BIRELI LAGRENE, guitar-hero du Jazz Manouche Jénzine Magazine N°18, Novembre-Décembre 2009
•• En pleine période de redécouverte du Jazz manouche, le « phénomène de la guitare » ainsi nommé par John McLaughlin, sort un nouvel album, "Gipsy Trio". Biréli Lagrène, digne héritier de Django, est un virtuose du Jazz Manouche et plus généralement de la guitare. Il reconnaît comme influences, Django Reinhardt, George Benson et Wes Montgomery. A travers son impressionnante discographie, on devine son goût pour la scène et le travail en équipe. Ce n'est alors pas un hasard de constater que pour ce nouvel opus, Biréli Lagrène s'entoure une nouvelle fois de Diego Imbert (à la contrebasse) et Hono Winterstein (à la guitare rythmique). Le trio livre un album de quatorze titres où il reprend des standards de la musique ("Singin' In The Rain", "Lullaby of Birdland").
Né à Soufflenheim (Bas Rhin), Biréli aujourd'hui âgé de quarante-trois ans, a très tôt montré son intérêt pour la musique. Issu d'une famille de tradition Manouche, il commence à jouer de la guitare à quatre ans. A huit ans, il s'attaque au répertoire de Django Reinhardt, guitariste de Jazz légendaire, un des précurseurs du Jazz Manouche. Le jeune Biréli révèle son talent et remporte à douze ans un festival de musique Tzigane à Strasbourg. L'année suivante, il part en tournée en Allemagne. En 1980, il n'a même pas vingt ans lorsqu'il enregistre son premier album "Routes To Django". Ce génie précoce part aux Etats-Unis où il joue avec de nombreux musiciens de renom : Benny Goodman (clarinettiste et saxophoniste), Stéphane Grapelli (violoniste et jazzman), Benny Carter (saxophoniste, tromboniste, chanteur) ou encore Larry Corriel (guitariste). Il collabore avec ce dernier sur "The Super Guitar Trio", en compagnie du guitariste Italo-Américain, Al Di Meola. Au fil de ses rencontres, Biréli se perfectionne et fait évoluer ses sonorités. Sa rencontre avec le bassiste Jaco Pastorius le tourne vers le Fusion Jazz. Pastorius et Lagrène entament alors une tournée Européenne en 1984. Le son de l'Alsacien se rapproche du Rock jusqu'à ce qu'il revienne à une musique plus acoustique au début des années quatre vingt dix. Un retour qui coïncide avec la sortie d' "Acoustics Moments" où, en plus de jouer de la guitare, il s'illustre à la basse électrique. Tout au long de sa carrière, Biréli Lagrène multiplie les collaborations : « Je ne peux pas concevoir la musique sans qu'elle soit partagée avec d'autres musiciens, c'est vraiment vital ». Il travaille par la suite avec Didier Lockwood (violoniste), Richard Galliano (accordéoniste), Stochelo Rosenberg (guitariste), Sara Lazarus (chanteuse) et Sylvain Luc (guitariste). Il enchaîne succès critiques et commerciaux. Son talent est reconnu par le public et par ses pairs. L'un des fils de Django Reinhardt, Babik, le qualifiera même de digne successeur de son père. Diego Imbert est, quant à lui, né en 1966 à Paris où il suit une formation de violon avant de se tourner vers le Jazz dans le milieu des années quatre vingt. Il étudie ensuite la contrebasse. On le retrouve régulièrement au côté de Biréli Lagrène depuis 1998. Hono Winterstein, quant à lui, voit le jour en 1952. Sa carrière musicale commencera durant son adolescence.
"Gipsy Trio" est une nouvelle fois l'occasion pour Biréli Lagrène, Hono Winterstein et Diego Imbert de revisiter des standards de la chanson, qu'ils font swinguer avec talent. Ce nouveau disque bénéficie d'un succès critique, qualifié comme l'un des meilleurs albums de Biréli Lagrène. Celui pour qui la musique est un jeu, parvient avec ce dernier à nous faire partager son enthousiasme à travers ces quatorze titres. L'album s'ouvre sur "Lullaby Of Birdland" (George Shearing et George David Weiss) et "New York" (Eddy Barclay). On le voit, Biréli Lagrène a été puisé l'inspiration dans plusieurs styles musicaux : « J’ai toujours été quelqu’un d’éclectique, capable de se promener sur différents styles. Stagner sur un répertoire, aussi beau soit-il, ce n’est pas moi ! La musique est faite pour voyager, pour découvrir d’autres horizons. Dans mon cas, c’est vital ». Il reprend merveilleusement "Le Soir" de Loulou Gasté, suivi de "Limehouse Blues" à l'intro remarquable. Suivent "Poinciana" (Buddy Bernier, Nat Simon), "Schön Rosemarin/Night And Day" (Cole Porter) et la ballade signée Biréli Lagrène "Sir F.D.". On retrouve également un titre du plus célèbre groupe Pop Anglais, The Beatles : "Something". Une autre composition de Lagrène est présente. Il s'agit de "Made In France", titre qu'il avait déjà enregistré avec Sylvain Luc en 1999. D'autre part est présente la reprise de la mythique "Singin' In The Rain" immortalisée par Gene Kelly dans le film de 1952 Chantons Sous La Pluie. "Tiger Rag", "Change Partners", "Micro" et "Be My Love" ferment l'album. "Micro" est le seul titre de Django Reinhardt que Biréli fait figurer sur ce disque. A noter aussi, la participation du ténor Roberto Alagna sur "Be My Love" : « Il y a un an et demi, il a dit son désir de jouer à mes côtés lors d’une émission radio. Je suis donc allé le voir, et c’est vrai que cet immense chanteur semblait bien connaître ma musique et ma carrière. Du coup, nous sommes restés en contact, faisant quelques émissions ensemble. Au moment du disque, j’ai donc osé lui demander de venir ».
Artiste éclectique, au talent magique, Biréli Lagrène nous envoute, une fois de plus, par son sens du rythme. Il nous démontre qu'il ne se contente plus de son statut d'héritier de Django Reinhardt mais que sa riche culture musicale lui permet d'aborder d'autres horizons : « Je ne voulais pas refaire trop de titres autour de Django, comme c’est le cas depuis quelques années. L’idée était de choisir un répertoire plus ouvert, tout en gardant le fond du Swing Manouche, ce son typique. Je voulais voir un peu ailleurs, sans oublier d’où je viens et qui je suis. Ce sont des musiques que j’aime aussi : les Beatles, j’ai écouté ça adolescent, comme AC/DC. Mes goûts étaient très variés, j’aimais entre autres le Rock ». "Gipsy Trio" est alors le bon disque pour plonger dans l'univers de Biréli Lagrène, et avoir l'occasion de réécouter des standards de la musique, tout en découvrant ou redécouvrant le Swing Manouche. ••