Article : AYO, trois lettres de beauté
Parution : Jénzine Magazine N°12, Novembre-Décembre 2008
•• Lorsque l’on cite le nom d’Ayo, il est irrémédiablement associé au succès de son premier album "Joyful". Après tout, c’était il n’y a pas si longtemps et son souvenir en restera pas moins indélébile. En Novembre 2006, pour être précis, cette belle chanteuse au charme métisse, influencée par The Wailers, Marvin Gaye ou encore Donnie Hattaway, nous offrait sur la tracklist de son album le morceau "Down On My Knees", une mélodie Afro-Blues /Folk séduisante qu’elle interprétait avec un timbre de voix sans pareil et qui ira bien vite réveiller l’Hexagone à coups de Down On My Knees, I’m begging you… On savait la France fan de Keziah Jones, elle deviendra fan d’Ayo et l’accueil s’avérera on ne peut plus chaleureux pour cette dernière. L’auteur-compositeur va alors y trouver un public conquit par ses chansons. Le résultat ? Un disque d’or. 450 000 copies de ce premier album vont s’envoler dans l’Hexagone pendant que l’artiste se figera trente semaines durant dans le Top 20 des meilleures ventes. Bien sûr, un succès n’arrivant jamais seul, on la retrouvera quelques temps plus tard pour cinq dates à l’Olympia de Paris où la célèbre salle sera bondée de monde… c’est ce qu’on appelle jouer à tickets fermés. Pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’assister à ces magiques prestations dans la Capitale, le DVD "Live At The Olympia" sera bien vite leur consolation. N’oublions pas enfin la nomination d’Ayo aux Victoires de La Musique 2007 dans les catégories Artiste Féminine de l’Année et Meilleur Clip. Fort de ce premier succès, "Joyful" sortira ensuite dans quarante autres pays et se fera même entendre jusqu’aux Etats-Unis fin 2007 avant d’être suivi de près par une tournée Américaine. Un belle aventure où Ayo n’a pas vraiment trouvé un moment pour souffler.
Aujourd’hui, c’est une complète transformation. Ayo est devenue une maman comblée. A l’image de ces couleurs flamboyantes qui ornent la pochette de son nouvel album, les chansons semblent, elles aussi, davantage colorées. "Gravity At Last" sonne comme un renouveau, une renaissance pour la jeune femme. D’ailleurs, le titre de l’album le confirme. « "Gravity At Last", c’est une délivrance, certifie l’intéressée. 'At Last' (ndlr : enfin) signifie surtout que je suis aujourd’hui plus sereine, plus en paix avec moi-même. Je me sens plus forte désormais, et je laisse le passé derrière moi ». Faisant preuve d’une maturité exemplaire, ce nouveau disque est à son image. Ceux qui ont aimé l’univers de "Joyful" vont apprécier les treize nouveaux titres que "Gravity At Last" renferme. Frais, agréable, empli d’un parfum exotique, le bonheur de la réentendre s’annonce quasi-incontournable.
Il faut revenir au début de l’année 2008 pour y trouver les racines de cet album. Ayo pose alors ses valises aux Bahamas, dans les célèbres studios de Compass Point qui ont hébergés bien des légendes, de Bob Marley aux Rolling Stones en passant par les dynamiques B’52’s. Aux manettes, on retrouve à nouveau Jay Newland, producteur du précédent album mais aussi de l’incroyable "Come Away With Me" de Norah Jones. Ayo, elle, coproduit pour la toute première fois. Que l’on ne s’y trompe pas, la belle est une habituée des instruments vintage et préfère travailler à l’ancienne, avec l’irremplaçable technologie analogique. Une façon de procéder qui donne d’autant plus d’intensité à son travail et à ses chansons. Côté collaborations, les choses prennent une tournure différente. De nouveaux musiciens font ainsi leur apparition dont Lucky Peterson, un précieux collaborateur, avec, derrière lui, ses quarante années dans le mouvement Blues. On le retrouve aux claviers (orgue Hammond B3 et Wurlitzer) sur de nombreux titres. Ayo s’entoure également de Larry Campbell, déjà présent sur "Joyful". Un guitariste de renom que l’on a pu notamment voir aux côtés de Bob Dylan.
