria Vega"

Label :
AZ/Universal

Année : 2009

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