•• Toujours vivant ! Alpha Blondy est, à lui seul, une seconde légende du Reggae. On se souvient tous de sa voix si originale sur "Sweet Fanta Diallo" en 1987, et qui mettait, d’emblée, de la bonne humeur où qu’on la passait. Alpha Blondy a, d’ailleurs, toujours été engagé pour diverses causes humanitaires ; ce qui fait de lui aujourd’hui un homme reconnu à l’Ambassade de l’O.N.U. C’est aussi un musicien incroyablement actif qui fait paraître, aujourd’hui, son dix-huitième album studio : "Jah Victory". Réalisé simplement mais sûrement, il arrive encore à nous étonner avec des chansons dont lui seul a le secret. C’est un peu aussi comme si Bob Marley vivait à travers lui, et c’est entre reprises et compositions originales que notre homme va vous surprendre. Notre musicien a d’ailleurs fêté ses cinquante quatre ans ce 1er Janvier et entame, allègrement, ses vingt-cinq ans de carrière cette année même.
Quand Alpha Blondy retourne en studio l’année dernière, c’est une absence de six années qu’il souhaite rattraper. Tout démarre en Côte d’Ivoire, son pays d’origine, et l’histoire continuera entre la France et la Jamaïque où "Jah Victory" va prendre forme dans le légendaire studio d’enregistrement Tuff Gong avec, en toile de fond, les musiciens de Kingston qu’Alpha Blondy se plaît aussi à appeler La Confrérie Jamaïcaine. « On était en studio à Paris pour le mixage, se souvient Blondy, et alors que l’enregistrement s’était fait en Jamaïque j’ai eu envie d’ajouter des nouvelles chansons. J’ai dit à Tyrone «si Sly & Robbie étaient là, c’est eux qui feraient la rythmique». Trente minutes plus tard, quelqu’un passe dans le studio, c’est Tyrone qui l’a reconnu : «Hey Robbie ! What are you doing here ?» Il donnait un concert et il venait au studio chercher une basse. Voilà comment Robbie a joué de la basse sur "Wish You Were Here" ». Une bien belle histoire va donc prendre forme, tout en couleurs : « On a ajouté le côté Rumba Reggae avec le chanteur Didi Kalombo du Zaïre, explique Alpha, et puis tous les apports d’instruments du Maghreb, la cornemuse aussi, et l’accordéon. Le disque a voyagé, il est parti d’Afrique et il est revenu à Paris. »
Entre une reprise des Pink Floyd et une de Bob Marley, l’album s’étend sur des compositions égalitairement et alternativement interprétées en Français, Anglais et Dioula. On y trouve la parfaite "Africa Yako", la langoureuse "Ikafo", ou encore "Ranita" et "Sankara". Quant à la chanson "Bahia", le chanteur y évoque l’amour du Brésil. Ce dernier qui ne cesse, d’ailleurs, de s’étonner au sujet de sa popularité « Je ne savais pas que j’étais aussi connu au Brésil. En 1995, on a été invité pour une tournée là-bas. En arrivant à Bahia, on nous amène au concert. On arrive devant un stade immense, et pour moi le Brésil c’est le football. J’ai demandé au promoteur quelles équipes jouaient, et il m’a dit que c’était pour le concert d’Alpha Blondy. Je pensais que j’allais jouer devant mille personnes, et il y en avait vingt-cinq mille ! Pour ma gueule ! Ça m’a fait bizarre... » Enregistré aux côtés de Tyrone Downie (ex claviériste des Wailers ou encore de Peter Tosh) et en compagnie des Riddim Twins (plus connus sous Sly & Robbie), cet album comporte dix-neuf titres, tout neufs, à la fois roots et innovateurs, dont les divers ressentis passe de l’émotion à la révolte. C’est avec la reprise de "Crazy Baldheads" de Bob Marley, qu’Alpha Blondy se révolte contre le racisme. « Depuis que j’étais étudiant aux Etats-Unis, j’ai toujours fait ça pour que les gens de chez moi comprennent la teneur des thèmes de Marley, leur puissance. J’avais déjà enregistré "War" et "I Shot The Sheriff", qui est devenu "J’ai Tué Le Commissaire". » Enfin, d’autres titres, collant parfaitement à la personnalité de Monsieur Blondy, se suivent sur "Jah Victory". On peut y découvrir "Ne Tirez Pas Sur l’Ambulance", qui évoque le destin de la Côte d’Ivoire, "Mister Grande Gueule" aux rythmes Africains, ou encore "Le Bal Des Combattus" et l’excellente "Demain t’Appartient" interprétée aux côtés de Lester Bilal (ce dernier ayant travaillé avec MC Solaar, DJ Kost ou encore Raul Paz) ; tout autant de titres qui font de cet album un must pour tout amateur de Reggae, qu’il soit passé ou actuel. Les fans, eux, vont être ravis.
Quant à Alpha Blondy, les choses sont claires : « Je ferai du reggae jusqu’au bout. J’ai toujours envie de créer quelque chose. Pour mes enfants. J’ai enregistré dix-huit albums, "Jah Victory", est mon meilleur ». Il faut souvent écouter ce que disent les musiciens expérimentés. Blondy ne s’est pas trompé. Avec ce nouveau disque dans sa carrière, qui succède en quelque sorte à "Jah Glory" paru en 1982, il nous démontre, une fois de plus, que ce Reggae est un style planétaire, une musique qui continue de vivre et de combattre les injustices. C’est d’autant plus vrai quand ce Reggae, c’est Alpha qui le fabrique. ••
Jen Kidonÿ |