Pour Ayo, cinq jours de séances d’enregistrement auront suffit. Tout comme "Joyful", l’artiste a préféré un enregistrement authentique et honnête. « Je n’avais pas de raison particulière de tout changer du jour au lendemain, précise-t-elle. La musique reste ma thérapie, et l’honnêteté ma bannière ». Alors que la vague Reggae Folk est au beau fixe, la belle va en contre-courant et propose un disque métissé fait de Blues, de ballades et de chansons gospel. On note également l’arrivée des cuivres (trompette, trombone, saxophone) qui apporte un son chaleureux et puissant, une deuxième jeunesse. On retrouve bien évidemment la voix délicieuse et feutrée de l’artiste qui, par de petites touches, attrape avec spontanéité l’émotion en plein vol. En guise d’ouverture, c’est la nerveuse "I’m Not Afraid" qui réchauffe nos oreilles. Rapide, chaleureusement Africain, ce morceau est une belle démonstration de la fougue et l’assurance qui habite l’artiste aujourd’hui. Nous allons bien sûr fondre pour le ‘Ayo Blues’ sur "Maybe", un style musical qui lui va comme un gant. Un grand moment de musique. Avec "Low Slow (Run Run)", c’est un retour plus prononcé vers un Afro Funk, mélangé à une prononciation exotique et à une mélodie entêtante qui ne pourra que vous rester en tête. Une belle réussite qui traduit la spirale folle du succès dans laquelle l’artiste a du maintenir son propre cap. Vient ensuite "Love & Hate", une bien belle ballade qui rappelle le son ambiant de "Joyful". Après avoir goûté aux saveurs Reggae de "Get Out Of My Way", nous fondons littéralement pour la force vocale et la profondeur musicale donnée dans "Better Days" où Ayo dévoile une grande sensibilité. Après ce passage quelque peu mélancolique, c’est au tour de "Change" de résonner. Rythmée et persuasive, elle demeure très dansante. « Le disque est plus porté sur la rythmique, tout en gardant la voix et la guitare au premier plan », explique l’artiste. Avec "Piece of Joy", un moment de volupté nous enivre mais c’est "Lonely" qui va attirer toute notre attention. Le chant d’Ayo, le flow Reggae et la grande qualité de jeu nous interpelle. « "Lonely” peut tout à fait être interprétée comme une chanson d’amour, explique Ayo, mais c’est avant tout un titre sur mon père, écrit en tournée alors que je l’avais perdu de vue depuis des mois ». Puis, avec "Sometimes", la chanteuse nous emmène sur un terrain Folk et se montre, une fois de plus, éclectique. Douce, avenante, Ayo amène un morceau enchanteur fait de petits passages féériques, joué avec simplicité. Une chanson comme on les aime. "Mother" est réussie et certainement la plus travaillée de "Gravity At Last". C’est aussi le plus long morceau de l’album et une maman qui s’y exprime. « C’est la maturité d’une fille devenue mère, précise Ayo. Mon rôle social a évolué : Je ne suis plus l’enfant de mes parents, mais la chef de famille. Beaucoup de choses ont changé dans ma vie, je suis plus mûre, plus adulte, je suis devenue une femme aujourd’hui. Je comprends désormais des choses que je ne comprenais pas auparavant. » Avant de nous quitter, Ayo laisse à la fin de cet album un magnifique Slow Gospel baptisé "Thank You", magnifique forme de politesse tout en musique qui conclut admirablement cet opus très complet.
Tout en élargissant son spectre musical, Ayo laisse entrevoir avec "Gravity At Last" l’empreinte d’une période de sa vie. Entre famille et relations complexes, la chanteuse y centralise près de deux ans de bouleversement artistique depuis le succès de son album "Joyful". Dans ce nouvel opus, le thème de l’amour prédomine et le son est globalement plus présent que son prédécesseur. En un mot, une petite merveille. En tout, ce sont treize morceaux que vous retiendrez sans difficultés aucune, tous inscrits dans un registre intime mais à la portée universelle. « Beaucoup de gens se reconnaîtront dans mes textes, car ils ont déjà partagé mon expérience », justifie Ayo. Cela ne fait aucun doute que "Gravity At Last" est une évolution logique d’une carrière démarrée sur les chapeaux de roues. Un opus qui exprime avec profondeur et vivacité qui est Ayo : une artiste pleine d’authenticité et de vie. ••
Jen Kidonÿ |